Chaque année, à l'approche du 25 décembre, les chants de Noël emplissent nos églises, nos maisons, et parfois même nos rues. Ces mélodies joyeuses font partie intégrante de la période de l'Avent et accompagnent les fêtes qui entourent la célébration de la naissance du Christ. Parmi ces chants, "Il est né le divin enfant" résonne dans tous les foyers français depuis des générations, une mélodie intemporelle qui raconte la nativité avec une tendresse qui traverse les époques. Mais d’où vient cette tradition et quelle est l'histoire de ce cantique en particulier ?

Les Origines des Chants de Noël

Pour comprendre les origines des chants de Noël, il convient de remonter aux premiers siècles du christianisme. Dès le IIe siècle, les chrétiens commencent à s’intéresser à la vie du Christ, et notamment à sa naissance, pour affirmer face aux courants gnostiques l’humanité réelle de Jésus. C'est ainsi que fut instaurée la Nativité, qui célèbre le mystère de l’Incarnation, c'est-à-dire le moment où Dieu s’est fait homme. Célébrée tantôt le 6 janvier, tantôt le 25 mars, la naissance du Christ est fixée au 25 décembre au IVe siècle.

Selon la tradition, l’un des premiers chants associés à Noël est le Gloria in excelsis Deo, inspiré du moment où, dans l’Évangile selon saint Luc, l’ange de Dieu annonce aux bergers la venue au monde de Jésus. Rejoint par « une troupe céleste innombrable », l’ange loue ensuite Dieu : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime » (Lc 2,14). Aussi appelé « hymne des anges », le Gloria, dans sa version grecque, aurait été introduit dans la messe de la nuit de Noël par le pape Télesphore au IIe siècle (au IVe siècle a minima pour la version latine).

Il faut toutefois attendre le XIIIe siècle, avec l’invention de la crèche par saint François d’Assise, pour que se développe une véritable tradition de chansons de Noël. C'est ainsi que sont nés les « noëls » populaires, ces chants relativement courts en langue vernaculaire racontant la visite des bergers à l’Enfant Jésus (les « pastorales »), la joie des anges ou encore la douceur de la Sainte Famille. Il devient ainsi coutume d’accompagner les réjouissances de l’Avent et de la Nativité en chantant. La tradition des noëls se diffuse alors dans toute l’Europe chrétienne, des carols anglais aux Weihnachtslieder allemands.

Chants de Noël et Cantiques de Noël : Quelle Différence ?

Si les deux expressions sont souvent employées indifféremment, elles ne recouvrent pas tout à fait la même réalité. En effet, les chants de Noël désignent l’ensemble des compositions musicales associées à la fête de la Nativité. Les cantiques de Noël, quant à eux, appartiennent au domaine strictement spirituel. Le mot « cantique » vient du latin canticum, qui signifie « chant sacré ». Ces compositions, tournées vers la prière et la louange, célèbrent directement la naissance du Christ et le mystère de l’Incarnation.

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Au-delà du Gloria in excelsis Deo et du Veni redemptor gentium, l’un des plus anciens noëls conservés est le chant français Entre le bœuf et l’âne gris. Également appelé « le chant des fidèles », Adeste Fideles invite les croyants à venir adorer l’Enfant Jésus : « Venite adoremus Dominum ». Composé en 1847, Minuit, chrétiens est né de la rencontre entre le poète Placide Cappeau et le compositeur Adolphe Adam. Ce cantique solennel célèbre la naissance du Sauveur et la rédemption offerte à l’humanité. En 1818, dans le petit village autrichien d’Oberndorf, le prêtre Joseph Mohr confie à l’organiste Franz Xaver Gruber la mise en musique d’un poème qu’il a écrit. Le soir de Noël, le chant est interprété pour la première fois dans la petite église de Saint-Nicolas. Sa simplicité bouleverse les fidèles, et Stille Nacht se répand rapidement à travers l’Europe, puis le monde entier.

"Il Est Né Le Divin Enfant" : Un Cantique Français d'Origine Lorraine

Ce cantique français du XIXᵉ siècle, d’origine lorraine, reprend le rythme d’un ancien air de chasse. Sa mélodie entraînante et ses paroles joyeuses évoquent l’allégresse de la naissance du Christ : « Il est né le divin enfant, jouez hautbois, résonnez musettes ».

Les prophètes de l’Ancien Testament annoncent peut-être la naissance de Jésus depuis plus de 4000 ans, mais ce qui est sûr c’est que l’on chante ce cantique depuis au moins 200 ans ! En effet, pour découvrir la première édition des paroles de cet air évoquant la nativité, il faut ouvrir un ouvrage publié à Montpellier en 1818 et qui porte le nom de Nouveau recueil de cantiques spirituels à l’usage des écoles chrétiennes des filles de Charité et ce n’est que dans la seconde édition de cet ouvrage publiée à Avignon en 1825 que l’on peut découvrir la mélodie de cet air notée sous la forme d’une partition !

Ce n’est pas parce que ces ouvrages ont été publiés à Avignon ou Montpellier que cet air est inspiré d’un Noël provençal pour autant ! Il serait plutôt lorrain, si l’on en croit Jean-Romary Grosjean, l’organiste de la cathédrale Saint-Dié des Vosges qui publie en 1862 sa propre version dans un recueil intitulé : Airs des Noëls Lorrains !

Sur ce thème pastoral confié aux sonorités de hautbois d’orgue, le compositeur nous donne un autre indice quant à l’origine de cette mélodie : selon lui elle proviendrait d’un ancien air de chasse ! Un air que les chasseurs connaissent peut être sous le nom de Tête Bizarde ! Un drôle de nom qui fait allusion à la tête de certains cervidés, cerfs ou aux chevreuils qui, à la suite d’un choc par exemple, souffrent d’un développement anormal de leur bois ! On parle dans ce cas de Tête bizarde !

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Une fois qu’on le sait et que l’on compare cette musique de vènerie à l’air de Il est né le divin enfant tout s’éclaire. On comprend mieux le caractère pastoral, l’usage du bourdon, cette note grave répétée sur laquelle se déploie seulement quatre accords et la mélodie très simple du refrain présentée sous la forme d’un simple arpège, le mode de jeu préféré du cor de chasse ! Tout cela provient de l’air de chasse la Tête bizarde ! Une esthétique que n’a pas cherché à gommer Gabriel Fauré dans ses divers arrangements réalisés pour fêter Noël !

L'Évolution et la Popularité du Cantique

"Il est né le divin enfant" est publié pour la première fois en 1874, dans un recueil de l'organiste de la cathédrale de Saint-Dié, Jean-Romary Grosjean, intitulé Airs des Noëls lorrains recueillis et arrangés pour orgue ou harmonium. Mais il est probable qu'il n'ait été que le transcripteur d'un chant de Noël courant à l'époque sans qu'on en connaisse la provenance exacte, notamment en ce qui concerne les paroles. Elles reprennent les grands classiques de la Nativité selon l'Évangile : prophètes, étable et rois de l'Orient. Une véritable crèche qui prend vie devant nos yeux en chanson.

En 1886, la revue musicale Le Ménestrel décrit : « Cette expression pastorale, qui convient si parfaitement au genre, est parfois introduite après coup par des modifications dans la mélodie primitive. […] Considérons un Noël relativement récent (du moins, nous n'en avons trouvé aucune trace dans les livres antérieurs au XIXe siècle) mais très répandu à notre époque, celui qui commence par ces deux vers : "Il est né le divin enfant,/Jouez, hautbois, résonnez, musettes". La mélodie syllabique, un peu trop sautillante si on la prend dans un mouvement vif, a cependant, avec son rythme à deux temps et sa gamme correspondant aux notes naturelles de la trompette, un air naïf et pastoral qui n'est pas sans grâce : on la prendrait volontiers pour un air de musette du temps passé ; il semble que la reconstitution du cadre traditionnel, le bocage vert arrosé par quelque joli ruisseau, lui rendrait sa fraîcheur primitive et son charme aujourd'hui un peu démodé. »

Bien qu'ayant une durée de vie réduite - difficile de claironner « Il est né le divin enfant » avant le 24 décembre ou après le 1er janvier -, son succès ne se dément pas dans les églises de France. Avec sa mélodie claironnante et ses paroles gentiment religieuses, « Il est né le divin enfant » ne bénéficie pas de la popularité extraordinaire de certains tubes anglo-saxons ou de leur aura de chic, mais c'est un classique indéboulonnable des messes de Noël, aux côtés des « Anges dans nos campagnes » ou d'« Entre le bœuf et l'âne gris ».

Thèmes et Symbolisme

Au-delà de sa mélodie entraînante, ce cantique porte un message profond sur la nativité et ses enseignements universels. La beauté divine, les grâces parfaites de l'enfant Jésus et sa toute-puissance en tant que roi sont autant de thèmes abordés dans les paroles.

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"Il est né le divin enfant" traverse les générations comme un pont musical entre le passé et l’avenir.

Anecdotes et Curiosités

Le titre du cantique est même devenu un cliché journalistique pour annoncer n'importe quelle naissance. En décembre 2015, une femme a donné naissance à une fille à son domicile, près de Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime), dans un hameau appelé Bethléem. Le papa du nouveau-né exerçait le métier de charpentier.

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