Introduction

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de santé publique majeur en France, marqué par des évolutions législatives et des disparités territoriales. Cet article se penche sur les chiffres clés de l'IVG, en particulier dans la région Grand Est (anciennement Lorraine), en analysant les tendances récentes, les facteurs d'influence et les défis persistants en matière d'accès.

Évolution Nationale et Régionale des IVG

En 2022, la France a enregistré 234 253 IVG, le chiffre le plus élevé des 30 dernières années. Cette augmentation est en partie due à l'allongement du délai de recours à l'IVG, passé de 12 à 14 semaines en 2022, bien que ce facteur n'explique pas entièrement cette hausse. L'étude du ministère de la Santé révèle également une augmentation du nombre d'avortements pour toutes les femmes majeures, avec une hausse plus marquée chez les 20-29 ans. Ainsi, le taux de recours à l'IVG est de 26,9‰ parmi les 20-24 ans et de 28,6‰ parmi les 25-29 ans.

En Lorraine, près de 6 700 IVG ont été enregistrées en 2023, représentant une augmentation de 7 % par rapport à 2022. Cette hausse est visible depuis deux années consécutives et s'inscrit dans un contexte national d'augmentation du recours à l'IVG.

Stabilité et Augmentation Récente en Lorraine

Dès 1977 et jusqu'à la fin des années 1990, le nombre d'avortements réalisés en Lorraine a oscillé autour de 5500. Depuis 2001, ce sont plutôt 6.000 à 6.500 interruptions volontaires de grossesse qui sont pratiquées chaque année. Le recours à l'IVG est donc relativement stable dans la région. A noter qu'en 2020, le nombre d'IVG a baissé, tout comme le nombre de naissances qui a été en chute libre, dans un contexte de crise du Covid-19.

À l'échelle de la Lorraine, c'est dans les Vosges que les femmes ont eu le plus recours à l'IVG. Dans le département, 14,9 femmes sur 1 000, âgées de 15 à 49 ans, y ont eu recours au cours de l’année 2022 selon la Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques (Drees). Un chiffre reste en dessous de la moyenne métropolitaine (16,3). La progression du taux d’IVG est visible dans l’ensemble des départements lorrains. Parmi les facteurs évoqués par la Drees, un "effet rattrapage" observé ces deux dernières années après une baisse liée à la période Covid. Cette augmentation notable des avortements concerne les femmes âgées de 20 à 34 ans, alors que la prise en charge s’étend de plus en plus aux centres de santé et aux cabinets de médecins. Une part marginale de cette hausse est également attribuable aux IVG tardives, autorisées depuis 2022 pour les grossesses dépassant 12 semaines.

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Caractéristiques des Femmes Recourant à l'IVG

Les femmes mineures représentent une faible proportion des IVG en Lorraine. En 2020, moins de 4% du total des patientes étaient mineures (3,2% en Meurthe-et-Moselle, 3,9% en Meuse, 2,3% en Moselle, 2,9% dans les Vosges). Cette proportion a d'ailleurs largement diminué au fil des années. Lors des premières statistiques sur l'avortement, en 1977, 12,8% des patientes étaient mineures en Meurthe-et-Moselle, 16,2% en Meuse, 13,5% en Moselle et 15,2% dans les Vosges.

Les taux de recours à l'avortement sont les plus élevés chez les femmes âgées de 25 à 29 ans (25,7‰ femmes en 2020).

Une étude de la Drees révèle une corrélation entre niveau de vie et IVG. À groupe d’âge et situation conjugale donnés, les femmes dont le niveau de vie est dans les 10 % les plus élevés ont une probabilité de recourir à l’IVG dans l’année inférieure de 38 % à celle des femmes ayant un niveau de vie médian, et celles dont le niveau de vie est classé parmi les 10 % les moins élevés une probabilité supérieure de 40 %.

Méthodes d'IVG et Évolution des Pratiques

Il existe principalement deux types d’interruptions volontaires de grossesse : l'IVG médicamenteuse et l'IVG chirurgicale. L'IVG médicamenteuse se pratique jusqu'à la 7e semaine de grossesse (au maximum 9 semaines après le début des règles). Elle consiste en la prise de médicaments pour interrompre la grossesse. Ce procédé représente environ 79% des IVG en France. L'IVG chirurgicale peut être réalisée jusqu'à la 14e semaine de grossesse.

En Lorraine, plus de 3 IVG sur 4 n'ont pas nécessité d'intervention chirurgicale en 2020. Jusqu'à 7 semaines de grossesse (ou 9 semaines d'aménorrhée), une interruption volontaire de grossesse peut-être stoppée par une IVG médicamenteuse, qui consiste à prendre des médicaments pour provoquer l'expulsion de l'embryon. L'IVG médicamenteuse est d'ailleurs la méthode la plus souvent utilisée.

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Développement de la Pratique de l'IVG par les Sages-Femmes

L’accès à l’IVG reste largement influencé par la disponibilités des praticiens. En 2023, on estime que 55 praticiens ont pratiqué au moins une IVG en Lorraine dont 23 sages-femmes, 16 médecins généralistes et 13 gynécologues. Des praticiens plus nombreux ces dernières années parmi les médecins mais l'effectif reste stable chez les gynécologues. Cette évolution pour les sages-femmes s’explique par la possibilité depuis 2016 d'intervenir pour les IVG médicamenteuses. Depuis mars 2024, elles peuvent également pratiquer les IVG instrumentales. Malgré ces évolutions dans la législation, les praticiens sont peu nombreux dans certains départements comme la Meuse (3 sages-femmes, 2 gynécologues et 1 médecin généraliste en 2023).

Hausse des IVG Hors des Établissements de Santé

De plus en plus d’IVG sont réalisées en dehors des hôpitaux, notamment dans des centres de santé et des cabinets de médecins généralistes. Ce sont désormais 36 % des avortements qui sont pratiqués hors des établissements de santé contre 17 % en 2016 en Lorraine. Cette proportion grimpe même à 43 % en Moselle. Cela s’explique par la possibilité depuis 2005, de pratiquer des IVG médicamenteuses en cabinet de ville ou centre de santé ou le développement des centres de santé sexuelle. La téléconsultation pour les IVG médicamenteuses est possible depuis la crise sanitaire.

Inégalités Territoriales et Accès à l'IVG

Malgré les avancées législatives et l'évolution des pratiques, l'accès à l'IVG reste inégal selon le territoire. Une étude de la Drees publiée en septembre 2019 révèle qu'en France, le délai d'accès moyen à l'IVG est d'environ sept jours, entre la première demande formulée par la femme désirant y avoir recours et la réalisation effective de l'acte. Toutefois, d'une région à l'autre, l'attente s'échelonne de trois à onze jours et peut temporairement augmenter, notamment sur la période estivale, à cause des congés.

Par manque de praticiens spécialisés, des délais d’attente prolongés ou l’absence de centres de santé, de nombreuses femmes se font avorter hors de leur département de résidence. En Meuse, cette proportion grimpe à 33,7 %, l’un des département français les plus touchés par cette problématique. Dans les autres départements lorrains, cette part varie entre 10 % et 12%. Ainsi, en Meuse, 38,4% des femmes ayant réalisé cet acte médical l'ont fait hors de leur département en 2020. Un taux deux fois plus élevé que la moyenne en France métropolitaine (17,8%), et trois à quatre fois plus élevé que dans les autres départements lorrains. Si la réalisation de l’IVG hors de leur département de résidence peut parfois répondre à un choix des femmes ou, dans certains cas, à une plus grande proximité géographique, elle « peut rendre compte de difficultés d’accès dans certaines zones géographiques », observe la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques).

Ces inégalités territoriales sont exacerbées par la fermeture progressive des petites maternités, qui entraîne une réduction du nombre de services d'orthogénie pratiquant l'avortement.

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Cadre Légal et Débats Actuels

L'interruption volontaire de grossesse est autorisée en France depuis la loi Veil, en 1975. En France, depuis l'hiver 2022, l'avortement est autorisé jusqu'à la fin de la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines après le premier jour des dernières règles. Par rapport à ses voisins européens, le pays se trouve dans la moyenne haute, une majorité des membres de l'UE fixant ce délai à 12 semaines. Toutefois, ce délai n'est pas toujours suffisant, estime le Planning familial. A Malte et en Pologne, l'avortement n'est permis qu'en cas de danger pour la vie de la mère ou du fœtus.

Un débat important est en cours concernant l'inscription dans la Constitution de "la liberté garantie" pour une femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. Après un premier feu vert des députés de la commission des lois, l'Assemblée nationale va examiner, à partir du mercredi 24 janvier, le projet de réforme constitutionnelle du gouvernement visant à graver dans la Constitution "la liberté garantie à la femme d'avoir recours" à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Le chemin à parcourir reste long : pour que la Constitution soit modifiée, l'approbation des députés, lors d'un vote solennel le 30 janvier, ne suffira pas. Il faudra que le Sénat vote le texte dans les mêmes termes, avant un Congrès réunissant tous les parlementaires à Versailles.

Même dans les pays où le recours à l'IVG est légal, les difficultés persistent. En outre, dans 23 des 27 pays membres de l'Union européenne (dont la France), les médecins peuvent invoquer une "clause de conscience", qui les autorise à ne pas pratiquer d'acte allant contre leurs convictions. En moyenne, le taux de praticiens ayant recours à cette clause est de 10%, mais il varie selon les pays. Côté français, cette clause de conscience est définie par l'article 47 du Code de déontologie médicale, selon lequel "hors le cas d'urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d'humanité, un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles". Même si le praticien a le devoir d'en "avertir le patient" et de transmettre "les informations utiles" à son confrère qui poursuivra les soins, cette pratique crée des inégalités.

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