En France, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit pérennisée en 1979. Toutefois, elle reste trop souvent taboue. Un paquet de fausses croyances collent à l’IVG. Même quand elles réussissent à passer au-delà de ces obstacles, les personnes ayant avorté ou luttant pour le droit à l’IVG se retrouvent face à une nouvelle injonction, quelque peu contradictoire : celle de ne pas pouvoir exprimer les éventuelles difficultés d’une telle décision sur leur vie. Dans de nombreux États ou pays, l’IVG est fortement menacée voire totalement interdite.

Cet article vise à explorer en profondeur l'impact psychologique de l'IVG, tant pour les professionnels de santé impliqués que pour les femmes qui y ont recours. Il s'agit d'examiner les réalités souvent complexes et nuancées, de démystifier les idées reçues, et de mettre en lumière les défis et les besoins en matière d'accompagnement.

I. L'IVG en France : Un Droit et une Réalité en Évolution

L'IVG a considérablement augmenté, en France, depuis trente ans. En 2023, près de 243 000 IVG ont été recensées, contre 226 000 en 2019. Ce chiffre contraste avec les около 210 000 IVG de l'an 2000. Le taux d'IVG s'élevait à 13,7 ‰ en 2000.

A. Évolution des Pratiques et de l'Accès à l'IVG

Plusieurs facteurs ont contribué à faciliter le recours à l'IVG. La loi de 2001 relative à l'IVG a permis le développement de la méthode médicamenteuse, qui représente aujourd'hui la majorité des IVG. En 2019, 68 % des IVG étaient réalisées par cette méthode, contre 31 % en 2000. L'extension du délai légal pour recourir à l'IVG, ainsi que la diversification des professionnels impliqués (sages-femmes, médecins généralistes), ont également contribué à améliorer l'accès à ce droit.

L'accès à l'IVG a été progressivement renforcée. Les IVG et les actes associés sont intégralement pris en charge.

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B. Disparités Territoriales et Obstacles Persistants

Malgré ces progrès, des disparités territoriales demeurent dans l'accès à l'IVG. Certaines régions, comme les Pays de la Loire, affichent un taux de recours à l'IVG inférieur à la moyenne nationale. Des difficultés d'accès peuvent également être observées dans certains territoires d'outre-mer, où les femmes peuvent être contraintes de parcourir de longues distances pour obtenir une IVG.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces disparités, notamment l'inégal engagement des professionnels de santé, le manque de lisibilité de l'offre en ville, et les difficultés de transport rencontrées par les femmes résidant dans les zones rurales ou isolées.

II. Impact Psychologique de l'IVG : Mythes et Réalités

Parmi les idées reçues qui circulent autour de l’IVG, on retrouve fréquemment l’existence d’un syndrome post avortement. Pourtant, de nombreuses études scientifiques fiables ont montré que l’IVG n’est pas à l’origine de troubles psychologiques spécifiques. Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.

Il « existe peu de données concernant le retentissement psychologique de l'IVG », mais explique que, « au-delà des seuls aspects physiologiques, l'IVG demeure un événement souvent difficile à vivre sur le plan psychologique. Cette dimension, si elle est volontiers mise en avant, manque d'éclairage objectif et scientifique ».

A. Vécu des Femmes : Diversité des Réactions et Facteurs d'Influence

Les conséquences psychologiques à la suite d'une IVG varient d'une femme à l'autre. Elles peuvent être positives comme négatives. L'objectif de mon travail était de connaître l'opinion des femmes ayant eu recours à une IVG sur leur prise en charge psychologique.

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Une étude qualitative a été réalisée par entretiens semi-dirigés auprès de 14 femmes ayant eu recours à une IVG. On a constaté que l'IVG entrainait de nombreuses réponses émotionnelles différentes d'une femme à l'autre pouvant être influencées par plusieurs facteurs.

Le vécu d'une IVG est personnel et subjectif. Certaines femmes peuvent ressentir un soulagement, une libération, ou une forme d'apaisement. D'autres peuvent éprouver de la tristesse, de la culpabilité, de l'anxiété, ou un sentiment de perte. Ces émotions peuvent être influencées par plusieurs facteurs, tels que :

  • Le contexte de la grossesse (grossesse non désirée, difficultés financières, problèmes de couple, etc.)
  • L'histoire personnelle de la femme (antécédents de dépression, de traumatisme, etc.)
  • Le soutien social dont elle bénéficie (famille, amis, partenaire)
  • La qualité de l'accompagnement médical et psychologique qu'elle reçoit

« L’attitude et les comportements des professionnels de santé que l’on va rencontrer dans le cadre d’une IVG sont des éléments déterminants. Toutes ces situations peuvent favoriser un impact psychologique négatif.

B. Impact sur les Professionnels de Santé : Engagement et Défis Éthiques

Les professionnels de santé impliqués dans la pratique de l'IVG peuvent également être confrontés à des difficultés sur le plan psychologique. Ils peuvent ressentir un conflit de valeurs, une tension entre leur rôle de soignant et leurs convictions personnelles. Ils peuvent également être confrontés à des pressions sociales, des critiques, voire des menaces de la part de groupes anti-choix.

La définition de l'accompagnement repose sur le point de vue subjectif des professionnels.

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Il est essentiel de reconnaître et de prendre en compte ces difficultés, afin de soutenir les professionnels de santé et de garantir la qualité de l'offre d'IVG.

III. Accompagnement et Soutien : Besoins et Perspectives

L'accompagnement à caractère psycho-social est proposé aux femmes ayant recours à une interruption volontaire de grossesse. En application de l'article L. 2212-4 du code de la santé publique, toute femme qui souhaite accéder à une aide sur ce plan peut bénéficier d'entretiens avec des professionnels qualifiés, avant et après l'intervention.

A. Importance de l'Accompagnement Psychologique

Une prise en charge psychologique avant l'IVG a été proposée à plusieurs participantes et la plupart en étaient satisfaites. Pour près de la moitié des participantes, aucune prise en charge psychologique n'a été proposée. Les opinions concernant sa nécessité étaient partagées. Plus de la moitié des participantes pensent qu'une prise en charge psychologique devrait être proposée. Certaines femmes ont eu secondairement à l'IVG des troubles de la santé mentale. Des facteurs de risque sont à prendre en compte. Des facteurs pouvant influencer le vécu ont été identifiés. Il est possible de les améliorer. Les femmes ont parfois une idée erronée de l'entretien pré-IVG, il convient de leur expliquer ses objectifs. Certaines occultent leurs sentiments, faire preuve d'écoute est indispensable pour les repérer.

L'accompagnement psychologique est essentiel pour aider les femmes à vivre au mieux leur IVG, à surmonter les difficultés émotionnelles qu'elles peuvent rencontrer, et à prendre des décisions éclairées en matière de contraception. Cet accompagnement peut prendre différentes formes :

  • Entretiens individuels avec un psychologue ou un conseiller
  • Groupes de parole
  • Soutien téléphonique ou en ligne
  • Orientation vers des associations spécialisées

« L’IVG est un droit en France et l’on doit être bien traitée. Dans le cas où des symptômes de traumatisme psychique sont présents, ou même une difficulté à intégrer la grossesse non-prévue et/ou l’IVG dans son parcours de vie, cela peut être important de rencontrer des professionnels de la santé mentale dont on sait qu’ils et elles pourraient nous écouter sans lunettes anti-IVG. Partager avec d’autres personnes concernées, en groupe comme ceux que peuvent mettre en place certaines associations départementales du Planning Familial ou auprès de professionnels safe comme en CPEF [centre de planification et d’éducation familiale, ndlr], ou dans des associations féministes, peut également aider. Dans tous les cas, lorsqu’on a une douleur physique on la soigne, pour une douleur psychique il y a aussi des solutions.

B. Rôle des Professionnels de Santé et des Associations

Les professionnels de santé (médecins, sages-femmes, infirmiers, psychologues) ont un rôle essentiel à jouer dans l'accompagnement des femmes qui ont recours à l'IVG. Ils doivent être à l'écoute de leurs besoins, les informer de manière objective et non culpabilisante, et leur proposer un soutien adapté.

Les associations, comme le Planning familial, jouent également un rôle important dans l'information, l'orientation et le soutien des femmes. Elles peuvent offrir un espace d'écoute et de dialogue, ainsi qu'une aide matérielle et juridique.

Se renseigner sur les sites Internet fiables, se rapprocher d’associations, de personnes de confiance sur qui l’on sait qu’on peut compter peut-être important au moment où l’on découvre une grossesse qui n’était pas prévue. Identifier comment rendre la situation la plus confortable pour soi en cas d’IVG est primordial (à la maison si les délais le permettent ou au contraire chez des amies, seule ou accompagnée, dans un endroit médicalisé ou au contraire en ambulatoire, etc).

IV. Information et Prévention : Clés d'un Choix Éclairé

A. Importance d'une Information Fiable et Accessible

L'accès à une information fiable et accessible est essentiel pour permettre aux femmes de faire un choix éclairé en matière d'IVG. Cette information doit porter sur les différentes méthodes d'IVG, leurs avantages et leurs inconvénients, les risques et les complications possibles, ainsi que sur les aspects psychologiques et émotionnels.

Il est important de lutter contre la désinformation et les idées reçues qui circulent sur l'IVG, notamment sur internet. Les sites web gouvernementaux, les associations spécialisées, et les professionnels de santé sont des sources d'information fiables et objectives.

B. Prévention des Grossesses Non Désirées : Enjeux de l'Éducation Sexuelle et de la Contraception

La prévention des grossesses non désirées est un enjeu majeur de santé publique. Elle passe par une éducation sexuelle complète et adaptée aux différents âges, ainsi que par un accès facile et abordable à la contraception.

Il est essentiel de sensibiliser les jeunes aux risques de grossesses non désirées, de leur apprendre à se protéger, et de leur donner les outils pour faire des choix responsables en matière de sexualité. Il est également important de lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière d'accès à la contraception.

V. Questions Fréquentes Après une IVG

Après une IVG, il est naturel de se poser des questions sur les suites de l'intervention, sur la contraception, et sur la santé en général. Voici quelques réponses aux questions les plus fréquemment posées :

A. Examens Médicaux et Suivi

Après l’IVG les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.

B. Fertilité et Risques

Le risque d’infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l’interruption volontaire de grossesse. Ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc).

Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France. Le risque de survenue de complications lors de la réalisation d’une IVG n’est pas supérieur à celui d’un avortement spontané ou d’une grossesse menée à terme. D’après les études qui ont évalué le risque d'infertilité après une IVG, il n'y a pas d'augmentation du risque dans les pays où la pratique de l’IVG est légale. Ce risque n’est pas plus important chez les patientes ayant eu deux IVG ou plus.

C. Saignements et Symptômes de Grossesse

Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines.

Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale.

Bon à savoir : Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est la visite de contrôle qui permettra de confirmer que l’IVG a fonctionné.

D. Retour des Règles et Reprise des Rapports Sexuels

Après une IVG les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée. Avec une pilule oestro-progestative par exemple, les règles surviendront à la fin de la première plaquette. Avec un DIU hormonal les règles peuvent êtres irrégulières ou absentes.

Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).

E. Contraception Après une IVG

Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux.

Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier.

Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.

La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.

Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse.

Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée :

  • le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ;
  • le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse.

Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.

F. Remboursement de la Contraception

Sont remboursables par l'Assurance maladie :

  • certaines pilules contraceptives ;
  • les implants contraceptifs hormonaux ;
  • les progestatifs injectables ;
  • les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ;
  • les diaphragmes ;
  • certaines marques de préservatifs externes (masculins).

Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret.

Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles.

Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.

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