L'avortement est un droit fondamental et un acte médical courant auquel des millions de personnes ont recours chaque année. En France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est dépénalisée depuis la loi Veil du 17 janvier 1975. Cependant, ce droit est encore aujourd'hui questionné, stigmatisé et criminalisé, avec des mouvements "pro-vie" qui cherchent à remettre en question plus d'un demi-siècle de progrès. Cet article vise à déconstruire les principaux arguments avancés contre l'avortement.
Contexte historique et juridique de l'IVG en France
La dépénalisation tardive de l'IVG en France
Après la Première Guerre mondiale, le gouvernement français a cherché à encourager la croissance démographique pour compenser les pertes humaines. Dans ce contexte, l'avortement est devenu un crime en vertu de la loi du 31 juillet 1920, qui réprimait la provocation à l'IVG et la propagande anticonceptionnelle. Il a fallu attendre 55 ans pour que le gouvernement reconsidère cette question.
Après plusieurs manifestations féministes et des débats houleux, la loi Veil autorisant l'IVG est finalement adoptée le 17 janvier 1975. Cette loi autorise l'IVG sur demande à un médecin, mais seulement si elle est pratiquée avant la fin de la 10e semaine de grossesse et si la femme enceinte se trouve dans une situation de détresse.
Évolutions législatives récentes
Aujourd'hui, il n'existe plus aucune condition de "détresse" pour avoir recours à une IVG. Une personne mineure n'a pas besoin d'une autorisation parentale pour avorter, mais doit être accompagnée d'une personne majeure de son choix. L'anonymat total est possible et les IVG sont prises en charge à 100% par l'Assurance maladie. Les sages-femmes sont autorisées à pratiquer des IVG médicamenteuses et, à titre expérimental, des IVG instrumentales dans les établissements de santé. L'IVG instrumentale peut être pratiquée jusqu'à la fin de la 14e semaine de grossesse, et l'IVG médicamenteuse jusqu'à la fin de la 7e semaine de grossesse. Il n'y a pas de délai légal de réflexion entre la première consultation et le recueil de consentement, et il n'est pas nécessaire d'avoir la nationalité française pour avorter en France.
L'inscription de l'IVG dans la Constitution : un symbole ?
Le 28 février 2024, l'inscription de l'IVG dans la Constitution a été votée puis approuvée par les parlementaires le 4 mars. Un alinéa a été inséré à l'article 34 : "La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse". Bien que cela confère un statut juridique solide à l'IVG, certains estiment que ce n'est qu'un symbole. En étant placée dans l'article 34, cette disposition relève des compétences législatives du Parlement, qui a le pouvoir de réglementer cette question. Si elle avait été insérée dans l'article 1er, la liberté d'avoir recours à l'IVG aurait été considérée comme un principe fondamental de la République.
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Le choix des mots est également significatif : le gouvernement a préféré parler de "liberté aux femmes de recourir à l'IVG" plutôt que de "droit à l'IVG", ce qui décharge l'État de toute obligation de garantir l'accès à l'IVG. De plus, le terme "femme" plutôt que "individu" peut être considéré comme essentialisant et transphobe, bien que le Conseil d'État précise que "femme" doit être compris comme "toute personne ayant débuté une grossesse, sans considération tenant à l'état civil".
Menaces persistantes sur l'accès à l'IVG
Malgré ces avancées, l'accès à l'IVG reste menacé dans le monde entier. L'annulation de l'arrêt Roe v. Wade aux États-Unis en 2022 a permis à de nombreux États d'interdire l'avortement. En 2020, la Pologne a durci sa législation sur l'IVG en l'interdisant en cas de malformation du fœtus. En Italie, les associations anti-avortement font pression et des propositions de loi anti-IVG ont été faites.
Débunkage des arguments anti-avortement
1. L'IVG, c'est un meurtre
Cet argument est basé sur l'idée que la vie humaine commence à la conception. Cependant, la définition de la vie et de la mort est complexe. D'un point de vue biologique, un être vivant se caractérise par des fonctions vitales telles que la respiration, la circulation sanguine, la nutrition, etc. D'un point de vue philosophique, c'est la capacité à raisonner, à avoir conscience de soi et à ressentir des émotions qui définit un être humain.
La loi française stipule que la mort est déclarée lorsqu'un individu présente soit un arrêt cardiaque irréversible, soit une cessation irréversible de toute activité cérébrale. Or, les recherches montrent qu'à 14 semaines de grossesse, le fœtus n'est pas capable de respirer de manière autonome, son système nerveux central est encore en développement et son système immunitaire est immature. Les chances de survie d'un fœtus de 14 semaines en dehors de l'utérus sont quasi nulles.
Selon les études cliniques et les recommandations des organisations de santé, la viabilité du fœtus est fixée à 20 semaines de grossesse. À 14 semaines, on ne peut pas considérer un fœtus comme un être vivant, mais comme un être qui progresse vers la vie autonome. Tant qu'il ne naît pas, il ne peut mourir et donc encore moins subir un meurtre. De plus, le délai maximum légal pour pratiquer une IVG en France étant de 14 semaines de gestation, tout risque de perception de la douleur par le fœtus peut être écarté.
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2. Il faut se protéger si on ne veut pas d'enfant
L'enquête COCON de 2000-2004 montre que 2 fois sur 3, les femmes ayant eu recours à une IVG étaient sous contraception, et qu'une fois sur deux, il s'agissait d'un contraceptif médical. Un rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) en 2009 a révélé que 72% des femmes ayant eu recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception, et que dans 42% des cas, la méthode utilisée était médicale.
Il est important de noter que nous ne sommes pas tous égaux en termes de contraception (éducation à la santé sexuelle, manque d'informations, précarité, etc.). De plus, la contraception n'est jamais fiable à 100%. Les échecs surviennent souvent lorsque la méthode employée ne correspond pas au mode de vie de la personne. La charge contraceptive est majoritairement imputée aux femmes. Enfin, n'oublions pas les cas d'agressions sexuelles et de stealthing.
3. Il y a trop d'avortements de confort
Les personnes qui utilisent l'expression "avortement de confort" suggèrent que les personnes ayant recours à une IVG le font par commodité. En réalité, avoir recours à une IVG est loin d'être une décision qu'on prend à la légère. Généralement, ce choix est le résultat d'une réflexion sérieuse où de nombreux paramètres sont pris en compte. Choisir d'avorter montre au contraire un véritable sens des responsabilités.
Reconnaître ses limites (émotionnelles, mentales, physiques, financières…), c'est faire preuve de bon sens quand on sait à quel point il est essentiel d'accueillir un enfant dans les meilleures conditions possibles. De plus, parler d'avortement de "confort" c'est mal connaître la procédure d'une IVG. Une grossesse non désirée peut causer un véritable stress émotionnel, suivi d'un véritable combat contre la montre pour pouvoir avoir recours à une IVG. L'intervention peut ensuite causer pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines des symptômes désagréables.
4. L'avortement est traumatisant (syndrome post abortif)
Cet argument anti-IVG est l'existence d'un syndrome post-abortif.
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L'importance de défendre le droit à l'avortement
Le droit à l'avortement est un droit fondamental, constitutif de l'égalité entre les femmes et les hommes et d'une société plus juste. L'avortement, médicamenteux ou chirurgical, est une intervention simple qui peut être effectuée sans risque par un large éventail de professionnels de santé. Lorsqu'ils sont pratiqués dans de bonnes conditions d'hygiène, les avortements sont les actes médicaux les plus sûrs disponibles. Restreindre l'accès à l'avortement contraint les personnes à recourir à des avortements clandestins et dangereux.
La criminalisation de l'avortement entraîne une tendance à le considérer comme une exception, artificiellement placée hors du champ des soins médicaux classiques. Pourtant, les soins liés à l'avortement sont des soins de santé essentiels. Aujourd'hui, environ 45 % des avortements sont pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité selon l'OMS. Le manque d'accès, en temps opportun, à un avortement sécurisé, abordable et respectueux est un problème majeur de santé publique. Les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses sont la 3e cause de mortalité maternelle au monde.
Interdire ce droit ne fait pas baisser le nombre d'avortements. D'après l'Institut Guttmacher, le nombre d'avortements est significativement le même dans les pays qui l'interdisent ou le restreignent et dans ceux qui l'autorisent. La criminalisation de l'avortement et les obstacles persistants au droit à l'avortement touchent de manière disproportionnée les groupes et les personnes déjà marginalisées.
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