L'ibuprofène est un médicament anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) couramment utilisé pour soulager la douleur et la fièvre. Bien qu'il soit disponible sans ordonnance, son utilisation pendant la grossesse, en particulier au premier trimestre, suscite des préoccupations croissantes en raison de son potentiel impact sur le développement fœtal. Cet article vise à explorer en détail les risques associés à l'ibuprofène pendant la grossesse, en se concentrant sur le premier trimestre, et à fournir des informations claires et précises pour aider les femmes enceintes à prendre des décisions éclairées concernant leur santé et celle de leur enfant à naître.

L'Ibuprofène et la Grossesse : Un Aperçu

L’ibuprofène est un médicament courant, délivré sans ordonnance, utilisé pour traiter la douleur et la fièvre. Il fait partie de la classe des AINS, qui agissent en bloquant l’action de molécules appelées COX (cyclo-oxygénase). Si près d’une femme sur dix déclare en avoir pris au cours de sa grossesse, elles seraient en réalité jusqu’à 3 sur 10 à en prendre en automédication selon les études. L'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) met en garde contre l’utilisation de l’ibuprofène pendant la grossesse, le contre-indiquant totalement après cinq mois de grossesse.

Risques Généraux des AINS pendant la Grossesse

D’une manière générale, l’utilisation des médicaments, y compris ceux vendus sans ordonnance, doit être évitée au cours de la grossesse. La consommation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens chez les femmes enceintes est dangereuse, rappelle l’agence du médicament. Les AINS, comme l'ibuprofène, présentent des risques significatifs pendant la grossesse, notamment :

  • Effets malformatifs : Ils se traduisent par la survenue de malformations chez l’embryon lors de son développement [anomalie du cœur, bec de lièvre, défaut de formation des membres, …).
  • Effets foetotoxiques : Ils se traduisent par un retentissement sur la croissance ou la maturation des organes (faible poids à la naissance, atteintes rénales…).
  • Effets néonataux : Liés le plus souvent à des expositions survenues en fin de grossesse ou pendant l’accouchement.
  • Effets à distance de la naissance : Ces effets sont diagnostiqués chez l’enfant à distance de la naissance (par exemple : troubles cognitifs, troubles du comportement, troubles survenant à la seconde génération…).

Il est crucial de noter que certains médicaments peuvent être pris à un stade de la grossesse, mais comporter des risques à un autre stade. Des informations importantes sont présentes dans la notice présente dans la boîte des médicaments et accessibles depuis la base de données publique des médicaments, ainsi que et dans le résumé des caractéristiques des produits (RCP) destiné aux professionnels de santé.

L'Ibuprofène au Premier Trimestre : Nouvelles Découvertes et Précautions

Alors que certaines études ont montré que le paracétamol ou l’aspirine pouvaient interagir avec le système hormonal du fœtus (notamment en empêchant la descente des testicules), rien n’avait été mené sur l’ibuprofène. Des recherches récentes, menées au sein de l'Irset en collaboration avec des chercheurs danois, ont mis en lumière les effets potentiellement néfastes de l'ibuprofène sur le développement du testicule fœtal humain pendant le premier trimestre de la grossesse.

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Impact sur le Développement Testiculaire Fœtal

Pour cela, les chercheurs de l’Irset - avec l’appui de collègues du CHU de Rennes, de l’Université de Copenhague, de chercheurs du Laberca de Nantes, et de collègues écossais du MRC Edinburgh - ont articulé deux séries de tests pour étudier les effets de l’ibuprofène sur le testicule fœtal humain. Dans la première série d’études, ces testicules sont mis en culture, dans la seconde, ils sont greffés sur des souris[2]. Les effets de l’ibuprofène ont été étudiés sur des périodes correspondant aux 1er et 2ème trimestres de grossesse.

Lorsque les testicules correspondant au 1er trimestre de grossesse sont exposés à l’ibuprofène, la production de testostérone par les cellules de Leydig diminue fortement. Au cours de la même période (jusqu’à 12 semaines de développement), les chercheurs observent pour la première fois que l’ibuprofène affecte aussi la production d’hormone anti-müllérienne par les cellules de Sertoli. Cette hormone joue un rôle clé dans la masculinisation du tractus génital.

En outre, l’expression des gènes codant pour le fonctionnement des cellules germinales, à l’origine de la formation des spermatozoïdes, est largement réduite en présence d’ibuprofène. Enfin, la production de prostaglandine E2 (connue pour être produite par les testicules et pour intervenir dans de nombreux processus biologiques) et les gènes correspondants sont eux aussi inhibés par la présence d’ibuprofène à ces mêmes âges de développement.

Tous ces effets sont observés très tôt au cours du premier trimestre. Ces effets sont obtenus à des doses analogues à la posologie classique. Ce médicament supprime la production de différentes hormones testiculaires, dont la testostérone, qui contrôle les caractères sexuels primaires et secondaires et la descente des testicules.

Fenêtre de Sensibilité et Recommandations

Pour Bernard Jégou, directeur de recherche Inserm et coordinateur de cette étude et Séverine Mazaud-Guittot, chargée de recherche Inserm, les conclusions de ce travail soutenu par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sont à prendre au sérieux : « il existe une fenêtre de sensibilité bien précise au cours du 1er trimestre de développement du fœtus pendant laquelle l’ibuprofène présente, semble-t-il, un risque pour le futur appareil génital et reproducteur de l’enfant. Tous les faisceaux d’indices convergent vers une grande prudence quant à l’utilisation de ce médicament lors du 1er trimestre de grossesse.

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D’après les recommandations officielles, l’ibuprofène peut cependant être utilisé dans le premier trimestre de la gestation en cas de nécessité. Avant le sixième mois de grossesse, vous pouvez utiliser un AINS seulement si votre médecin vous l’a prescrit. Avant le sixième mois de grossesse, la prescription et la délivrance d’AINS doivent rester prudentes : l’utilisation de ces médicaments peut exposer la femme enceinte à des risques de fausse couche, de malformation fœtale, d’atteinte fonctionnelle rénale ou de constriction du canal artériel.

Contre-indications et Alternatives

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (tels que l’ibuprofène ou le kétoprofène) et l’aspirine à forte dose (dose supérieure à 500 mg par jour) sont formellement contre-indiqués pendant les 4 derniers mois de la grossesse. Des effets néfastes pour la mère et l'enfant à naître ont été mis en évidence lorsqu'ils sont utilisés au cours de cette période ; le risque existe même avec une seule prise et même si la grossesse est à terme. Lorsque les AINS sont destinés à une application locale, ils peuvent traverser la peau et passer dans le sang. Ils exposent ainsi le fœtus aux mêmes risques que lorsque ces médicaments sont pris par voie orale, en particulier lorsqu’ils sont appliqués sur une large surface de peau ou sous un pansement.

Alternatives Thérapeutiques

Le paracétamol est l’antalgique généralement conseillé pour traiter la douleur au cours de la grossesse. La codéine, utilisée pour soulager les douleurs modérées à fortes, ne doit être prise qu'après avis médical. En effet, chez le nouveau-né d'une mère traitée par des doses élevées peu avant l’accouchement, une insuffisance respiratoire peut survenir. En cas crise de migraine, les dérivés de l’ergot de seigle sont contre-indiqués pendant la grossesse en raison d’un effet vasoconstricteur sur le placenta et le cordon ombilical, néfaste pour le fœtus. L’utilisation du paracétamol est possible à tout moment de la grossesse pour soulager une crise de migraine.

Médicaments Contre-indiqués ou Déconseillés

Les médicaments utilisés dans le traitement du rhume contenant un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) sont formellement contre-indiqués au cours des quatre derniers mois de la grossesse : ils exposent à des effets toxiques même avec une seule prise. Les traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants (pseudoéphédrine, phényléphrine) sont déconseillés pendant toute la grossesse. Les antihistaminiques sédatifs sont déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse. Ils ne doivent être prescrits après cette période qu’en cas de nécessité absolue. Les antibiotiques de la famille des quinolones sont habituellement contre-indiqués ou déconseillés. Le vaccin contre la rubéole est contre-indiqué. Le vaccin contre la fièvre jaune n’est pas recommandé. L'isotrétinoïne et l'acitrétine sont responsables de graves malformations chez l'enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. Les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et les antagonistes de l'angiotensine II sont formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse. Les anticoagulants oraux (antivitamines K) sont habituellement contre-indiqués chez la femme enceinte. Le lithium augmente le risque de malformations cardiaques. Son utilisation est fortement déconseillée.

Surveillance et Information

L’ANSM a donc demandé aux laboratoires pharmaceutiques de mieux expliciter les risques dans les notices et dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP), les informations à destination des soignants. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a publié un communiqué ce vendredi 25 avril 2025, dans lequel elle met en garde contre la consommation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) chez les femmes enceintes.

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Rôle des Professionnels de Santé

Si vous êtes enceinte, il vous appartient de toujours vérifier auprès de votre médecin ou votre pharmacien que les médicaments que vous prenez sont compatibles avec votre état. En cas de nécessité d'un traitement médicamenteux, le professionnel de santé doit évaluer les bénéfices et les risques potentiels pour la mère et l'enfant à naître.

Information du Patient

Des informations importantes sont présentes dans la notice présente dans la boîte des médicaments et accessibles depuis la base de données publique des médicaments, ainsi que et dans le résumé des caractéristiques des produits (RCP) destiné aux professionnels de santé. La patiente recevant de l'isotrétinoïne ou de l'acitrétine doit signer un document conservé par le médecin, dans lequel elle atteste avoir reçu les informations nécessaires.

Conséquences et Rappels Importants

Comme tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), l'ibuprofène pris pendant la grossesse expose notamment à des avortements spontanés, à des malformations, des atteintes cardiaques et rénales graves de l'enfant à naître, et à des dangers au moment de l'accouchement (hémorragies, thromboses de la mère, etc.).

Exposition Élevée aux AINS

En France, plusieurs études épidémiologiques ont montré que les femmes enceintes sont très exposées à cette substance prise à des fins antalgique ou antipyrétique, l'une des plus utilisées après le paracétamol, souvent sans ordonnance. Les données de remboursement issues du Système national des données de santé (SNDS) montrent que le nombre de femmes potentiellement exposées aux AINS reste très élevé : entre 2018 et 2023, plus de 700 000 femmes enceintes étaient concernées, dont 26 000 après le cinquième mois de grossesse, alors qu’ils sont contre-indiqués.

Risques Graves pour le Fœtus

Les conséquences peuvent être très graves pour le fœtus (toxicité cardiopulmonaire ou encore atteinte rénale), pouvant même conduire à une mort in utero. Pour améliorer l’information sur ces risques graves pour le fœtus, nous avons relancé les travaux avec les membres du groupe de travail issu du comité scientifique permanent « Reproduction, grossesse et allaitement ».

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