La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet d'actualité en France, notamment depuis l'adoption de la loi de bioéthique ouvrant l'accès à cette pratique à toutes les femmes. Cette loi, entrée en vigueur le 29 septembre, a suscité un afflux de demandes, émanant de couples de femmes et de femmes seules. Cet article explore les différents aspects de la PMA, à travers des témoignages de femmes et de couples engagés dans ce parcours, ainsi que des éclaircissements apportés par des professionnels du secteur.

La PMA pour toutes : une loi et ses conséquences

Adoptée en juin 2021 et entrée en vigueur le 29 septembre, la loi de bioéthique a marqué un tournant en France en autorisant la PMA pour toutes les femmes. Cette ouverture a entraîné une augmentation significative des demandes. Entre le 1er janvier et le 31 mars 2022, 5 126 demandes ont été enregistrées, dont 47% provenaient de couples de femmes et 53% de femmes seules. Face à cet afflux, les délais de prise en charge se sont allongés, étant évalués entre 13 et 15 mois selon les centres. Les premières naissances issues de cette loi ne sont pas attendues avant le début de l'année 2023.

Parcours de PMA : Témoignages et Expériences

Marie : Le choix du Danemark pour une PMA en solo

Marie, une assistante commerciale de 31 ans vivant à Nantes, a eu recours à une PMA au Danemark pour concevoir son fils Simon, né il y a près de 16 mois. Fraîchement célibataire à 25 ans, Marie a été diagnostiquée avec une endométriose et un risque d'infertilité. Elle a pris la décision de se lancer dans une PMA à l'âge de 29 ans.

Marie a choisi le Danemark en raison de la possibilité pour l'enfant d'établir un contact avec le donneur à sa majorité. Les critères physiques du donneur étaient moins importants pour elle que la lettre expliquant ses motivations. Cette question du donneur a été déterminante pour Marie, qui envisage aujourd'hui de donner un petit frère ou une petite sœur à Simon, issu(e) du même donneur.

Marie souligne que le Danemark l'a accueillie à un moment où son pays lui tournait le dos. Elle critique les délais et les rendez-vous chez le psychologue imposés en France, qu'elle juge "éthiquement" questionnables. Pour toutes ces raisons, elle préfère concevoir son deuxième enfant au Danemark, malgré le coût de 8 000 euros pour Simon. Elle espère bénéficier d'une prise en charge de 2 000 euros grâce à la nouvelle loi.

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Chloé et Charlotte : Un parcours en couple semé d'embûches

Chloé, 27 ans, et Charlotte, 28 ans, sont en couple depuis le lycée. Elles ont décidé de fonder une famille, avec Chloé portant le premier bébé. Malgré un SOPK diagnostiqué chez Chloé, le couple a envisagé la PMA.

Elles ont d'abord tenté des inséminations avec une banque de sperme danoise, Cryos, via leur gynécologue. Bien que cette pratique soit illégale, elles ont décidé de tenter leur chance. Elles ont choisi un profil de donneur anonyme mais ouvert, avec des informations sur ses caractéristiques physiques, antécédents médicaux, profil génétique, une photo de lui enfant et le son de sa voix.

Après l'adoption de la loi sur la PMA pour toutes, Chloé a contacté les centres de PMA de la région et a finalement été acceptée à l'hôpital Femme Mère Enfant (HFME) de Bron. Le parcours s'est enchaîné rapidement, avec des rendez-vous chez le psychologue, une commission pluridisciplinaire et des rendez-vous avec le biologiste. En juillet, Chloé a reçu une première insémination, mais celle-ci n'a pas fonctionné. Malgré cet échec, les deux jeunes femmes restent positives et envisagent déjà la suite. Elles soulignent la qualité de l'équipe du HFME de Bron, qu'elles considèrent comme "une pépite".

Audrey : La discrimination géographique et l'âge comme obstacles

Audrey, 38 ans, vit à Lyon et est en couple avec une femme qui ne souhaite pas d'enfant. Elle a décidé de se lancer dans un parcours en solo en Espagne, mais la pandémie a interrompu son projet. Après l'adoption de la loi en France, Audrey a contacté le Cecos de Lyon, mais son premier rendez-vous a été "catastrophique". Elle s'est sentie "jugée, infantilisée" en raison de son âge.

Audrey a débuté un protocole de FIV au Portugal, mais a également rencontré la psychologue du Cecos. Sa gynécologue l'avait prévenue qu'elle ne rentrait pas dans les cases à Lyon, en raison de son âge et de problèmes de fertilité. La psychologue l'a orientée vers un autre praticien qui lui a confirmé qu'elle ne pourrait pas être aidée en France.

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Audrey dénonce la régionalisation des banques de sperme et parle de "discrimination géographique". Elle considère que la loi de bioéthique a été "complètement bâclée" et dénonce une discrimination financière. Elle est "contente de partir à l'étranger".

Agathe et Elodie : L'attente et les difficultés administratives

Agathe et Elodie, un couple de femmes vivant à Rennes, se sont inscrites au Cecos dès l'adoption de la loi. C'est Agathe qui va porter le bébé, car Elodie ne le souhaite pas. Après plusieurs rendez-vous et examens, elles ont reçu un premier feu vert en janvier. Cependant, en raison du nombre limité de staffs par mois, leur dossier n'a été validé que le 9 juin. Elles ont finalement appris qu'elles auraient un donneur le 18 août et que l'insémination aurait lieu en octobre.

Le couple estime avoir été "bien traité", mais souligne des points à améliorer, tels que les délais trop longs, l'absence de chances d'avoir le même donneur et l'impossibilité d'avoir recours à une Ropa (réception des ovocytes de la partenaire). Elles critiquent également les formulaires administratifs non adaptés aux couples de femmes et la nécessité d'une reconnaissance conjointe anticipée (RCA) devant notaire.

Défis et perspectives de la PMA en France

La possibilité d'avoir recours au même donneur

Selon Catherine Metzler-Guillemain, présidente de la Fédération des Cecos, la loi de bioéthique n'interdit pas d'avoir recours à un même donneur en France. Cependant, la probabilité que cela se produise dépend du fonctionnement du centre. Les centres ne font pas de réservations de gamètes, mais s'il reste des paillettes du premier donneur, il est théoriquement possible de retomber dessus. La seule limite est le nombre de naissances, qui est de dix par donneur.

La discrimination par l'âge et le manque de dons

Catherine Metzler-Guillemain souligne que la discrimination par l'âge n'est pas admissible. La limite d'âge est de 45 ans pour recevoir des gamètes et de 43 ans pour les ponctions ovocytaires. Cependant, elle rappelle que la PMA est un parcours médical et que la fonction ovarienne doit être suffisante pour que la stimulation soit efficace.

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Elle reconnaît également qu'il existe une inadéquation entre le nombre d'ovocytes disponibles et le nombre de demandes en don d'ovocytes seuls.

La PMA pour les femmes détenues : un droit théorique difficile à mettre en œuvre

Si la loi de bioéthique ouvre théoriquement le droit à la PMA à toutes les femmes, sa mise en pratique en prison s'annonce plus hypothétique. L'application pratique de ce droit en prison est complexe en raison de l'implication de nombreux acteurs (hôpital, administration pénitentiaire, police, gendarmerie, etc.) et des contraintes liées à la détention. L'Académie de médecine recommande que les demandes émanant de personnes détenues soient examinées de manière équivalente à toutes les autres, en tenant compte de l'intérêt de l'enfant.

Les difficultés rencontrées par les jeunes couples en PMA

De nombreux jeunes couples sont confrontés à des difficultés pour concevoir et ont recours à la PMA. Ils témoignent du choc ressenti lorsqu'ils apprennent qu'avoir un enfant sera un défi. Ils expriment un sentiment de vivre en suspens, en attendant les rendez-vous, les examens, les résultats. Ils soulignent également le manque de compréhension de leur entourage et des soignants.

L'impact du Covid-19 sur les parcours de PMA

L'épidémie de Covid-19 a perturbé les parcours de PMA, avec la fermeture des hôpitaux et des cliniques pendant le premier confinement. Certains couples ont vu leur projet remis à plus tard, notamment ceux suivis à l'étranger.

La PMA : un parcours émotionnel et physique

Les témoignages recueillis mettent en évidence les montagnes russes émotionnelles et physiques que représente la PMA. Les femmes et les couples engagés dans ce parcours font face à des épreuves, des doutes, des échecs, mais aussi à des moments de joie et d'espoir. Ils soulignent l'importance du soutien mutuel et de l'accompagnement médical et psychologique.

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