Événement courant pour certains, véritable cataclysme pour d’autres, la fausse couche est un événement tout sauf anodin. Une grossesse sur quatre se solderait par une fausse couche lors des 22 premières semaines. Parfois des saignements sonnent le glas, parfois c’est lors d’une échographie que le constat tombe, il n’y a plus de rythme cardiaque. Parfois, la fausse couche intervient lors des toutes premières semaines, ce qui génère des réactions flottantes de l’entourage du couple. Enfin, la fausse couche peut intervenir tardivement, créant ainsi une stupeur et une incompréhension. Cet article explore les conséquences psychologiques de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), de la fausse couche et du deuil périnatal, en mettant en lumière les divers impacts émotionnels et les mécanismes de deuil associés.
Fausse couche : un événement traumatisant
Une grossesse sur quatre se solderait par une fausse couche lors des 22 premières semaines. Parfois des saignements sonnent le glas, parfois c’est lors d’une échographie que le constat tombe, il n’y a plus de rythme cardiaque. Parfois, la fausse couche intervient lors des toutes premières semaines, ce qui génère des réactions flottantes de l’entourage du couple. Enfin, la fausse couche peut intervenir tardivement, créant ainsi une stupeur et une incompréhension. L'expérience d'une fausse couche est souvent vécue comme un deuil difficile et complexe.
Impact psychologique sur la femme
Se trouver dans l’incapacité de porter la vie jusqu’à la naissance est ressenti comme une faillite de son identité de femme. Remettre en cause son identité est comme une perte de sens, de repères connus, d’égarement intense. Il n’est pas rare de voir poindre l’ombre de la dépression chez certaines femmes. Il n’est pas rare non plus, souvent, de voir réactivées des blessures narcissiques du passé.
Sentiment de culpabilité et de perte
Pour la femme, le deuil peut prendre plus de temps. Il s’agit de l’accompagner vers l’acceptation de n’avoir pas pu amener « cette » vie à se concrétiser et non « la » vie. À avancer avec elle dans l’acceptation de la réalité médicale, souvent froide et ne tenant pas compte, ou pas assez, de l’investissement qui était déjà en place bien avant la grossesse. En psychanalyse, nous savons que le désir d’enfant est antérieur à la grossesse, fantasmé depuis longtemps dans la psyché de la femme.
Investissement affectif et réactions corporelles
Certaines femmes vivent le premier trimestre de manière uniquement corporelle et peuvent ne pas ressentir l’investissement affectif de manière consciente. Une fausse couche n’aurait pas le même impact ou le même risque de décompensation dépressive que pour d’autres, plus investies.
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Impact psychologique sur l'homme
Chez l’homme, la douleur est différente bien qu’importante pour certains. En effet, c’est dans son rôle, plus que dans son identité (nous ne sommes pas ici dans une stérilité masculine), qu’il va vivre une remise en cause éprouvante, pouvant lui faire ressentir son impuissance à soutenir, aider sa femme dans ce qu’elle vit dans son corps. Cette impuissance peut devenir si grande que, elle aussi, cherche à se poser quelque part. Douleur et impuissance ne font généralement pas bon ménage.
Rôle et impuissance
L’homme va vivre ce deuil dans son vécu émotionnel, il n’a pas vécu la dimension physique et son deuil peut se noyer dans l’action. Il va naturellement aller de l’avant, comme cité plus haut. Les mouvements physiques n’existent pas en lui, la grossesse de sa femme est encore abstraite et l’homme ne fantasme pas l’enfant à venir comme sa femme peut le faire. Cela viendra avec les changements physiques de sa femme, des travaux à faire pour la chambre de bébé, du déplacement d’attention qu’il va subir au fur et à mesure de la grossesse.
Investissement paternel et injustice ressentie
Toutefois, il existe des hommes qui sont très investis dès le début de la grossesse, voire même avant leur compagne, le désir d’enfant venant d’eux, ayant déjà une forte représentation de l’enfant à venir. En cas de fausse couche, leur douleur est rarement prise en compte et ils peuvent ressentir une forme d’injustice, l’enfant pouvant être encore dans l’inconscient collectif une affaire de femmes et leur rôle cantonné comme soutien à la femme. Ces hommes peuvent ressentir une forte animosité contre leur femme et ainsi mettre en péril l’avenir du couple.
Impact sur le couple
Ils vont jusqu’à remettre en cause le désir de l’autre dans ce troisième enfant. Y en a-t-il un des deux qui cache à l’autre son non-désir, une réticence ? Ils ont beaucoup de disputes depuis, comme si la colère pouvait masquer leur tristesse. Ils ont besoin de trouver un responsable et demandent dès lors de l’aide, tant cet événement est en train d’ébranler fortement les bases familiales. Lui a pensé quitter sa femme qui est devenue « invivable », mais il pense à ses deux enfants. Finalement, un troisième n’est pas nécessaire, il y a les deux premiers, ils vont bien. Peut-être qu’ils peuvent continuer ainsi.
Déséquilibre et colère
Après un temps de réconfort, de soutien, de l’entourage qui était peut-être dans la confidence, le quotidien va se rappeler à eux (le travail, les autres enfants s’il y en a…) et il faudrait se remettre en avant. Ici aussi, le décalage peut exister, l’homme ayant cette tendance à aller de l’avant. Mais il y a un véritable travail de deuil à effectuer et nous ne sommes pas égaux devant le deuil.
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Travail de deuil et maladresses verbales
Notre histoire personnelle et unique entre dans ce travail. Il ne s’agit pas d’un événement à « digérer » comme on aimerait le croire, mais un contact avec un soi ou des parties de soi que l’on ne connaissait pas, qu’on ne voulait pas voir ou ne plus revoir. C’est ramasser les morceaux de soi pour pouvoir avancer et le fracas n’est pas un standard. C’est l’apparition des maladresses verbales et je m’abstiendrais ici de les nommer. Elles ne sont que trop entendues.
Accompagnement psychologique
En cabinet, nous proposons un contenant à cette douleur, un endroit où l’exprimer à défaut de pouvoir la poser, ou alors on la pose un instant, on réapprend à être sans elle, même quelques minutes, à se retrouver, pas tout à fait comme avant, mais avec un sentiment de se reconnaître ou de retrouver un être cher, soi-même. Il me semble utile d’accueillir la femme et aussi le couple. Il s’agit de panser la blessure de n’avoir pas pu, pas su amener la vie. Il s’agit de panser l’impensable.
Nécessité d'un soutien adapté
Je terminerais cet article sur le constat pénible que, même aujourd’hui, en 2022, outre le suivi médical, il n’y a que très peu de suivis psychologiques en cas d’interruption spontanée de grossesse. Peu de femmes et de couples ont entendu cette proposition, ont reçu des recommandations de professionnels, d’associations ou des pistes de réflexion quant à l’impact psychologique et des aides possibles pourtant nombreuses et existantes.
Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) : Expériences et Conséquences
En cette journée mondiale pour le droit à l’avortement, trois femmes, bénéficiaires des Activités Sociales, ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse livrent leur expérience. Ni exemplaire ni représentatif, leur parcours éclaire pourtant ce que peuvent vivre des centaines de milliers de femmes chaque année en France.
Témoignages de femmes ayant eu recours à l'IVG
Premier avortement : Inconscience et culpabilité
Mon premier avortement, je l’ai vécu à 20 ans. L’oubli classique de pilule… Je pourrais mettre ça sur le compte de l’inconscience, ça allait avec ma vie à ce moment-là. Je me disais : « Ça peut arriver, mais ça n’arrivera pas. » J’étais avec mon copain depuis deux ans. Je m’en suis aperçue à deux mois passés. C’était un peu la cata. Je ne me suis pas posé la question très longtemps. Je suis allée au Planning familial. Quelques copines y avaient déjà avorté ou y prenaient leur contraception. Jamais je ne me serais tournée vers mon médecin de famille : c’était quelqu’un qui tutoyait mes parents.
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Pendant des années, je me suis souvenue de la date. Et je me suis sentie coupable, coupable d’être enceinte, par négligence, coupable d’avorter. Je pensais que je n’aurais jamais d’enfants, que c’était ma seule chance… J’en ai parlé au psy qu’on est obligée de voir durant le délai de réflexion, ça m’a déculpabilisée.
Deuxième avortement : Peur du jugement et malaise
Mon deuxième avortement, c’était sous pilule microdosée, j’avais 30 ans. J’avais déjà une petite fille. Tomber enceinte sous contraception n’arrive que dans 1 % des cas. Le nom d’un médecin circulait parmi mes amies et mes collègues, un médecin réputé pour « ne pas poser de questions ». J’avais peur des réflexions, qu’on me dissuade, comme c’est arrivé à mes amies : « vous avez 40 ans », « c’est votre dernière chance », « vous allez le regretter »… Moi, j’étais mal à l’aise, parce que j’allais avorter de mon mari.
Parce que le délai de réflexion obligatoire est une torture.
Troisième avortement : Sentiment d'abus et poids de la société
La troisième fois, c’était un retour de couches. Je venais d’avoir mon deuxième enfant. Avant ça, j’avais fait une fausse couche, d’une grossesse désirée. Je ne prenais pas encore de contraception, puisque je venais d’accoucher, et que j’avais eu des complications avec un stérilet. Trois mois après l’accouchement, je suis donc tombée enceinte. J’étais sûre de ma décision, mais je me sentais mal : tomber enceinte de nouveau, me « refaire avoir », alors que j’étais mariée, que j’avais deux enfants ? Et avorter pour la troisième fois ? J’avais l’impression d’abuser du système. L’obstétricien m’a pourtant bien précisé que je n’y pouvais rien. Mais je me culpabilisais toute seule.
Plus tard, je dirai à mes filles : le mieux est que ça n’arrive pas, et qu’il faut utiliser une contraception adaptée ; mais que si ça arrive, eh bien ! ça arrive, et que même si c’est par oubli ou inconscience, c’est pas un drame, même si ce n’est pas anodin. Je leur expliquerai que ça fait partie de ma vie, que je me suis construite avec ça.
IVG médicamenteuse : Solitude et sentiment de faute
J’avais rencontré un petit gars, de passage comme on dit. Il avait des problèmes d’érection, je ne pouvais pas en plus lui imposer un préservatif… Mais comme on dit, « trois gouttes suffisent ». À cette époque, aussi, je ne connaissais pas mon corps, et notamment le cycle d’ovulation. Quand il est reparti à l’étranger, je ne savais pas encore que j’étais enceinte. Je vivais seule. Avant ça, j’avais déjà pris la pilule du lendemain. Mais là, c’était trop tard, nous étions deux semaines après le rapport. Alors j’ai eu une pilule abortive, deux cachets à prendre en deux fois. Pas une seule seconde je ne me suis posé la question : je le garde, ou non ? Je me suis dit : « quelle connerie. » C’était comme de choper une MST, c’était une sacrée tuile. Et tout ça par ma faute…
Avorter est au-delà d’un acte médical, ce n’est pas anodin.
IVG et héritage familial : Silence et non-dits
Ma mère ne m’a jamais parlé de son avortement, c’est mon père qui a abordé le sujet. Elle avait 35 ans, j’étais petite. Ça m’arrive d’y repenser. Ce n’était pas tabou, mais c’était un non-sujet, un silence.
IVG sous contraception : Choc et solitude
Trois ans plus tard, j’étais sous pilule, et j’ai commencé à me sentir mal. J’ai fait un test, et boum ! c’est comme si une étagère m’était tombée sur la tête. J’étais sous pilule, quand même ! À cette époque, on changeait de région, un nouveau boulot m’attendait et mon mari ne me rejoindrait pas tout de suite. Je n’étais clairement pas en état psychologique ni physique pour avoir un autre enfant : un nouveau départ, un nouveau boulot, un enfant en bas âge… c’était trop. Ça tombait mal, très mal.
J’étais entre oui et non. J’étais toute seule avec ma fille.
Syndrome post-avortement : Mythe ou réalité ?
Les femmes ayant vécu une grossesse indésirée en procédant à une IVG ou en menant la grossesse à terme garderaient de lourdes séquelles. Suite à une analyse approfondie regroupant les résultats de précédentes études, des spécialistes britanniques de l'Academy of Medical Royal ont affirmé que quelle que soit l'issue d'une grossesse indésirée, les risques de conséquences psychologiques sont inévitables. Si cette expérience douloureuse vécue par un grand nombre de femmes est étroitement associée à un risque accru pour leur santé mentale pour la mère, selon les conclusions du groupe d'experts, le taux de problèmes de santé mentale est identique qu'il y ait eu décision d'IVG ou décision de poursuivre la grossesse jusqu'à son terme. Il s'avère également que certains facteurs associés à un risque plus élevé de problèmes psychologiques sont spécifiquement liés à l'avortement, expérience obligatoirement stressante.
Après l’I.V.G., elle se sent soulagée, car elle peut avoir subi de grosses pressions qui l’ont amenée à avorter.
Conséquences psychologiques potentielles
- Problèmes psychologiques avec l’enfant avorté : ne plus supporter de voir un ventre de femme enceinte, un landau, pleurer en tenant un bébé, pouvant mener à une tentative de suicide ou une dépression.
- Non-estime de soi : sentiment de ne pas être aimable, de ne rien valoir, ni son enfant.
- Sentiment de culpabilité : ne pas se sentir à la hauteur de la situation.
- Divorce : le couple se reprochant mutuellement l’avortement.
- Dysharmonie du couple : disputes et situation sans issue.
- Frustration : sentiment de ne pas avoir été écoutée et d’avoir été contrainte à l’avortement.
- Agressivité envers les enfants : particulièrement envers celui né après l’IVG.
Facteurs prédictifs des problèmes de santé mentale
Tout en suggérant de mener de nouvelles études sur les conséquences psychologiques des grossesses non désirées, les chercheurs ont également noté un élément troublant : après un avortement, le facteur prédictif le plus fiable des problèmes de santé mentale renvoie à des antécédents de ces mêmes problèmes existants avant l'IVG. Aussi, en cas d'antécédents de troubles psychologiques ou mentaux, une réaction émotionnelle négative après l'avortement entrainerait la persistance de ces problèmes de santé mentale. Il est alors important de reconsidérer les besoins d'une femme qui vit l'expérience d'une grossesse indésirée.
Dimensions spirituelles de l'IVG
L’IVG a de nombreuses conséquences : psychiques, physiques, familiales, mais aussi spirituelles. L’avortement est très grave sur le plan spirituel, car il s’agit objectivement d’un infanticide. C’est un être totalement sans défense qui est tué. Si une personne a conscience de la gravité de ce qu’elle fait en avortant, en demandant à la mère de son enfant d’avorter ou en pratiquant l’avortement, et qu’elle le fait librement, alors la relation entre cette personne et Dieu est détruite. La première démarche à faire pour une femme baptisée qui regrette son IVG, ou pour un homme baptisé qui se repent d’avoir demandé à sa conjointe d’avorter, est la confession, le sacrement de réconciliation.
Réconciliation et réparation
La confession nous réconcilie avec Dieu, elle nous obtient le pardon de nos péchés. Mais elle n’efface pas toutes les conséquences de l’avortement. L’enfant est mort alors qu’il avait droit à la vie comme don de Dieu. Pourtant, Dieu nous invite à faire des actes de réparation. Les premiers bénéficiaires doivent en être les enfants décédés. La réparation peut aider le monde. Le monde a perdu une personne qui l’aurait rendu plus beau, qui aurait eu une personnalité unique, un don unique. Et cette personne aurait peut-être eu des enfants et des descendants qui auraient eux aussi eu quelque chose d’unique à apporter.
Démarches spirituelles et pèlerinages
En France, de même que dans d’autres pays du monde, il existe plusieurs sanctuaires qui proposent une démarche spirituelle spécifique pour les hommes et les femmes qui regrettent l’avortement et qui veulent se tourner vers Dieu dans cette épreuve. Il s’agit à la fois d’une démarche de réparation spirituelle et d’un chemin pour vivre le deuil.
Mère de Miséricorde propose aussi des sessions en silence de 5 jours, où un accompagnement personnel est proposé aux participants. Il est proposé de faire le point sur son histoire, sur ses blessures, de comprendre ce qui s’est passé et pourquoi on en est venu à l’avortement. Il est proposé aussi de se confesser, et de faire la démarche de se pardonner à soi-même, après avoir reçu le pardon de Dieu.
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