Michel Corajoud, né le 14 juillet 1937 à Annecy et décédé en 2014 à Paris, était un architecte paysagiste français dont le travail a marqué le paysage urbain et la pensée sur l'aménagement du territoire. Son parcours, riche et diversifié, l'a conduit à explorer les frontières entre l'architecture, le paysage et l'urbanisme, laissant une empreinte durable sur la profession.
Jeunesse et Formation : Les Premières Influences
Michel Corajoud a passé son adolescence à Thônes, où il a préparé son baccalauréat en philosophie. C'est durant cette période qu'il a développé un intérêt marqué pour le dessin, d'abord comme une forme de refuge, puis comme une véritable passion. Cette inclination artistique s'est avérée être le premier jalon de son futur parcours professionnel.
Pour financer ses études, il suit les cours du soir à l’École des Arts Déco et travaille chez Bernard Rousseau, architecte d’intérieur et ancien collaborateur de Le Corbusier. Cette expérience lui permet d’aborder la question du logement, de son organisation et de son usage. Il développe une exigence sur l’agencement, la mesure, la proportion, en référence au « modulor » de Le Corbusier. Ce travail lui permet d’élaborer les premiers outils nécessaires à la traversée des échelles qui lui seront utiles dans le projet sur le paysage.
Les Débuts Professionnels et la Rencontre avec Jacques Simon
Son premier emploi, il l'obtient à l'âge de 25 ans, en 1962, en tant que salarié de Valentin Fabre à l'A.U.A. (Atelier d'Urbanisme et d'Architecture), où ses talents de dessinateur sont rapidement remarqués. C'est là que, de 1964 à 1966, Michel Corajoud va connaître son premier apprentissage significatif et surtout sa collaboration avec Jacques Simon, paysagiste en vue à cette époque. Cette rencontre fut décisive. Jacques Simon, fils de forestier et doté d'une forte sensibilité pour le milieu naturel, a ouvert les horizons du jeune Corajoud en l'initiant au monde vivant.
À l'AUA, Jacques Simon devient son principal mentor. Il est fasciné par ce paysagiste formé dans la Section du paysage de l’ENSH. Grand connaisseur des arbres, dessinateur, photographe, journaliste, amoureux des villes américaines, il initie M. Corajoud aux grands espaces et à la conception des projets de paysage et de jardin. Peu de temps après son arrivée dans cette équipe où il travaillait sur des projets de villages de vacances, sa rencontre avec Simon fut fulgurante au point que leur association fut immédiate. Il entre alors dans une nouvelle dimension : celle du Paysage. Son père étant forestier, il avait acquis très jeune une grande connaissance du milieu vivant, des plantes, des arbres dont il fait des dessins superbes. Mais il est, aussi et presque également, un photographe-reporter qui voyage beaucoup et rapporte des témoignages précis sur de très grandes villes et leurs banlieues : en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. Il était, alors, l’éditeur et le rédacteur d’une revue de paysage très éclectique, qu’il bricolait lui-même, avec une énergie et une santé considérables. On y voyait, à toutes les pages, des morceaux de ville avec, en situation, des gens qu’il faisait parler en leur dessinant des “bulles”. Il est, encore, un magnifique dessinateur dont les croquis simples mais très précis donnent bien l’idée de la maîtrise qu’il a de l’espace et de sa mesure. Avec lui, il conforte les expériences acquises sur la question des échelles et des allers et retours qu’il était nécessaire de faire. Il élargit considérablement son champ : de la minutie des objets, des meubles, des cloisons, de ses premières expériences, aux très grands espaces ouverts qu’il me fait découvrir. Quand ils regardaient ensemble un paysage, ses deux mains très expressives et mobiles mettaient, sur l’horizon, chaque chose à sa place. Il apprend vite et donc confusément d’abord, l’agencement des divers plans qui organisent les proches et les lointains et qui, de porosités en porosités, en fabriquent les horizons. Simon savait, plus que tous, la mesure qui le sépare de chaque chose, même la plus lointaine. Il tenait ce don de son père qui, du sol, savait évaluer avec précision la taille des plus grands arbres. Il l’initia au passage qui va de l’espace au temps,… au temps que prennent les choses du milieu pour se constituer, pour se transformer. Il se souvient encore de son excitation au premier débourrement des saules marsault … il y voyait le signe d’un printemps que l’on n’arrêterait plus.
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L'Expérience à l'AUA et l'Émergence d'une Vision Critique
M. Corajoud réintègre l’AUA à Paris en 1967, après le départ de J. Simon. Dans ce collectif, fondée en 1959 par l’urbaniste Jacques Allégret, sont réunis architectes, urbanistes, ingénieurs et décorateurs, soucieux de collaborer à la production de la ville et du logement social. Ancrés dans la gauche politique, ils plaident pour la pluridisciplinarité et ne sont pas tendres avec l’Académie des Beaux-Arts qui sera réformée en 1968. Il réalise avec eux les projets d’aménagement de nombreux espaces extérieurs, mais à la différence de ceux qu’ils faisaient avec Simon, il ne travaillait plus sur des plans masses achevés, il collaborait à leur établissement. Les esquisses qu’il dessinait pour aménager le “dehors “, alimentaient à leur tour les architectes et les urbanistes de l’A.U.A. Le point de vue qu’il avait alors sur le paysagisme, après Bernard Rousseau, l’A.U.A. Il leur reprochait leur manque d’intérêt et de culture pour la ville où ils introduisaient tous les signes du démenti. Ils puisaient leur inspiration et leurs références dans l’idée qu’ils se faisaient de la “Nature”. Ils collaboraient sans peine, à l’idéologie des espaces “verts”. Il pensait qu’en voulant compenser les effets d’une urbanité, évidemment très dure à cette époque, ils en barbouillaient le sol avec tout un petit fatras de circonvolutions molles, prétendument “naturelles “, qui, à son sens, ne faisaient qu’introduire une violence supplémentaire.
L'Enseignement à l'École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles
À la demande des paysagistes et enseignants Pierre Dauvergne et Jacques Simon, il devient enseignant vacataire dans la Section du paysage et de l’art des jardins de l’ENSH de Versailles de 1971 à 1974, puis à l’École nationale supérieure du paysage de Versailles (1976-2003).
En 1971, la section de paysage de l’École d’Horticulture de Versailles annonce sa fermeture prochaine. Alors que tous les enseignants quittaient, par anticipation, cette école, il y entrait pour enseigner le projet de paysage bien qu’il eusse, sur ce domaine précis, seulement quelques années d’avance sur ses étudiants. Le fait d’enseigner, presque simultanément, le paysage alors qu’il était, lui-même, en train de le découvrir, a sans aucun doute fortifié l’importance qu’a eue sa pédagogie. Il a enseigné 32 ans dans cette école qui, après avoir fermé, s’est recomposée en École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles. Dans la jeune ENSP, il est d’abord enseignant vacataire dans l’atelier de projet « André Le Nôtre » qu’il dirige jusqu’en 1985. Il organise les ateliers de projet avec le paysagiste et ingénieur horticole Allain Provost responsable du département des techniques de projet, et participe activement au projet (sans lendemain) d’Institut français du paysage avec les autres enseignants. La moitié de son temps il enseigne. Le texte du concours de maître de conférences, qui s’inspire de la pédagogie de son ancien associé l’architecte Henri Ciriani (d’abord à l’UP7 au Grand Palais, puis à l’école d’architecture de Paris-Belleville), influencera le nouveau programme pédagogique de l’école voté en 1986 : notamment la progression des ateliers de projet sur quatre années, et la place de l’enseignement du département d’ « Ecologie appliquée au projet de paysage » dirigé par M. Rumelhart devenu lui aussi en 1987, maitre de conférences dans cette nouvelle discipline. L’enseignement d’utilisation des végétaux assuré par le paysagiste et ingénieur horticole G. Clément jusqu’en 1983 est intégré dans le département d’écologie qui recrute le paysagiste Gabriel Chauvel, élève de M. Corajoud. Les exercices de « postfaces » (après l’échec des « interfaces ») permettent d’approfondir le traitement végétal des projets des étudiants. Mais les départements de sciences humaines (dirigé par A. Mazas, puis P. Donadieu) et d’arts plastiques (direction D.
L'Expérience à l'Institut d'Architecture de l'Université de Genève (IAUG)
Il est professeur invité à l’Institut d’architecture de l’université de Genève (IAUG) de 1999 à 2002 avec les philosophes Sébastien Marot, Gilles Tiberghien et Jean-Marc Besse. Il a participé à un enseignement de 3ème cycle “Architecture et Paysage” à l’Institut d’Architecture de l’université de Genève. Ces grandes lignes de cet enseignement suffisent à situer son travail et ses réflexions aux limites des territoires de la ville et de la campagne ou plus largement du paysage. À la mitoyenneté, aujourd’hui conflictuelle, entre ces deux mondes qui s’ignorent et se repoussent, alors que c’est là, précisément, où se joueront, demain, les projets de réconciliation qu’il souhaite. Genève (pour garantir son autonomie alimentaire) a su, depuis 1952, aux limites de la ville, protéger son territoire agricole. À deux ou trois kilomètres du centre on est dans une véritable proximité, une interpénétration “paysagère ” entre la ville qui se développe et la campagne active (la Suisse comme “hyperville “). À l’horizon Ouest le Jura, à l’horizon Est le Salève et, au-delà, les Alpes, viennent parfaire ce cadre. À l’origine de cet “atelier” de troisième cycle, une longue pratique de recherche et d’enseignement à l’I.A.U.G; avec des collaborations importantes dont celles de Bernardo Secchi pendant plusieurs années. En 1999, s’est constituée une équipe d’enseignants pour concevoir un atelier de projet et des séminaires de cours théoriques : un atelier de projet qu’il anime avec trois architectes (Georges Descombes, Alain Léveillé et Marcellin Barthassat), un biologiste, un botaniste, un agriculteur. Des séminaires de cours théoriques animés par trois philosophes (Jean-Marc Besse, Gilles Tiberghien, Sébastien Marot fondateur et rédacteur de la revue “le Visiteur”). Sébastien Marot est l’auteur de deux articles importants : “L’alternative du paysage” “L’art de la mémoire, le territoire et l’architecture”. En arrière-plan, André Corboz, professeur d’histoire de l’urbanisme à l’école Polytechnique de Zurich. Ces cours traitent, entre autres : de la cartographie, de l’anthropologie du paysage, des relations entre l’art contemporain et le territoire, le paysage, du “Suburbanisme” et du “Superubanisme”, des formes naissantes de la ville. Ils ont entrepris de revisiter les ouvrages d’un grand nombre de théoriciens du XXème par exemple : Kevin LYNCH, Garett ECKBO, J.B. JACKSON, Collin ROWE, Vittorio GREGOTTI, Aldo ROSSI, Rem KOOLASS, Bernardo SECCHI. “Habiter la campagne “: projeter un groupe de logements dont la densité et l’organisation seraient en accord avec la paysage du Pays de Gex, au pied du Jura sur la partie française de ce territoire frontalier. “Améliorer le domaine agricole d’Alexis Corthay” au Nord Est de Genève sur la commune de Choulex, à partir des thèmes : “compensations écologiques “, renaturation de la Seymaz (cours d’eau qui traverse ses terres), usage de plus en plus intense de la campagne par les nouveaux urbains, mutation probable de l’agriculture intensive vers une part d’agriculture de proximité. “Faire des propositions pour l’extension urbaine” du Sud de Genève sur la commune de Troinex, entre Carouge et le piémont du Salève, extension provoquée par le déclassement d’une partie de la zone agricole dans le Nouveau Plan Directeur. Valorisation et “renaturation” du territoire de l’Eau Morte sur les communes de Soral et de Laconex, au Sud-Ouest de Genève.
Principales Réalisations
Parmi ses réalisations les plus notables, on peut citer :
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- 1968-74 : Parc de l’Arlequin à la Villeneuve de Grenoble avec Enrique Ciriani et Borja Huidobro (AUA). À la recherche de principes de conception, il tente de croiser géométrie et géographie. George Loiseau et Jean Tribel, architectes à l’A.U.A., conduisaient cette opération. Le projet de ce quartier revendiquait une forte densité, une grande continuité formelle du bâti, qui devait accueillir de la diversité (c’est le plan de Toulouse le Mirail qui fut alors transposé), une volonté d’établir de véritables espaces publics : la rue, le parc, une distribution qui favorisait la mixité. Cette utopie a, pour partie, fonctionné quelques années et s’est progressivement défaite pour plusieurs raisons. Le départ de la “classe moyenne ” et celui des intellectuels, qui retournaient au centre-ville, furent à cet égard, décisifs. On peut critiquer, aujourd’hui, les formes prises par cette utopie, l’échec relatif de la rue désactivée par l’arrivée du grand centre commercial, l’enfermement sur elle-même de cette forme urbaine singulière coupée des quartiers voisins et qui, de ce fait, renforce aujourd’hui, les effets de ghetto que…
- 1980 à 2005 : Réalisation du parc du Sausset (Seine Saint-Denis) avec C. Corajoud, J. Coulon et M.
Publications
1983 : Publication dans Les Annales de la recherche urbaine n°18-19, :”Versailles, lecture d’un jardin”, recherches réalisées avec les paysagistes Jacques Coulon et Marie-Hélène Loze. M. Corajoud, « Le projet de paysage, Lettre aux étudiants », in Le Jardinier, l’Artiste, l’Ingénieur, J.-L.
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