Introduction
Le stress thermique, exacerbé par le stress hydrique, a un impact significatif sur la production laitière, la santé et la fertilité des vaches laitières. L'insémination artificielle (IA) est une technique de reproduction largement utilisée dans l'industrie laitière. L'IA est une approche précieuse pour améliorer la génétique du troupeau et la production laitière. Cet article explore les effets du stress hydrique sur la reproduction des vaches laitières et met en évidence les stratégies d'atténuation, en particulier celles liées à l'IA.
Impact du stress hydrique sur les vaches laitières
Dès 25°C, les vaches laitières subissent des agressions qui ont des conséquences importantes sur leur santé et leur production. Les conditions caniculaires ont une influence significative sur le comportement des ruminants et il est important de se rappeler qu'une vache laitière est beaucoup plus sensible aux températures élevées qu'au froid.
Le passage du cap des 25°C se traduit par une série de troubles pathologiques, notamment une baisse de la production, une augmentation des mammites et des boiteries, et une diminution de la fertilité. Les vaches mangent moins et passent plus de temps debout. Cette augmentation du temps passé debout est interprétée comme un moyen pour la vache d'augmenter les échanges thermiques entre son corps et le milieu extérieur. Ce temps passé debout est également corrélé à l'augmentation de la consommation d'eau. Une vache en bonne santé passe en moyenne douze à treize heures par jour couchée. Dans des conditions de températures humides très défavorables, ce temps de couchage tombe à huit heures.
Les performances laitières sont fortement affectées par les fortes chaleurs. Lorsque le stress hydrique se produit dans la période précédant le vêlage, la perte de production est de 10 à 12 %, avec, en parallèle, une diminution de la taille et de la vitalité du veau. Pour les animaux en pleine lactation, la baisse de production, selon le stade, est de 10 à 25 % avec un retour à la normale aléatoire. Cela est dû à des sécrétions hormonales altérées et à une réduction de la matière sèche ingérée qui peut aller jusqu'à 10 %.
Par ailleurs, le comportement alimentaire est modifié : les vaches réduisent le nombre de repas en ingérant une plus grande quantité à chaque prise, avec une préférence pour les particules fines et un tri amplifié. En conséquence, le risque d'acidose est accru. En outre, l'état d'alcalose respiratoire induit par le halètement (dégagement de CO2) fait que la vache compense par une élimination urinaire de bicarbonate. Simultanément, la concentration en bicarbonate de la salive diminue, dépréciant son rôle tampon.
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Impact du stress thermique sur la fertilité et l'IA
L'exposition à une chaleur humide a des répercussions sur la fertilité sur une période critique qui s'étend de trois semaines avant la date supposée de l'IA jusqu'à cinq semaines après. Cela signifie qu'une vache inséminée cinq semaines après un épisode caniculaire montrera des résultats aussi décevants que celles qui ont été inséminées pendant les fortes chaleurs. Les températures caniculaires influent sur la synthèse des hormones stéroïdes, ce qui entraîne une mauvaise qualité des ovocytes et une augmentation de la mortalité embryonnaire. Ces phénomènes sont amplifiés par la réduction de l'ingestion et le déficit énergétique consécutif.
La décision de mise à la reproduction doit prendre en compte les conditions climatiques dans lesquelles l'animal a évolué en considérant une fourchette de huit semaines entourant l'insémination artificielle.
Stratégies d'atténuation du stress hydrique pour une IA réussie
Pour atténuer les effets négatifs du stress hydrique sur la reproduction des vaches laitières, plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre :
Gestion de l'environnement
- Fournir de l'ombre : L'ombre naturelle des arbres atténue les rayons du soleil et réduit la température de l'air ambiant grâce à l'évaporation de l'humidité de surface des feuilles. Les bâtiments orientés est-ouest offrent le maximum d'ombre, tandis qu'une orientation nord-sud permet d'assécher certaines zones de la stabulation par le rayonnement solaire.
- Améliorer le couchage : En période de forte chaleur, les logettes remplies de copeaux ou de fumier composté sont préférables à celles équipées de matelas.
- Utiliser des brumisateurs et des vaporisateurs : Les brumisateurs à haute pression dispersent de fines gouttelettes qui s'évaporent rapidement, refroidissant l'air ambiant. La vaporisation directe sur les animaux humidifie la peau et abaisse la température corporelle.
- Assurer un accès à de l'eau fraîche : Les vaches doivent disposer d'une eau fraîche et de bonne qualité bactériologique et organoleptique, facile d'accès et en grande quantité. La norme est un point d'eau pour quinze vaches avec un débit de dix litres par minute. En période de canicule, il faudrait atteindre 60 cm d'auge à eau par animal.
Gestion de l'alimentation
- Ajuster la ration alimentaire : La baisse de consommation lors des périodes de fortes chaleurs doit être compensée par une augmentation de la valeur énergétique de la ration. La complémentation minérale doit être réajustée de 10 % environ pour prendre en compte les pertes en potassium et sodium dues à la sudation. Une légère augmentation du niveau azoté permet de stimuler l'appétit.
- Complémentation en matières grasses protégées : La complémentation en matières grasses protégées à fortes teneurs en acides gras poly-insaturés augmente la taille du follicule et du corps jaune et améliore le développement embryonnaire.
Calendrier d'insémination artificielle
- Tenir compte des conditions climatiques : La décision de mise à la reproduction doit prendre en compte les conditions climatiques dans lesquelles l'animal a évolué en considérant une fourchette de huit semaines entourant l'insémination artificielle.
Sélection génétique
- Sélectionner des animaux tolérants à la chaleur : Une des voies d’amélioration de la tolérance à la chaleur des animaux est la sélection intrarace. Elle nécessite au préalable de caractériser la réponse individuelle au stress thermique, à partir d’indicateurs faciles à mesurer sur un grand nombre d’animaux. Les calculs d’index génétiques de tolérance à la chaleur sont donc actuellement réalisés à partir de mesures indirectes du stress de chaleur basées sur l’étude de l’évolution des performances en fonction du THI (indice température-humidité). L’idée sous-jacente est que, lorsque l’environnement devient suboptimal, les performances commencent à diminuer et ce de façon différente suivant les individus.
- Croisements avec des races thermotolérantes : Le croisement avec des animaux de races tropicales connues pour leur thermotolérance pourrait constituer une autre voie d’amélioration génétique de la tolérance à la chaleur. Certains croisements pourraient être plus simples à développer, tels que les croisements entre des animaux de race Holstein et de races Jersiaise ou Brune, plus aptes à réguler leur température corporelle en cas de températures ambiantes élevées.
Pratiques agricoles résilientes
- Diversification des cultures : La diversification des cultures contribue à améliorer la santé des sols, à réduire la pression des ravageurs et des maladies, et à préserver la biodiversité agricole.
- Conservation de l'eau : La collecte et le stockage des eaux de pluie, la construction de bassins de rétention, la réutilisation des eaux usées et l'adoption de méthodes d'irrigation efficaces telles que l'irrigation goutte à goutte peuvent contribuer à réduire les pertes d'eau et à optimiser l'efficacité de l'irrigation.
- Amélioration de l'efficacité de l'irrigation : Les agriculteurs peuvent utiliser des technologies d'irrigation modernes telles que les capteurs d'humidité du sol, les systèmes d'irrigation programmables. L'irrigation de précision permet une distribution ciblée de l'eau, réduisant ainsi les gaspillages et garantissant que les cultures reçoivent la quantité d'eau nécessaire pour une croissance optimale.
- Adoption de pratiques agricoles résilientes : L'intégration de cultures de couverture et de légumineuses dans les systèmes de culture peut enrichir les sols en nutriments et améliorer leur capacité de rétention d'eau.
- Utilisation de cultivars résistants à la sécheresse : Les programmes de sélection des cultures peuvent jouer un rôle crucial dans l'identification et le développement de variétés résistantes à la sécheresse, offrant ainsi aux agriculteurs des options adaptées à leurs besoins spécifiques.
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