L'Institut Pasteur joue un rôle crucial dans la recherche et le développement de tests de dépistage pour diverses maladies, notamment celles qui peuvent affecter la santé fœtale et maternelle. Cet article explore les tests et les dépistages liés à la santé fœtale, en particulier ceux liés à la listériose et à la toxoplasmose, ainsi que les avancées dans le dépistage de la trisomie 21 et d'autres infections virales comme l'hépatite B et le virus Zika.

Listériose : Un Danger Alimentaire pour la Femme Enceinte et le Fœtus

La listériose est une infection d’origine alimentaire causée par la bactérie Listeria monocytogenes. Isolée pour la première fois en France en 1918 et décrite comme une nouvelle espèce bactérienne en 1926, cette bactérie est reconnue depuis 1982 comme un danger biologique dans l’industrie agroalimentaire. Elle occasionne de nombreux rappels et retraits de denrées alimentaires.

Caractéristiques de Listeria Monocytogenes

Listeria monocytogenes est un bacille mesurant de 1 à 2 µm, capable de se multiplier à basse température (4°C, température des réfrigérateurs) et en présence de fortes concentrations en sel. Ubiquitaire, elle se retrouve dans l’eau, le sol, les végétaux en décomposition et chez de nombreux animaux. Le principal mode de contamination humaine est l’ingestion d’aliments contaminés.

Manifestations Cliniques et Incubation

La listériose peut se manifester sous une forme digestive isolée, avec des douleurs abdominales, des diarrhées et un possible syndrome grippal (fièvre, douleurs musculaires et maux de tête). Les formes invasives, où la bactérie ne se limite pas au tube digestif, peuvent entraîner une septicémie, une méningo-encéphalite ou une infection materno-néonatale. L'incubation varie de quelques jours (septicémie, formes neuroméningées) à 1 à 2 mois (formes materno-néonatales).

Risques pour la Femme Enceinte et le Fœtus

Chez la femme enceinte, l’infection peut passer inaperçue ou se traduire par des contractions, une mise en travail prématurée ou une fièvre isolée. Elle peut provoquer un avortement spontané, un accouchement prématuré et une mort fœtale. Le nouveau-né infecté peut présenter une infection sévère, combinant septicémie, infection pulmonaire, neurologique et cutanée, aggravée par la prématurité. Le placenta peut être le siège de foyers infectieux macroscopiques, permettant d’isoler la bactérie par mise en culture.

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Traitement et Prévention

Le traitement antibiotique repose sur l’administration d’amoxicilline, souvent combinée à la gentamicine. Son efficacité est accrue lorsqu’il est administré rapidement après le diagnostic. La prévention implique d’éviter les contaminations croisées en conservant séparément les aliments crus et cuits.

Épidémiologie et Personnes à Risque

En France métropolitaine, 400 à 500 cas de listériose sont déclarés chaque année. Les personnes à risque incluent les personnes âgées et/ou immunodéprimées (cancer, traitement immunosuppresseur, diabétiques, greffées), les femmes enceintes et les nourrissons. Une augmentation des cas de septicémie a été notée ces dernières années. Une épidémie de listériose liée à la consommation de fromages vegan a récemment été signalée en Europe.

Toxoplasmose : Dépistage et Prévention de l'Infection Congénitale

La toxoplasmose est une parasitose due à Toxoplasma gondii, un protozoaire cosmopolite découvert simultanément en 1908 par Charles Nicolle et Louis Manceaux à l’institut Pasteur de Tunis et Alfonso Splendore au Brésil. En cas de contamination post-natale, elle est habituellement asymptomatique ou bénigne, sauf chez les immuno-déprimés ou en cas de génotypes atypiques.

Risques pour la Femme Enceinte et le Fœtus

En cas de primo-infection chez une femme enceinte, le risque est la transmission à l’enfant, chez qui la toxoplasmose congénitale peut être grave. C’est pourquoi un programme national de prévention en France repose sur le dépistage sérologique de la femme enceinte.

Dépistage Sérologique

L’article R. 2122-2 du code de santé publique prévoit que la sérologie de la toxoplasmose doit être faite lors du premier examen prénatal (au cours du premier trimestre de la grossesse) en l’absence de résultats écrits permettant de considérer l’immunité comme acquise. La sérologie est ensuite répétée chaque mois à partir du deuxième examen prénatal si l’immunité n’est pas acquise.

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Examens Biologiques

La nomenclature des actes de biologie médicale, applicable au 1er février 2019, prévoit :

  • Un dépistage initial avec identification et titrage d’au moins deux isotypes différents d’immunoglobulines (dont les IgG) par au moins deux techniques différentes.
  • Un deuxième prélèvement pour confirmation ou étude de la cinétique des IgG lors d’une suspicion d’infection toxoplasmique aiguë ou pour la confirmation de la présence d’IgG à la suite d’une première détermination chez la femme enceinte.
  • Un test de confirmation par immuno-empreinte (western-blot) en présence de résultats équivoques d’IgG anti-Toxoplasma.
  • Un test de confirmation des IgM sur un nouveau prélèvement et par une technique différente en cas de résultats équivoques ou positifs lors du dépistage initial.
  • Chez la femme enceinte, la mesure de l’indice d’avidité des IgG sur le sérum initial pour dater l’infection lors d’une suspicion d’infection récente si les IgM ont été confirmées par une seconde technique.

Le suivi mensuel des femmes enceintes séronégatives doit aller jusqu’à un dernier prélèvement 2 à 4 semaines après l’accouchement.

Interprétation des Résultats

Lors d’une primo-infection, les IgM apparaissent les premières, suivies des IgG 1 à 3 semaines plus tard. Le titre des IgG atteint un plateau en 2 à 3 mois, puis redescend lentement. La présence d’IgG, souvent avec des IgM, indique une séroconversion. Le western-blot IgG est la méthode la plus sensible et la plus précoce pour son diagnostic.

Difficultés d'Interprétation

La titration des IgG, exprimée en UI/mL, peut varier d’un réactif à l’autre. Il est donc indispensable que les patientes soient suivies dans le même laboratoire et par la même technique. La présence isolée d’IgM n’est pas un critère suffisant pour poser le diagnostic.

Indice d'Avidité des IgG

La mesure de l’indice d’avidité des IgG permet de résoudre certaines situations. Un indice élevé exclut une infection récente dans les 3 à 4 mois précédents. Des indices d’avidité très faibles peuvent indiquer une infection récente.

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Prévention

Il est impératif de faire la sérologie de la toxoplasmose le plus tôt possible au cours du premier trimestre de la grossesse, d’énoncer les conseils prophylactiques et d’organiser la surveillance sérologique mensuelle. Le principal facteur de risque est la prise quotidienne d’un repas en dehors du domicile. Le chat d’appartement nourri avec des aliments industriels ne représente pas un risque toxoplasmique.

Conduite à Tenir en Cas de Sérologie Positive

En cas de sérologie positive avec un profil d’immunité ancienne (présence d’IgG sans IgM), ce résultat doit être contrôlé. Si la grossesse n’est pas trop avancée et le résultat confirmé, on conclut à une immunité ancienne, et toute surveillance ultérieure est inutile. En cas de suspicion de recontamination, il faut mesurer l’indice d’avidité des IgG et évaluer la cinétique d’évolution des IgG.

Traitement

La prescription de spiramycine est impérative en cas de séroconversion avérée quel que soit le terme. En cas de séroconversion, il faut prescrire sans délai de la spiramycine (Rovamycine), 9 millions d’unités par jour en trois prises, et adresser la patiente rapidement au CPDPN pour organiser le diagnostic anténatal et la prise en charge ultérieure.

Risque de Transmission Verticale

Le risque global de transmission verticale est de l’ordre de 30 %, avec une évolution en fonction du terme de la grossesse au moment de la séroconversion : très faible (< 1 %) en début de grossesse (mais avec un plus grand risque de forme grave), plus élevé (> 50 %) en fin de grossesse mais donnant lieu le plus souvent chez l’enfant à des formes asymptomatiques.

Dépistage de la Trisomie 21

Le dépistage de la trisomie 21 est un autre aspect crucial du suivi prénatal. La HAS recommande de proposer :

  • Les tests de dépistage sur l’ADN libre circulant aux femmes enceintes après un dépistage combiné du premier trimestre lorsque le niveau de risque de trisomie 21 fœtale estimé est compris entre 1 sur 1 000 et 1 sur 51.
  • La réalisation d’un caryotype fœtal d’emblée dès lors que le risque estimé est supérieur ou égal à 1 sur 50 en laissant la possibilité de réaliser un test dépistage sanguin selon la volonté du couple ou de la femme enceinte.

Autres Infections et Vaccinations

Outre la listériose et la toxoplasmose, d'autres infections virales comme l'hépatite B et le virus Zika peuvent avoir des conséquences graves pour la mère et l'enfant.

Hépatite B

L’hépatite B est une infection virale qui peut être mortelle. La plupart des formes chroniques sont dues à la transmission de la mère à l’enfant. Pour éviter ces transmissions, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a souhaité ajouter des recommandations aux lignes directrices déjà existantes. Des scientifiques de l'Institut Pasteur, en collaboration avec l’université de Kumamoto (Japon), ont évalué une nouvelle méthode de détection rapide permettant d’évaluer la transmissibilité de l'hépatite B par les femmes enceintes à leurs enfants.

Virus Zika

La présence du virus Zika a été identifiée dans plusieurs régions du monde, notamment en Afrique, en Asie et en Océanie. Des épidémies ont été signalées en Micronésie, en Polynésie française et au Brésil. L'infection par le virus Zika pendant la grossesse peut entraîner des malformations congénitales chez le fœtus.

Coqueluche

Considérée longtemps par erreur comme une maladie de la petite enfance, la coqueluche peut être sévère à tout âge.

Vaccination contre la Grippe

En pleine campagne de vaccination contre la grippe saisonnière, des études cliniques ont été menées pour évaluer l'efficacité des vaccins chez les femmes enceintes.

Suivi Biologique de la Grossesse Mois par Mois

La grossesse nécessite un suivi médical et biologique régulier pour s’assurer de la santé de la future maman et du bébé. Les tests biologiques jouent un rôle central à chaque étape de la grossesse.

1er Trimestre (jusqu’à 14 SA)

  • Bilan initial de grossesse (6e à 8e SA) :
    • Groupage sanguin et rhésus D.
    • Recherche d’agglutinines irrégulières (RAI).
    • Dépistage des infections : toxoplasmose, rubéole, VIH, hépatites B et C, syphilis.
    • Glycémie à jeun.
  • Dépistage de la trisomie 21 (T21) :
    • Échographie de la nuque du fœtus.
    • Test sanguin mesurant deux marqueurs sériques (PAPP-A et β-hCG libre), complété par le test du DPNI.
  • DPNI (Dépistage Prénatal Non Invasif) :
    • Proposé lorsque le dépistage combiné de la T21 indique un risque intermédiaire ou élevé.

2e Trimestre (14 à 28 SA)

  • Dépistage du diabète gestationnel (24 et 28 SA) :
    • HGPO (hyperglycémie provoquée par voie orale), également appelée test de O’Sullivan.
  • Bilan biologique mensuel si besoin :
    • Contrôle NFS pour surveiller l’état général et détecter une anémie.
    • Recherche de toxoplasmose pour suivre l’immunisation.
    • Analyse d’urines (BU ou ECBU) pour dépister les infections urinaires asymptomatiques.
    • Dépistage de l’Hépatite B.

3e Trimestre (28 SA jusqu’à l’accouchement)

  • Nouveau contrôle RAI si vous êtes rhésus négatif.
  • Bilan de coagulation en cas de césarienne programmée ou de pathologie hématologique.
  • Dépistage du Streptocoque B (35-38 SA).

Rôle des Biologistes Médicaux

Au-delà de l’analyse des résultats, les biologistes médicaux jouent un rôle de prévention et d’accompagnement pendant la grossesse. Ils peuvent :

  • Expliquer la signification des examens.
  • Orienter vers des professionnels de santé en cas de besoin.

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