Introduction

L'hésitation vaccinale, définie comme « le retard à l’acceptation ou le refus des vaccinations », a gagné du terrain. La France reste le pays le plus sceptique au monde face à l’efficacité et à la sécurité des vaccins. Ce phénomène, particulièrement prégnant en France, soulève des questions cruciales sur la santé publique et individuelle. Il est donc essentiel d'examiner les causes de ce désamour, les conséquences de cette hésitation, et les leviers possibles pour une meilleure acceptation.

Causes de l'hésitation vaccinale

Méconnaissance des maladies et perception du risque infectieux

Prendre la décision de se faire vacciner repose en partie sur la perception du risque infectieux. Néanmoins, il existe souvent dans la population une réelle méconnaissance des maladies ciblées par les vaccins. Et à mesure que la mémoire des grandes épidémies du passé s’estompe, la balance bénéfice/risque de la vaccination peut être remise en cause. La crainte de maladies souvent disparues et méconnues (tétanos, diphtérie, poliomyélite, etc.) a été peu à peu supplantée par la crainte des effets secondaires des vaccins, et l'évaluation des bénéfices par rapport aux risques a totalement changé.

Défiance envers les autorités et les experts

Le public, et parfois même les professionnels de santé, en sont arrivés à douter des autorités de santé, des laboratoires et même des experts scientifiques. Cette perte de confiance est alimentée par divers facteurs, notamment la médiatisation des accidents de vaccination et une méfiance générale envers la science et l'industrie pharmaceutique.

Influence des médias et d'Internet

Les peurs vaccinales sont alimentées par les crises qui surviennent de temps à autre à propos d'un vaccin particulier. On trouve beaucoup plus de critiques alarmistes sur les sites Internet et sur les blogs que de recommandations en faveur des vaccins ou d'informations avérées. Les réseaux sociaux contribuent à disséminer des informations fausses. Les médias - journaux, radio, télévision - entretiennent plus les peurs diverses qu'ils ne fournissent d'informations.

Arguments philosophiques et religieux

Les débats autour des vaccins sont apparus il y a longtemps. Ainsi, les détracteurs de la « variolisation » en France, au XVIIIe siècle, s'opposaient aux Encyclopédistes, tenants de l'inoculation. Arguments politiques ou religieux le disputent aujourd'hui encore aux arguments philosophiques, et une meilleure connaissance de l'immunologie accroît la peur des réactions auto-immunes, argument fréquent des mouvements antivaccinaux.

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Craintes spécifiques liées à certains vaccins

Rappelons quelques-unes de ces crises : la crainte des lésions neurologiques provoquées par les vaccins contre la coqueluche à germes entiers a provoqué l'arrêt du vaccin dans beaucoup de pays et un état endémique de la coqueluche en Europe de 1978 à 1996. En Grande-Bretagne, le vaccin contre la rougeole fut accusé en 1998 de provoquer l'autisme et la maladie de Crohn. En France, le vaccin contre l'hépatite B a été accusé de déclencher la sclérose en plaques.

Conséquences de l'hésitation vaccinale

Baisse de la couverture vaccinale

Au fil des décennies, à mesure que le souvenir des épidémies passées s'estompait, que les accidents de vaccination étaient médiatisés, que s'installait une méfiance envers la science et l'industrie pharmaceutique, le refus de la vaccination systématique a pris de l'ampleur. Ces comportements conduisent à une insuffisance de la couverture vaccinale, à la persistance d'épidémies, telles que l'épidémie de rougeole en Europe, ou encore à la réapparition de maladies, telle la coqueluche. « Selon les vaccins, entre 80 et 95 % des enfants sont protégés en France. Le vaccin DTP a une très bonne couverture du fait de son obligation. Mais cela se gâte notamment pour les méningocoques, dont la vaccination tend à être oubliée, alors qu’ils sont très dangereux pour les enfants en bas âge ».

Persistance et réapparition de maladies

Cela conduit à la persistance des maladies et à de possibles épidémies. Une couverture vaccinale insuffisante entraîna la persistance de la coqueluche en Europe et la réapparition de la diphtérie en 1990 en Russie. Depuis 2008, la rougeole sévit en Europe, car certains pays, dont la France, après de longues années de stagnation de leur couverture vaccinale, sont le siège de foyers épidémiques, des complications graves touchant les nourrissons, mais aussi des adolescents et des adultes. Identiquement, « la vaccination contre la rougeole reste insuffisante et laisse persister une population à risque individuel, qui représente aussi un réservoir potentiel de redémarrage d’épidémies ». La poliomyélite aurait pu être éliminée, car on dispose d'un vaccin très efficace.

Risques pour l'enfant et la collectivité

Le refus de vaccination représenterait donc un double risque : exposer un enfant à une maladie qui peut potentiellement lui être préjudiciable, mais aussi constituer un danger pour la société. « En se vaccinant on se protège soi, mais on empêche aussi le virus de circuler. Et en limitant la propagation de la maladie, on limite le nombre de malades ».

Conséquences légales et responsabilités

Les assistantes maternelles, comme les établissements d’accueil collectif, sont dans l’obligation de garantir la santé et la sécurité des enfants. Ainsi, si l’un d’eux contracte une maladie qui aurait pu être prévenue par une vaccination obligatoire suite aux conséquences de la garde, l’assistante maternelle ou l’établissement peut être tenu(e) responsable. Selon l’article L3116-4 du Code de la Santé Publique, les parents peuvent être condamnés à 6 mois de prison et 3750 € d’amende pour refus de se soumettre à l’obligation vaccinale.

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Solutions pour améliorer l'acceptation vaccinale

Information et communication

La communication et l’information sont des enjeux majeurs de toute politique de vaccination : il reste indispensable de répondre de manière forte, en apportant des informations basées sur les données de la recherche et de la science. Pour restaurer la confiance perdue, on doit raviver l'intérêt de la population pour les disciplines scientifiques. Une formation claire à la biologie et aux sciences exactes des collégiens et des lycéens permettrait au public de mieux comprendre les notions d'épidémiologie qui sous-tendent la justification de la vaccination.

Formation des professionnels de santé

Une revue de la littérature publiée en 2022 confirme que l’HV est présente chez les soignants, à un niveau variable selon les pays, la profession, le lieu de travail, le niveau d’études. Le manque de connaissances et la méfiance à l’égard des autorités sanitaires, de l’industrie pharmaceutique et des experts en sont les principales causes. Les auteurs concluent que la formation sur la vaccination devrait être promue et améliorée dans les programmes de formation des professionnels de la santé, de même que la facilitation à l’accès à des informations fiables à utiliser lors des consultations.

Mesures de santé publique

Au niveau national, les prémices de la remobilisation des pouvoirs publics se sont traduites par la mise en place en 2018 des nouvelles obligations vaccinales chez l’enfant ou la création d’un site unique d’information destiné au grand public et aux professionnels de santé (www.vaccination-info-service.fr). Avec ces nouvelles obligations vaccinales, un regain de confiance vis-à-vis de la vaccination a été observé : les mères perçoivent les vaccins contre la coqueluche, la rougeole, le méningocoque C ou l’hépatite B comme plus utiles.

Simplification du parcours vaccinal

Néanmoins, les axes d’amélioration sont encore nombreux à ce jour : simplification du parcours en ville, implication de la médecine scolaire, création d’un carnet de vaccination électronique, ouverture de la vaccination à d’autres professionnels de santé (infirmières, pharmaciens)… L’école a également un rôle essentiel à jouer dans l’éducation à la santé, afin de permettre à chacun de comprendre comment fonctionne la vaccination et son intérêt, au niveau individuel ou pour la collectivité.

Ciblage des interventions

L‘analyse révèle qu’il serait possible d’améliorer la CV antigrippale d’une part en ciblant les personnels ayant déjà été vaccinés occasionnellement au cours des dernières années et d’autre part en améliorant l’accès à la vaccination. Une communication auprès des professionnels sur la protection indirecte (non seulement vis-à-vis des patients mais aussi vis-à-vis de leur famille) et la contribution à la lutte contre une maladie, peut contribuer à augmenter l’acceptation de la vaccination.

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Communication sur les bénéfices collectifs

Deux études ConjointVac concernant la communication sur une vaccination en situation épidémique ont par ailleurs suggéré que l’utilisation de la notion d’une balance bénéfice / risque favorable pour la promotion des vaccins peut être un argument positif auprès des professionnels de santé qui ont la compétence de prescrire eux-mêmes (médecins, sages-femmes), mais que les autres professionnels (infirmiers , aides-soignants) - de la même façon que la population générale - risquent de ne retenir que la notion d’un risque lié à la vaccination. En revanche, la communication sur les avantages collectifs de la vaccination et l’utilité personnelle peut favoriser l’acceptation des vaccins.

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