Introduction
Cette étude se penche sur la figure de Jean Baptiste Eugène Hochet, maître au cabotage, et son implication dans des événements maritimes de la Manche au XIXe siècle. À travers une analyse de sa carrière, de ses relations politiques et des circonstances entourant le naufrage du « Désiré », nous explorerons les complexités de la vie maritime et administrative de l'époque.
Le Contexte Politique et les Ambitions d'Hippolyte de Tocqueville
La correspondance d’Alexis de Tocqueville, député de la Manche et conseiller général du canton de Montebourg, révèle l'existence de Jean Baptiste Eugène Hochet, maître au cabotage. Son frère, Hippolyte de Tocqueville, châtelain de Nacqueville et conseiller général du canton de Beaumont-Hague, cherchait activement à étendre son influence politique dans le département. Élu le 27 août 1848, Hippolyte brûlait de devenir député, mais avait subi un échec lors d’une élection partielle en janvier 1849. Il était constamment sollicité pour des demandes de "places" ou de promotions lucratives, et il comptait sur son frère Alexis, plus proche du pouvoir central, pour l'aider à satisfaire ces requêtes.
Les communes du cap de la Hague (Auderville, Saint-Germain-des-Vaux et, particulièrement, Omonville-la-Petite) lui avaient été défavorables lors de l’élection cantonale, il lui fallait donc trouver des partisans influents dans ce secteur. Il bénéficiait de l’appui du juge de paix et ancien notaire de Sainte-Croix-Hague, Pierre Millet, « leader » de l’opposition libérale sous la « monarchie de juillet ». Celui-ci résidait à Saint-Germain-des-Vaux et exerçait une réelle influence sur les électeurs, selon Hippolyte de Tocqueville, qui le courtisait et amena son frère à lui adresser une lettre aimable. A Omonville-la-Rogue, le syndic des gens de mer était aussi un personnage influent.
Jean Baptiste Eugène Hochet : Un Homme au Centre des Enjeux
Hippolyte soutenait vivement Hochet, contre un concurrent dangereux, un autre Hochet qui « intrigue à Paris ». Il dresse pour son frère, un tableau brillant de la carrière de son protégé : « …un service extraordinaire aux colonies…dix-neuf ans de commandement et 33 ans de navigation… Il a par devers lui une action d’éclat où il a sauvé la vie à 22 personnes… ». Hochet reçoit l’avis favorable du commissaire général des affaires maritimes du quartier de Cherbourg qui « lui a dit qu’il regrettait bien de ne l’avoir présenté tout d’abord… » … Il aurait « plus de droit que personne, ayant déjà il y a deux ans, exercé l’intérim. » Hochet avait adressé son dossier à Paris le 2 avril, « avec apostille favorable du commissaire des classes ». Une course de vitesse est engagée avec le Hochet concurrent.
Le Naufrage du « Désiré » : Drame et Irrégularités
Le 2 novembre, la bisquine « le Désiré » quitte le port d’Omonville-la-Rogue à la renverse du matin, vers 8 heures et demie, à destination de l’île d’Aurigny, alors que dans le raz Blanchard, le vent atteint les force 8 à 9, et la mer grosse avec une forte houle et une faible visibilité. Ces conditions météorologiques déconseilleraient la sortie des bateaux de modeste tonnage. Pour le « Désiré », le trajet est familier car il transporte régulièrement des marchandises et des passagers entre son port d’attache et cette île. Ce jour-là, outre les 3 hommes d’équipage, elle emmène 5 passagers (3 hommes et 2 femmes), 4 bœufs, des moutons et des volailles (ou des oies). A quelques encablures de l’île, le bateau heurte un récif et coule immédiatement. La mer rejettera à la côte quelques restes de moutons mais aucun cadavre humain. Un journal mentionne que la bisquine a « sombré dans la baie de Bringen ». Ce toponyme n’existe pas mais il peut s’agir d’une déformation de « Brinchetais », le nom d’un ensemble de récifs affleurant à la pointe nord-est de l’île. En 1849, le port de l’anse de Braye sur la côte nord, n’était pas aménagé (la réalisation d’un port de guerre y débutait) et le passage à l’est de l’île plus long et plus périlleux que le point d’atterrage du petit port de Longy sur la côte sud-est.
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Le bateau, propriété de l’un des trois matelots disparus, André Delamer, était officiellement, depuis le 29 octobre 1848, sous le commandement de Jean Baptiste Eugène Hochet, maître au cabotage, natif comme Delamer, d’Omonville-la-Rogue. Quelques jours après le naufrage, une enquête diligentée par le préfet maritime constate que le capitaine du navire est bien vivant, non par miracle mais parce qu’il n’a pas embarqué sur la bisquine le jour du naufrage. Il n’y a d’ailleurs paru qu’une fois, un an plus tôt, le jour de sa prise de commandement officielle, sans que le syndic des gens de mer, le maître au cabotage Léger, s’en inquiète outre mesure. Et deux des trois marins (un matelot et un mousse) portés au rôle d’équipage n’étaient pas présents sur le bateau le jour du naufrage. Le « Désiré » était donc piloté par le propriétaire Delamer, simple matelot, accompagné de deux hommes inconnus au rôle d’équipage et non-inscrits maritimes et de 5 passagers officiellement inconnus. De plus, Delamer, grand buveur, avait embarqué dans « un état de complète ivresse ».
Conséquences et Sanctions
Toutes actions judiciaire et administrative contre Delamer étaient éteintes mais le capitaine Hochet pouvait être sanctionné par son administration et poursuivi pour de multiples infractions relevant de la justice correctionnelle. La législation maritime ne prévoyait alors « aucune disposition pénale contre les capitaines qui favorisent les arrangements irréguliers consistant à commander indûment les navires de commerce. » Hochet fut donc sanctionné par le ministre, le 15 décembre 1849, sur rapport du préfet maritime, par une simple « interdiction de commandement » prévue par une circulaire du 26 octobre 1848.
Le tribunal correctionnel de Cherbourg, siégeant en simple police, le condamna, le 14 janvier 1850, à une amende de 360 francs et aux frais de procédure avec contrainte de corps au bout de six mois. Le rapport du directeur du personnel du ministère de la Marine exposait clairement la responsabilité su syndic Léger : « Monsieur le préfet maritime fait remarquer que ces infractions ne peuvent s’expliquer que par l’incurie, sinon par la connivence du sieur Léger…. ». Léger fut donc révoqué mais aucune poursuite judiciaire ne fut engagée alors qu’il avait fermé les yeux sur les comportements criminels de ses concitoyens Delamer et Hochet.
Le Silence de la Presse et les Failles du Système Maritime
Le « Désiré » et ses huit morts n’avaient eu droit qu’à quelques lignes dans la presse locale, imprécises et contradictoires sur les rares détails. Les sanctions disciplinaires à l’encontre du syndic Léger et du capitaine Hochet, signalées par le seul « Phare de la Manche », n’ont pas fait l’objet de commentaires, comme s’il s’agissait d’un fait isolé, alors que cette histoire posait la question du fonctionnement des syndicats maritimes des petits ports, où les solidarités de famille et d’amitié incitaient parfois les agents de l’administration à fermer les yeux sur les entorses aux règlements maritimes. Toutefois, quelques jours après la condamnation de Hochet, l’auteur d’une étude sur la pêche côtière parue dans le « Phare de la Manche » soulevait le problème de la collusion avec les syndics et la « tiédeur des parquets » dans le jugement de ces affaires qu’ils connaissent mal : « Les syndics de l’Inscription Maritime, camarades des pécheurs, ferment les yeux sur leurs abus et souvent ils aident à tromper les agents du commissariat de la Marine ». Un projet de loi, qui ne se concrétisera pas, prévoyait la constitution de conseils de prud’hommes afin que « les problèmes des pêcheurs soient traités par les pêcheurs ».
L'Entreprise Hochet Rénovation et les Pierres Bleues du Cotentin
Au-delà de l'histoire maritime, le nom de Hochet est également associé à l'entreprise Hochet Rénovation, spécialisée dans le bâtiment. Cette entreprise a connu des évolutions, notamment l'adjonction d'activités liées à la taille et au négoce de pierres, ainsi qu'à la vente et pose de matériaux de construction et d'appareils de chauffage. En 2011, l'entreprise a fusionné avec "Les Pierres Bleues du Cotentin", adoptant le nom commercial "Hochet rénovation - les pierres bleues du Cotentin". Jacques Hochet a été nommé co-gérant à cette occasion. Cependant, en 2021, le Tribunal de Commerce de Cherbourg a prononcé la liquidation judiciaire sans poursuite d'activité de Hochet Rénovation.
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Le Port Pignot et l'Exploitation du Granit Rose
Le petit port Pignot à Fermanville est un lieu pittoresque, notamment grâce à sa carrière de granit rose. Cette carrière, créée en 1889 par Charles Pignot, a fourni le granit pour la construction de la grande rade de Cherbourg, du phare de Gatteville et des pavés du Paris-Roubaix. Jacques Hochet, tailleur de pierres et gérant de l'entreprise « Les Pierres bleues du Cotentin », a exploité le port Pignot. Bien que la carrière ne soit plus exploitée depuis 2003, Jacques Hochet a continué à y travailler la pierre jusqu'à la fin de son bail.
La Fromagerie Hochet : Une Saga Familiale dans l'Orne
L'histoire de la famille Hochet ne se limite pas à la Manche. Dans l'Orne, Victor Hochet et son épouse Eugénie Barré se sont lancés dans la fabrication de fromage à la fin du XIXe siècle. Leurs fromages ont rapidement été récompensés, et Victor Hochet a fait construire une fromagerie et a déposé la marque « Le camembert du pêcheur ». La fromagerie a prospéré, employant plusieurs personnes. Après la Première Guerre mondiale, la fromagerie a été transformée en société, puis acquise par la famille Brand. La Société Laitière & Fromagère de Saint-Bomer-les-Forges a connu des succès, remportant des médailles au Concours Général Agricole pour son pont-l'évêque. Cependant, elle a été vendue puis absorbée par d'autres groupes laitiers, et a finalement fermé ses portes en 1982.
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