Introduction

Le XIXe siècle est une période de mutations profondes, marquée par des avancées scientifiques, des changements sociaux et des évolutions dans la pensée philosophique. Dans ce contexte, l'étude des objets et des symboles de cette époque révèle des significations complexes et souvent en transformation. Cet article se propose d'explorer la signification du hochet d'ange au XIXe siècle, en tenant compte des contextes historiques, culturels et artistiques de cette période.

L'Évolution du Concept de Nature et son Impact sur la Pensée

Au XIXe siècle, le mot "écologie" fait son apparition dans le langage scientifique en 1874, désignant l'étude de la vie des organismes dans leur milieu. Cette émergence marque une transition de l'idée de Nature à celle de milieu naturel. L'Histoire et l'Histoire naturelle se séparent définitivement entre 1860 et 1880, donnant naissance à la biologie et au transformisme d'une part, et à une Histoire scientiste où le religieux devient un simple objet et la Nature une cause parmi d'autres.

Cette mutation progressive voit l'entreprise de Schlosser, qui intégrait Histoires universelle et naturelle, devenir impensable après les années 1860. Le naturalisme historique n'occupe qu'un bref moment dans la pensée de l'Histoire au XIXe siècle. Cependant, il est crucial de reconnaître l'importance de cette période où la Nature, cessant d'être un simple objet d'opposition, devient à la fois figure et lieu de l'Histoire.

Ce moment de fusion entre l'Histoire et l'Histoire naturelle conduit à une politique écologique qui repense les relations entre l'Homme et la Nature, non plus en termes de domination, mais en termes de solidarité. L'idéalisme qui intronise l'Homme et légitime sa souveraineté sur les choses "mortes" cède la place à un naturalisme démocratique, intégrant l'Histoire naturelle et programmant une morale politique écologiste. L'Homme doit rétablir l'harmonie entre son âme et celles des autres citoyens de la Terre, cessant ainsi la "guerre insensée" contre la Nature.

Le Discours Scientiste et le Désenchantement du Monde

Dans ce contexte d'évolution du discours scientiste, largement diffusé par la presse et l'édition, on imagine mal un Hugo replié dans la tour d'ivoire du savoir romantique. Hugo, à partir des proses de 1860-1865, engage une nouvelle réflexion sur la Nature, sur l'Histoire, et sur le déterminisme. Il s'attaque plus violemment au discours scientiste et à la dégénérescence du devenir humain en transformation phylogénétique et autres déterminismes anti-humanistes.

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Ce combat, loin d'être un simple combat d'arrière-garde, amène Hugo à poser une question d'actualité : quid de l'humanisme dans un univers de savoir qui le décrédibilise ? Il entraîne un renouvellement important de son naturalisme historique dans la Nouvelle Série de La Légende des siècles, précisément en obscurcissant son humanisme.

La Nouvelle Série s'écrit en grande partie contre le renoncement à penser la Nature comme principe dans l'Histoire, et contre le rabattement d'une pensée religieuse du rapport de l'Homme à la Nature à une science des rapports de l'Homme et de son milieu naturel. Elle s'oppose à l'écologie biologiste d'un Claude Bernard, à l'Histoire scientiste d'un Taine ou d'un Renan, et à une littérature qui soumet sa vision du monde à cette science du milieu.

La Nouvelle Série de La Légende des Siècles : Un Retournement

La Nouvelle Série peut et doit se lire comme un retournement : c'est au moment où la Nature se voit réduite à n'être qu'un milieu déterminant que Hugo en fait, de la façon la plus radicale et la plus provoquante, le moi de la liberté dans l'Histoire. Cependant, ceci n'est pas sans danger, et pour l'Histoire, et pour l'Homme.

La Légende des siècles de 1859 met en forme un naturalisme historique qui intègre de manière dialectique les trois grands principes de l'Histoire romantique : le spiritualisme, l'humanisme et le progressisme. Or, sous la pression du développement d'un scientisme anti-humaniste et matérialiste qui substitue l'évolution au progrès, une chaîne des déterminations amorales à l'Histoire, et le milieu à la Nature, le naturalisme de 1877 devient un progressisme révolutionnaire, mais cesse d'être clairement un humanisme.

C'est en poussant à la limite les principes de son naturalisme progressiste, en les exagérant, que Hugo rend incertain le discours humaniste sur le progrès historique. La Nouvelle Série, contrairement à la Première, est une Histoire en crise.

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France et Âme : Une Réponse à l'Anti-Humanisme Scientiste

France et âme, daté du 14 novembre 1874, est la réponse la plus évidente à l'anti-humanisme scientiste, au darwinisme. La Dernière Série s'ouvre pratiquement sur un poème de la même veine, Par dessus le marché. Je dois être ravi, daté du 12 septembre de la même année, qui donne plus d'ampleur au refus des droits du singe au nom des droits de l'homme.

Le darwinisme joue ainsi le rôle d'un puissant réactif, qui réintroduit, par delà les "changements d'horizon" et par delà les écroulements de l'orgueil humain, l'Histoire comme triomphe héroïque de l'homme sur la matière, sur la fatalité, sur la mort. Il s'agit d'une réécriture humaniste de l'Histoire, qui cesse de truquer l'épopée, de l'écrouler, pour la construire.

Comme nulle part ailleurs dans La Nouvelle Série l'homme est ici sujet épique de l'Histoire. Comme nulle part ailleurs, la Révolution y est française, essentiellement française. Nulle part ailleurs que dans cet affrontement de face le naturalisme historique n'intègre si totalement le romantisme et ses valeurs. S'affirme également le progressisme, et la métaphore de la lave permet au progrès d'échapper à la fois à un déterminisme mécanique et à la discontinuité.

La Solidarité des Hommes et des Mondes

En dernier lieu, l'historicisme de France et âme est un historicisme spiritualiste, qui en associe la France, l'âme, la liberté, l'idée, contre les rois, la matière et la mort. Il loue la guerre révolutionnaire et plus encore la pensée révolutionnaire, et affirme que l'avenir de l'homme est l'archange, que l'Homme peut "s'épanouir demi-dieu tout à coup". Se réaffirme enfin la dissociation de la matière et de la Nature qui fait que spiritualisme et naturalisme se fondent et que l'Histoire de l'Homme se raccroche à celle des mondes en ébauchant sur terre ce qu'ils font dans les cieux.

La solidarité des hommes s'inspire de la solidarité des astres, reliant l'âme humaine à l'âme universelle, et ébauchant sur terre la solidarité des mondes, composée de toute la bonté, de toute la pensée, et de toute la vie éparse dans les cieux. Dans ce contexte, le hochet d'ange, symbole de l'enfance et de l'innocence, prend une dimension cosmique, reliant le terrestre et le céleste, l'humain et le divin.

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Le Triangle et son Symbolisme au XIXe Siècle

L'étude du triangle, un instrument de musique, offre un éclairage intéressant sur les symboles et les significations au XIXe siècle. Le triangle, avec ses différentes représentations artistiques, porte des anneaux qui sont enfilés sur le segment inférieur du cadre depuis ses premières figurations jusqu’à la fin du XVIIIe siècle ou début du XIXe siècle. Il est tenu à la main par un lien de suspension et frappé de l’autre main sur l’un des segments latéraux par une tige d’acier. À partir du début du XIXe siècle, les anneaux disparaissent, puis le cadre que forme le triangle, fermé jusqu’alors, est ouvert à sa base.

En Europe, l’histoire figurée de cet instrument semble débuter plus tôt que son histoire écrite. Dès la fin du XIVe siècle et surtout depuis le XVe siècle, l’iconographie occidentale abonde en figurations du triangle. Or ce n’est qu’à la fin du XVIe siècle que l’on trouve la première mention écrite du terme triangle.

Interrogeant d’abord les témoignages ethniques du triangle, on observe que le triangle corse est représentatif du modèle contemporain populaire. Ce triangle est en métal forgé, sans anneaux, sans dispositif particulier de suspension, de forme équilatérale, ouvert à sa base. Il est tenu à la main et joué à l’aide d’une batte de métal indépendante.

L’analyse du corpus iconographique fournit différentes données. Écartant les grands ensembles instrumentaux où le triangle est perdu parmi les harpes, les luths, les psaltérions, les orgues portatifs, les trompettes, les flûtes, les tambours, il est recherché un sens à des groupements plus modestes où la présence du triangle ne semble pas innocente. La figuration du triangle serait le signe de plusieurs ordres d’information : informations symboliques, sociales, culturelles.

Figurant entre les mains d’anges musiciens, le triangle évoque une musique céleste. Plus tard, il est pris comme symbole de musique infernale. Symbole de musique à intention religieuse, céleste, macabre ou infernale jusqu’au XVIIe siècle, le triangle devient ensuite signe de musique satirique ou parodique.

Le milieu social du joueur de triangle et l’emploi de l’instrument se lisent sans ambiguïté dans le corpus iconographique. Dans des milieux ruraux populaires, le triangle accompagne les danses paysannes. À partir du second tiers du XVIIe siècle, le triangle devient le compagnon attitré de la vielle à roue en milieu populaire. Le duo vielle à roue et triangle des musiciens mendiants du XVIIIe siècle s’affirme au siècle suivant comme couple de jeunes quêteurs et d’amuseurs ambulants.

Iconographie et identité régionale s’allient pour renforcer encore au XIXe siècle la proposition du couple triangle-vielle à roue. La figuration des prestations de jeunes joueurs de triangle et de vielle à roue complètent la représentation emblématique des savoyards du XIXe siècle.

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