Le placenta, organe transitoire mais essentiel, joue un rôle déterminant dans le développement du fœtus pendant la grossesse. Il assure les échanges vitaux entre la mère et l'enfant, le protégeant et le nourrissant, tout en participant à la régulation hormonale nécessaire au bon déroulement de la gestation. Comprendre son fonctionnement et les facteurs pouvant l'affecter est donc primordial pour optimiser la santé de la mère et de l'enfant.
Le Placenta : Une Combinaison Spatiale In Utero
Dans l’espace, les astronautes sont équipés d’une combinaison qui leur permet de respirer, les protège des éléments extérieurs et inclut un système de communication avec le vaisseau mère. Dans l’utérus, les fœtus n’ont pas de combinaison mais un placenta. Cet organe éphémère est encore plus fonctionnel et sophistiqué que le matériel spatial. Son intégrité est essentielle au bon déroulement d’une grossesse.
Quel est l’organe sans lequel vous ne pourriez pas être en train de lire cet article, alors que vous en êtes dépourvu depuis votre naissance ?… Le placenta !
Véritable connexion entre la maman et le bébé, le placenta est un organe unique qui joue un rôle essentiel durant la grossesse. Reliant l’embryon à la paroi utérine, le placenta permet d’alimenter le fœtus en oxygène, en hormones de croissance et en nutriments. Une fois sa mission terminée lors de la grossesse, il est considéré comme un déchet par le corps de la femme et doit être expulsé.
Formation et Structure du Placenta
La formation de cet organe est une étape cruciale de la vie. Elle démarre dans la semaine qui suit la fécondation, à partir de cellules issues de l’embryon, et se poursuit pendant près de trois mois. Petit à petit, le placenta se développe, s’implante dans la paroi de l’utérus et crée un gigantesque réseau d’échanges avec la circulation maternelle : plusieurs dizaines de kilomètres de vaisseaux sanguins ! Tout problème qui survient au cours de ce processus complexe ou qui affecte ultérieurement la fonctionnalité de l’organe peut avoir des conséquences négatives sur la grossesse, y compris l’arrêt de cette dernière en cas de dysfonctions majeures au cours du premier trimestre.
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Appelé trophoblastique jusqu’à la fin du premier trimestre de grossesse, le placenta est un organe composé de veines et d’artères (appelées villosités), qui se créé après la fécondation, pour disparaitre à l’accouchement. Implanté dans la muqueuse utérine, le placenta est relié au fœtus par le cordon ombilical.
Le placenta est un organe unique temporaire chez la femme enceinte et une véritable unité d’échange entre le bébé et sa mère. Il se compose d’une partie embryonnaire, le trophoblaste, et d'une partie maternelle, l'endomètre. Le placenta est une poche d’à peine 500 grammes dans laquelle le fœtus grandit pendant la grossesse. Les villosités qui le constituent (réseau vasculaire formé d'artères et de veines) se regroupent au niveau du cordon ombilical.
Le placenta en quelques chiffres:
- Mesure de 15 à 20 cm de diamètre
- Contient une surface d’échange de 14 m2 environ
- Est pourvu d’un réseau sanguin pouvant atteindre 40 à 50 km de long
Rôles Essentiels du Placenta
Pendant neuf mois, il assure de multiples fonctions indispensables au développement d’un fœtus : approvisionnement en oxygène et en nutriments, évacuation des « déchets » (comme le dioxyde de carbone issu de la respiration et les déchets métaboliques), protection contre des pathogènes, certaines substances toxiques ou encore le système immunitaire maternel (pour lequel le fœtus est un intrus !). Il conduit en outre à la production d’hormones et d’autres facteurs nécessaires à la naissance d’un enfant en bonne santé.
Son rôle principal est d’assurer le rôle d’intermédiaire entre la mère et l’enfant, en transmettant à ce dernier oxygène, minéraux et vitamines. Autrement dit, le placenta lui permet de respirer et de se nourrir. Il assure ainsi les éléments essentiels au développement du bébé. Mais ce n’est pas tout.
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Le placenta est essentiel au bon déroulement de la grossesse. Il permet de maintenir le bébé en vie en assurant les échanges nutritifs et gazeux via le sang maternel. Il joue deux rôles principaux :
- Maintenir la grossesse grâce à la sécrétion des hormones qui assurent le bon déroulement et le développement de la grossesse.
- Filtrer les agressions extérieures (bactéries, virus, …).
Le placenta reproduit le fonctionnement de certains organes non développés chez le fœtus jusqu’à ce qu’ils soient opérationnels. Le placenta est un organe d’échanges vitaux in utéro entre la mère et le bébé. Il transmet l’oxygène, les nutriments, les protéines, les lipides, l’eau et les hormones nécessaires à la croissance de l’enfant via le cordon ombilical. C’est pourquoi on recommande aux femmes enceintes de ne pas consommer d’alcool durant leur grossesse et de ne jamais prendre de médicaments sans l’avis d’un professionnel de santé.
Pour la mère, le placenta prend la forme d’une barrière immunologique pour éviter que son système immunitaire ne considère le fœtus comme un corps étranger à combattre. Il élimine également les déchets organiques produits par le bébé (urine, dioxyde de carbone, …).
Le placenta produit de nombreuses hormones au cours de la grossesse, dont l’hormone de croissance placentaire et l'hormone lactogène placentaire, qui vise à préparer à la lactation. Il produit par ailleurs l'hormone chorionique gonadotrope, l’hormone placentaire qui permet de stopper les cycles menstruels de la femme enceinte. Enfin, le placenta va produire une quantité importante de progestérone pour éviter une naissance prématurée.
Protection contre les infections virales
Ces chercheurs de l’University of South Florida (USF Health) décryptent le processus par lequel le placenta dans l'utérus protège le fœtus contre les infections virales. L’étude publiée dans la revue Cell Host & Microbe, montre que sans un gène particulier le fœtus aurait peut-être succombé à un certain nombre d'infections virales. L'étude se concentre en effet sur les virus qui peuvent affecter une mère enceinte et par conséquent son fœtus. Le fœtus étant très vulnérables aux infections car son système immunitaire est immature.
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« Le placenta, chez l'Homme ou chez la souris, est le premier organe que le fœtus développe, et il est constamment exposé au sang maternel. Cette exposition augmente les risques de transmission d'infections virales de la mère au fœtus.
Dysfonctionnements et Complications Placentaires
Certaines anomalies modifient la position du placenta dans l’utérus : le placenta prævia, trop bas, obture le col ; le placenta accreta, trop inséré dans la paroi utérine, ne se détache pas pour être expulsé à l’issue de la grossesse… D’autres problèmes vont au contraire entraîner son décollement prématuré. Mais de nombreuses autres anomalies, non « positionnelles », sont également susceptibles de compliquer la grossesse et d’altérer la capacité du placenta à jouer correctement ses différents rôles. Elles peuvent provoquer des retards de croissance et des troubles dans le développement fœtal, ou encore mettre la mère en danger. Ainsi, une des principales maladies de la grossesse, la pré-éclampsie, est causée par une dysfonction du placenta qui conduit à une augmentation brutale, sévère et dangereuse de la pression artérielle de la femme enceinte.
Les causes et les mécanismes associés aux troubles du développement et du fonctionnement du placenta sont loin d’être entièrement compris, mais ils font l’objet de recherches actives. À l’Inserm, une équipe de l’Institut pour l’avancée des biosciences de Grenoble (unité Inserm 1209) vient par exemple de montrer comment l’exposition aux particules fines et au dioxyde d’azote pendant la grossesse modifie l’expression de gènes des cellules du placenta, avec vraisemblablement des conséquences fonctionnelles. Par ailleurs, des scientifiques du Centre de recherche en transplantation et immunologie à Nantes (unité Inserm 1064) ont mis au point un procédé qui permet de produire des organoïdes placentaires et devrait faciliter les études sur le développement normal ou pathologique de cet organe. Et grâce aux connaissances déjà accumulées, des pistes thérapeutiques émergent, par exemple pour le traitement de la pré-éclampsie.
Différents symptômes peuvent traduire un dysfonctionnement du placenta. Il peut s’agir de saignements légers, d’une hémorragie (cela est souvent le cas quand lorsqu'une partie du placenta est insérée sur la partie basse de l'utérus, près du col), de contractions intenses, de douleurs au ventre… Au moindre doute, parlez-en à votre sage-femme ou gynécologue, qui pratiquera alors une échographie. Parfois, cet examen n’est pas suffisant.
Les complications du placenta sont peu fréquentes, mais peuvent mettre la santé du fœtus ou de la future mère en danger. Un suivi et des contrôles réguliers au cours de la grossesse sont nécessaires afin de dépister le risque de complications le plus tôt possible.
Anomalies placentaires spécifiques
Le placenta se déplace au cours de la grossesse pour aller vers le fond de l'utérus. Lors de ce cheminement, il remonte progressivement. Toutefois, il arrive que cela ne se passe pas comme prévu.
Le placenta praevia: Cela concernerait une grossesse sur 200. Il s’agit d’un placenta situé en bas de l’utérus, au niveau du col. On le classifie ainsi lorsqu’il recouvre en petite partie, moyenne partie ou totalement (ce qui est rare) le col de l’utérus (alors une césarienne est obligatoire). Cette anomalie placentaire peut causer de sévères hémorragies au cours des trois derniers mois de grossesse et lors de l’accouchement. En effet, le placenta se situant près du col de l'utérus, les contractions peuvent l’abîmer et entraîner un décollement du placenta (d’où les hémorragies). Lorsqu’il n’est pas diagnostiqué assez tôt, le bébé a 90 % de risques de décéder in utero, et la maman présente 25 % de risques de mourir elle aussi.
Le décollement placentaire ou trophoblastique: Le décollement placentaire est la complication la plus fréquente chez la femme enceinte. Il concerne 15 à 20 % des grossesses. Comme son nom l’indique, une partie du placenta rencontre une perte d’adhésion créant un hématome. On parle de décollement placentaire à partir du 2ᵉ trimestre. S’il survient avant, on parle de décollement trophoblastique.
Le placenta accreta: Autre complication pouvant survenir durant la grossesse : le placenta accreta. Cela se traduit par une insertion trop profonde du placenta dans le myomètre (la couche musculeuse de la paroi utérine). Cette complication désigne la fusion ferme du placenta avec le muscle utérin. Si cela n’a le plus souvent aucun impact sur la grossesse, le principal risque est que la femme souffre d’une hémorragie vaginale au moment de la délivrance.
Le placenta increta: On le qualifie ainsi lorsqu’il envahit la paroi utérine profondément, voire dans sa totalité.
Le placenta percreta: Il s’agit d’un placenta qui s'étend en dehors de l’utérus, allant jusqu’à atteindre les organes environnants.
Facteurs de risque et prévention
Plusieurs facteurs peuvent influencer le développement et le fonctionnement du placenta, et donc impacter le développement fœtal.
Pollution atmosphérique : Si on connait la nocivité de la pollution atmosphérique pendant la grossesse - que ce soit sur le plan cardio-métabolique, respiratoires ou encore neuropsychologiques - on en sait peu sur les mécanismes de cette relation. Les résultats de leurs travaux montrent que les niveaux de méthylation de l’ADN placentaire étaient significativement corrélés à l’exposition aux trois polluants aériens. Et dans un tiers des cas, ces modifications avaient un impact direct sur le développement de l’enfant : cela concernait le poids et taille de naissance, le périmètre crânien, la durée de la grossesse… Certaines de ces altérations étaient présentes chez les deux sexes, mais d’autres touchaient des gènes différents en fonction du sexe de l’enfant à naître. En outre, les scientifiques ont pu identifier deux périodes de la grossesse particulièrement à risque : le 1er trimestre chez les garçons et le 3e trimestre chez les filles.
Consommation d'alcool : En 2019, une équipe de chercheurs de Rouen mené par Bruno Gonzalez, directeur de recherche Inserm, a examiné des placentas alcoolisés et non alcoolisés chez l’Homme et la souris, qui ont révélé la relation entre les désordres vasculaires du placenta et ceux du cerveau.
Tabagisme : Fumer affecte le placenta, même après l’arrêt du tabac. Ceci a été révélé en octobre 2020, par des chercheurs de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Grenoble Alpes. Ils ont observé des altérations épigénétiques du génome placentaire (le placenta présente le même ADN que celui du bébé, et donc, les mêmes gênes). Dans le langage de tous les jours, cela signifie que le placenta conserverait la mémoire de l’exposition au tabac des femmes avant leur grossesse. En conséquence directe : un impact sur le développement du bébé, mais aussi, très probablement, des effets sur la santé ultérieure de l’enfant.
Stress maternel : Les effets du stress maternel sur le bébé sont connus depuis longtemps. Déjà en 2014, le CAIRN (site de référence pour les recherches des scientifiques, consacré aux sciences humaines et sociales) rappelait que le placenta transporte les hormones du stress de la mère au bébé. Cela entrave son développement, réduit la circulation sanguine reliée au placenta et par conséquent, diminue l’apport en nutriments et en oxygène.
Pour favoriser le bon développement du placenta, il est recommandé de :
- Avoir une bonne alimentation équilibrée, variée, de saison, si possible bio, et dépourvue de d’aliments interdits pendant la grossesse (poissons et viandes crus, crustacés, certains fromages…).
- Avoir une activité physique régulière (et adaptée à la grossesse, cela va s’en dire).
- Éviter les sources de stress tant que possible.
Différences liées au sexe du fœtus
Dès la vie utérine, la parité n’est pas respectée : les embryons femelles résistent mieux que les mâles à un environnement utérin hostile. Publiée le 27 mai dans Molecular Human Reproduction, une étude australienne livre une explication à cette disparité -pour une fois favorable au sexe féminin. En cause, le placenta : plus de cent quarante gènes y sont activés différemment selon le sexe.
Pour comprendre ces différences, son équipe a comparé l’expression des gènes, selon le sexe, dans plus de trois cents placentas issus de grossesses non pathologiques. Résultats : dans le placenta, cent quarante gènes sont exprimés différemment selon le sexe. Et 60 % de ces gènes sont portés par des chromosomes non sexuels (des « autosomes »). Surtout, sept gènes sont davantage exprimés chez les fœtus féminins : « Certains de ces gènes, plus actifs chez les filles, interviennent dans le maintien de la grossesse et dans la tolérance immune de la mère vis-à-vis de son embryon. Les fœtus féminins seraient ainsi plus aptes à mettre en place des stratégies de contournement des risques lors de la grossesse », relève Sam Buckberry, premier auteur. Mais il naît plus de garçons que de filles, ce qui compense cette disparité.
Devenir du Placenta après la Grossesse
Après l’accouchement, le placenta est expulsé dans les 30 minutes qui suivent. On appelle ce moment la délivrance. Le placenta est alors incinéré ou détruit. Un examen est systématiquement réalisé à la fin de la grossesse par le médecin ou la sage-femme pour contrôler l’expulsion du placenta.
Certaines femmes mangent leur placenta après l’accouchement. Cette pratique nommée placentophagie est tendance aux États-Unis. Le placenta serait un organe riche en vitamines, hormones et minéraux. Parmi ses bienfaits, il permettrait de lutter contre la dépression postpartum, favoriserait la production de lait, soulagerait les douleurs liées à l’accouchement, améliorerait l’élasticité de la peau et renforcerait le lien entre la maman et son bébé. Toutefois, aucune étude scientifique n’a prouvé ses bienfaits.
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