La quête de la parentalité est un désir profond et universel. Au Kenya, ce désir pousse de plus en plus de femmes seules et de couples à se tourner vers la procréation médicalement assistée (PMA), notamment la fécondation in vitro (FIV). Cependant, cette voie, bien que porteuse d'espoir, est loin d'être simple, confrontant les individus à des défis financiers, éthiques et sociaux.

L'essor de la PMA au Kenya

La FIV est une "industrie en plein essor" au Kenya. Cette popularité croissante s'explique par divers facteurs, notamment l'infertilité des couples, le désir d'enfants chez les femmes sans partenaire et l'évolution des structures familiales, y compris les relations homosexuelles.

Les défis éthiques et religieux

Le recours à la PMA n'est pas sans susciter des interrogations, en particulier dans un contexte religieux. Si l’infertilité peut valoir des remarques désobligeantes, le recours à la science pour procréer est encore plus mal vu, voire totalement interdit par certains cultes. Une femme engagée dans une procédure de FIV confie avoir caché sa démarche à son pasteur, anticipant son incompréhension.

Les différentes religions du pays ont des positions nuancées sur la question. L'Église catholique, qui représente près de 20 % de la population kényane, s'oppose à la FIV, considérant que l'acte sexuel entre époux ne peut être dissocié de la procréation et s'inquiétant de la destruction d'embryons. L'islam autorise la FIV sous conditions, tandis que les opinions divergent au sein des Églises protestantes et évangéliques.

Certains responsables religieux adoptent une approche progressiste, reconnaissant que le Kenya, en se modernisant et en se mondialisant, est confronté à des dilemmes éthiques croissants. Ces dilemmes confrontent les individus à des choix difficiles entre leur foi et leur désir d'enfant. Un couple chrétien, sermonné par son pasteur, témoigne de la douleur ressentie face au jugement de leur communauté.

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La gestation pour autrui (GPA) : un débat complexe

Outre la FIV, la gestation pour autrui (GPA) est une pratique de plus en plus répandue au Kenya. Cette pratique suscite un débat qui dépasse le cadre religieux, notamment en raison du vide juridique qui l'entoure. L'absence de législation rend possible l'exploitation des mères porteuses, soulevant des questions éthiques fondamentales.

La GPA au Kenya est un sujet complexe, marqué par un vide juridique qui permet l’exploitation des mères porteuses. Des contrats privés fixent les termes de ces accords, où la mère porteuse renonce à ses droits parentaux. Cependant, des témoignages révèlent des réalités sombres, avec des mères porteuses forcées à l’avortement ou privées du paiement convenu.

L'avocate Enricah Dulo travaille activement à un encadrement légal de la GPA, visant à protéger les femmes et les enfants. Elle insiste sur la nécessité de vérifier l'existence d'un lien génétique entre l'enfant et au moins un des parents intentionnels, afin de prévenir le trafic d'enfants. Le Conseil national des Églises du Kenya, quant à lui, considère la GPA comme une "marchandisation de la vie".

L'importance de la planification familiale en milieu urbain

Dans le contexte de l'essor de la PMA et des débats éthiques qui l'entourent, la planification familiale (PF) en milieu urbain revêt une importance capitale. Un programme de bourses, financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, vise à produire des résultats scientifiques pertinents pour éclairer les politiques sur les effets de la planification familiale et des changements de la fécondité sur le bien-être urbain.

Ce programme comprend des bourses de recherche pour des chercheurs en début ou en milieu de carrière en Afrique subsaharienne. Les boursiers mènent des projets de recherche dans différentes villes, explorant des thématiques telles que les barrières d'accès à la planification familiale, l'impact de l'intégration des services VIH et PF, et les liens entre la planification familiale et le développement urbain.

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Malgré les défis posés par la pandémie de COVID-19, les boursiers progressent dans leurs travaux, grâce à un encadrement renforcé et à des ateliers de formation à la communication et à l'implication dans les politiques. Ces ateliers visent à aider les boursiers à partager les résultats de leurs recherches avec les acteurs politiques et à influencer les décisions en matière de planification familiale en milieu urbain.

Exemples de recherches menées par les boursiers

Plusieurs boursiers du programme ont déjà publié les résultats de leurs recherches. Nkechi Owoo (Université du Ghana) a publié un article sur les considérations démographiques et la sécurité alimentaire au Nigeria. Moses Tetui (Université Makarere, Ouganda) a publié un article sur la répartition géospatiale des services de planification familiale dans la municipalité de Kira, district de Wakiso, Ouganda. Alexandre Delamou (Guinée) a publié un article sur les tendances de l'utilisation de la contraception, les besoins non satisfaits et les facteurs associés à l'utilisation de la contraception moderne chez les adolescentes et les jeunes femmes urbaines en Guinée.

D'autres boursiers mènent des recherches sur des thématiques spécifiques à Nairobi. Eliphas Gitonga Makunyi (Kenyatta University) étudie la planification familiale chez les femmes somaliennes âgées de 15 à 39 ans à Nairobi, en analysant les obstacles et les inégalités en matière d'accès aux services. Ferdinand Okwaro (Aga Kahn University/University of Nairobi) explore les liens entre la planification familiale et le développement urbain à Nairobi, en identifiant les lacunes et les opportunités en matière de politiques et de programmes.

La reproduction assistée chez les animaux : un parallèle intéressant

Parallèlement aux débats sur la PMA chez les humains, il est intéressant de noter que les techniques de reproduction assistée sont également utilisées pour la conservation des espèces animales menacées. La mort de Sudan, le dernier rhinocéros blanc mâle du Nord, a suscité une vague d'émotion. Cependant, des chercheurs ont réussi à prélever des ovocytes sur deux femelles de la même espèce et à les féconder avec du sperme congelé de Sudan. Cette opération, bien que coûteuse et complexe, offre un espoir de survie pour cette espèce menacée.

Cet exemple souligne l'importance de la science et de la technologie pour la préservation de la vie, qu'il s'agisse de la vie humaine ou de la vie animale. Il met également en évidence les défis éthiques liés à l'utilisation de ces techniques, notamment en ce qui concerne la diversité génétique et le bien-être des individus concernés.

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