Hervé Cristiani, né à Paris le 8 novembre 1947 et décédé le 16 juillet 2014 des suites d'un cancer des cordes vocales, est un personnage atypique et un compositeur prolifique de la scène musicale française. Son parcours, marqué par des succès éclatants et des périodes plus discrètes, témoigne d'une certaine idée de la liberté, tant dans sa vie personnelle que dans son œuvre artistique.
Jeunesse et Premiers Pas dans la Musique
Au collège des Jésuites, Hervé Cristiani n'est pas un élève modèle, se décrivant lui-même comme un cancre. Sa présence dans la chorale lui évite cependant le renvoi. Parallèlement à ses études, il pratique le tennis, allant jusqu'à la compétition. Dès ses débuts, il est influencé par le blues et le folk, se montrant réfractaire à la chanson française de l'époque. À 15 ans, il fréquente l'American Center de Paris, un lieu d'expérimentation et de contre-culture où il affine son goût pour la musique. Guitariste talentueux, il partage la scène avec ses amis Marcel Dadi, Dick Annega, Bill Deraime, Jacques Higelin et Maxime Le Forestier. En parallèle, il suit les cours du Petit Conservatoire de Mireille, où se noue une forte complicité entre les deux artistes, qui durera jusqu'à la mort de cette dernière. Pour financer ses leçons, il travaille dans un sex shop. C'est au Petit Conservatoire qu'il présente "Le Palais du roi", un titre qui figurera sur son premier 45 tours.
En 1972, il sort son premier 45 tours chez AMI Records, Quand j’ai peur d’aimer / Le palais du roi, suivi en 1973 de La Femme fleur. Une anecdote raconte qu'en remportant une partie d'échecs contre le PDG de la maison de disque Polydor dans un train, il obtient la promesse d'enregistrer un premier album.
"Au Pays de Mélodie" et les Premiers Albums
En 1975, il sort son premier album, Au pays de Mélodie. Cet opus dévoile déjà son univers musical fait de petits riens, qu'il développera au fil des ans. Parmi les titres marquants de cet album figurent Les étoiles noires, Au pays de Mélodie et Flapie la défonce. La semi-réussite commerciale de cet album pousse Polydor à produire un second album concept l’année suivante : Campanules (1976), dont la seconde face est entièrement orchestrée par Jean Schultheis. Les albums et les tournées, souvent en compagnie de Francis Cabrel, s'enchaînent ensuite, avec des fortunes diverses. En 1979, Hervé Cristiani quitte Polydor pour WEA.
"Il est libre Max" : La Consécration et un Hymne à la Liberté
C'est en 1981 qu'Hervé Cristiani connaît la consécration avec la sortie de son album Il est libre Max chez RCA. En 1980, il interprète pour la première fois une chanson dans laquelle il compose le portrait d’un être imaginaire regroupant toutes les qualités qu’il affectionne et qu’il prénomme « Max ». La chanson éponyme devient rapidement un tube, s'imposant comme un véritable hymne à la liberté. Pourtant, sa maison de disques préfère dans un premier temps promouvoir Attila le Hun et L'igloo comme singles. Finalement, Il est libre Max sort fin 1981 et devient un succès au début de l’année 1982.
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Dans un paysage musical dominé par le disco, la pop britannique et le rock, le titre épuré et rêveur de Cristiani dénote. Le personnage de Max, sorte de double fantasmé du chanteur, incarne toutes les qualités qu'il apprécie : altruiste, modeste et rêveur, Max s'extrait du carcan de la vie moderne en cultivant l'amour. Cette évocation de la liberté résonne auprès du public et au-delà, puisque le titre sera repris huit ans plus tard par les manifestants roumains lors de la chute du régime de Nicolae Ceaucescu. Malgré le succès de cette chanson, Hervé Cristiani n'appréciait que très modérément le prénom Max lors de l'écriture. Le 45 tours se vend à plus de 500 000 exemplaires et connaît d’innombrables adaptations.
Après "Max" : Diversification et Retour aux Sources
En 1983, sa maison de disques, ravie du succès de Il est libre Max, lui fait sortir un nouvel album, Salve Regina, qui comprend notamment Vermine et choléra, Beaucoup de toujours et Ma claque. En 1989, confronté à l'éducation de ses propres enfants, Hervé Cristiani se lance dans la chanson pédagogique pour les tout-petits. Il publie l'album La Multiplicato (1989), destiné à leur apprendre en musique les tables de multiplication. L'album rencontre un vif succès et devient un classique du genre, vendant plus de 400 000 exemplaires.
En 1990 sort l'album Antinoüs, cette fois sur BMG. La chanson titre est inspirée des Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar. En 1991, sort L'Alphabet, un nouveau disque pédagogique pour enfants. De 1994 à 2000, il diversifie sa production : publicités, concerts, chansons, compilations.
Les Dernières Années : Réflexions Philosophiques et Retour Discographique
En 2003, il publie chez Balland Il est libre Max, un ouvrage qui se donne pour défi d'expliquer la philosophie du personnage imaginaire qui l'a rendu célèbre. L'ouvrage obtient le Prix de la Ville de Toulouse et sera réédité en 2007 par les Presses de la Renaissance. La même année, il publie également un mini-album concept de remix et réinterprétations, uniquement disponible en téléchargement, Il est toujours libre Max, comprenant treize versions du Max originel allant du reggae au hard rock en passant par le rap, le jazz, le folk, la soul, etc.
En 2008, il revient avec un nouvel album de 14 chansons, Paix à nos os. Très bien accueilli par la critique, il s'y montre l'égal des plus grands ciseleurs de la chanson. Il participe jusqu'en juin 2013 à la tournée Stars 80 et cesse ensuite de donner des concerts.
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Héritage et Postérité
Après le succès de "Il est libre Max" et la sortie d'albums qui ne rencontrent pas la même fortune, Hervé Cristiani vit sa vie d'artiste avec flegme et discrétion. Son œuvre, bien que parfois méconnue du grand public, témoigne d'une sensibilité et d'une originalité qui ont marqué la chanson française. Son engagement en faveur de l'éducation des enfants à travers la musique, avec La Multiplicato et L'Alphabet, reste un exemple de sa volonté de transmettre des valeurs positives et de stimuler la créativité. Hervé Cristiani laisse derrière lui un héritage musical riche et diversifié, qui continue d'inspirer et d'émouvoir.
Comparaison avec Pierre Vassiliu
Comme Cristiani, Pierre Vassiliu risque de ne laisser dans la mémoire du grand public qu’un titre, un seul, presque un constat d’ignorance : Qui c’est celui-là ? Fou de Brassens et de jazz, jeté de chez ses parents à 18 ans, d’abord jockey, il quitte les hippodromes pour se lancer très tôt à la conquête des cabarets. C’est à son retour d’Algérie que Pierre enregistre ses deux premiers succès, écrits par son frère Michel : Armand et Charlotte. Brassens écrit un petit mot sur la pochette de son premier 45 tours. D’un humour corrosif que n’apprécie pas la censure gaulliste, il est rappelé à l’ordre lorsqu’il raille l’armée, en 1963, avec La femme du sergent. La case « humour » est à l’époque déjà cochée par Pierre Perret : « On ne faisait déjà pas la même chose, ce qui m’a permis de me faufiler dans les tournées yéyé de l’époque » (in Chorus n°9). Passage par la romance (la chanson-titre de son premier album, en 1969, est la fameuse Amour amitié) jusqu’à ce que le succès, immense, vienne de l’adaptation, en 1974, de Qui c’est celui-là ? du brésilien Chico Buarque. Vassiliu est un amoureux des rythmes latino-africains et africains. Un temps il s’établit même au Sénégal où il tient un bistrot-restaurant. Du comique-troupier de ses débuts et l’épicurien qu’il est devenu, Pierre Vassiliu laisse une œuvre indomptable, étrange, carrière atypique parsemée de longues absences où il est de partout dans le monde, au Zaïre comme au Brésil, dans le sud de la France mais pas là où du reste le show-biz ne l’attend déjà plus. Il vit sa vie, enregistre de temps à autres, se produit en scène parfois, donnant cette image dont il a fait le titre de son livre publié en 1989 : La vie à ne rien faire (image qu’il rectifiera en 2005 par son autobiographie Qui c’est celui-là ?).
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