L'herpès néonatal est une pathologie grave qui nécessite une attention particulière pendant la grossesse et l'accouchement. Cet article vise à informer sur les risques associés à l'herpès maternel et les mesures de prévention pour protéger le nouveau-né.

Introduction

L'herpès est une infection virale courante causée par le virus de l'herpès simplex (HSV). Il existe deux types principaux de HSV : le HSV-1, responsable de l'herpès labial (boutons de fièvre), et le HSV-2, principalement associé à l'herpès génital. Près de 10 millions de personnes sont concernées en France par l'herpès. Bien que l'herpès puisse être géré, le virus reste à vie dans l'organisme et peut provoquer des poussées récurrentes. Chez la femme enceinte, l'herpès, en particulier l'herpès génital, nécessite une surveillance accrue en raison du risque de transmission au nouveau-né, pouvant entraîner un herpès néonatal.

Modes de Transmission Materno-Fœtale et Indirecte

La contamination par le virus de l'herpès peut se faire pendant la grossesse ou au moment de l'accouchement. La transmission materno-fœtale peut se produire de plusieurs manières :

  • In utero : Par voie hématogène transplacentaire (rare).
  • Pendant l'accouchement : C'est le mode de transmission le plus fréquent, par contact direct avec les lésions génitales lors du passage dans la filière génitale. Le principal mode de contamination (80 %) est le passage par la filière génitale au moment de l'accouchement.
  • Période postnatale : Par transmission indirecte, par contact avec des lésions herpétiques (par exemple, herpès labial) chez la mère ou une autre personne.

Il est important de noter que l'existence d'anticorps anti-HSV1 serait partiellement protectrice vis-à-vis de l'infection à HSV2. La contamination se fait surtout dans le sens homme-femme : 10 % des couples sont séro-discordants.

Risque de Contamination Néonatale

Le risque de contamination néonatale varie en fonction du type d'infection maternelle et du moment de la grossesse. Le risque est maximal en cas de :

Lire aussi: Causes et symptômes de l'herpès chez les bébés

  • Primo-infection (PI) : Première infection herpétique pendant la grossesse, surtout si elle survient pendant le dernier mois (50% de risque de transmission). Ce cas de figure reste rare pendant la grossesse. Mais c’est aussi celui où le risque de contamination fœtale est le plus important. Le virus se met en effet à circuler dans tout le corps : il peut alors traverser la barrière placentaire et atteindre le fœtus.
  • Infection non primaire : Infection survenant pendant le dernier mois de grossesse (50% de risque de transmission).

Le risque est faible en cas de récurrence maternelle dans la semaine précédant l'accouchement (5% de risque de transmission). Des antécédents d'herpès génital récurrent ou la survenue d'une récurrence avant le 9e mois n'ont donc rien d'alarmant.

Il y a un contraste saisissant entre la banalité de l'herpès génital chez la femme enceinte (20 % de femmes enceintes séropositives) et l'extrême rareté de l'herpès néonatal (moins de 50 cas par an).

Diagnostic et Surveillance

Chez la femme enceinte, l’herpès génital ne pose problème que si des lésions sont présentes sur les organes génitaux au moment de l’accouchement, ou si la mère fait une primo-infection herpétique pendant le dernier mois de la grossesse. Au moindre symptôme (fièvre, maux de tête, douleurs accompagnées d'éruption douloureuse sur les organes génitaux), il est crucial de consulter un médecin.

Après la naissance, une recherche de virus est faite à partir de prélèvements dans les yeux et la gorge du nouveau-né. Les nouveau-nés à risque majeur de contamination de l’herpès sont immédiatement isolés, et contrôlés régulièrement, surtout au niveau des yeux, la peau et la bouche.

Conduite à Tenir Pendant la Grossesse et l'Accouchement

La prise en charge de l'herpès chez la femme enceinte dépend du type d'infection et du moment de la grossesse.

Lire aussi: Symptômes et prévention de l'herpès buccal

  • Primo-infection pendant la grossesse : Un traitement antiviral par aciclovir (ACV) est généralement prescrit.
  • Récurrence pendant la grossesse : Un traitement antiviral peut être envisagé, surtout si les poussées sont fréquentes ou sévères. La tendance actuelle, chez ces femmes, est de prescrire de l'acyclovir au 9e mois.

Modalités d'accouchement :

  • Césarienne : Elle est impérative en cas de PI génitale ou infection non primaire maternelle dans le dernier mois de grossesse, surtout si rupture des membranes < 6 heures. Au moment de l'accouchement, la présence du virus dans les sécrétions vaginales peut contaminer le bébé lors du passage par les voies génitales. Ainsi, les femmes enceintes souffrant d’herpès labial ou génital craignent de contaminer leur bébé. Mais ne vous inquiétez pas, ce risque est très rare. Si vous aviez déjà de l’herpès avant votre grossesse et qu’une poussée récurrente intervient dans les sept jours précédant l'accouchement, vous aurez une césarienne. Cette pratique a pour but d'éviter tout contact direct avec les zones infectées.
  • Accouchement par voie basse : Il peut être envisagé en cas de récurrence herpétique, en l'absence de lésions génitales actives au moment de l'accouchement.

L'association ACV-césarienne offre la protection maximale pour le nouveau-né.

Traitement de l'Herpès Néonatal

Le traitement antiviral parentéral par ACV à 60 m/kg/j est préféré à la vidarabine. Il doit être débuté dès les prélèvements viraux effectués. Le risque de récurrence a été estimé à 7 % pour l'ensemble des nouveau-nés et justifie un traitement, à forte posologie orale (90 à 100 mg/kg/j), car sa biodisponibilité est faible, si le nombre de récurrences est > 3 en 6 mois.

Les indications du traitement antiviral sont formelles si :

  1. Positivité des cultures virales néonatales à J 1 et J 3.
  2. Éruption clinique suspecte d'herpès.
  3. Troubles neurologiques ou syndrome septique et prélèvements bactériologiques négatifs avec antécédents maternels d'herpès ou contage d'herpès labial.

Les indications du traitement antiviral sont discutées si :

  1. PI maternelle à l'accouchement ou lors du dernier mois de grossesse (quelle que soit la voie d'accouchement, même si la mère est traitée ou que les membranes sont intactes).
  2. Césarienne tardive (rupture des membranes > 4 h) avec herpès clinique à l'accouchement.
  3. Voie basse et récurrence herpétique dans le dernier mois avec facteur(s) de risque associé(s).

Prévention de la Transmission

Plusieurs mesures peuvent être prises pour prévenir la transmission de l'herpès au nouveau-né :

Lire aussi: Tout savoir sur l'herpès chez l'enfant

  • Information et dépistage : Il est important d'informer les femmes enceintes sur les risques de l'herpès et de proposer un dépistage en cas de suspicion d'infection.
  • Traitement antiviral : Un traitement antiviral peut être prescrit pendant la grossesse pour réduire le risque de poussées et de transmission.
  • Césarienne : Elle peut être recommandée dans certains cas pour éviter le contact direct avec les lésions génitales lors de l'accouchement.
  • Mesures d'hygiène : Les femmes présentant des lésions herpétiques génitales ou labiales doivent respecter des normes hygiéniques strictes pour éviter la transmission. On recommande à toutes les femmes présentant des lésions herpétiques génitales ou labiales des normes hygiéniques strictes.
  • Éviter les relations sexuelles : Si votre partenaire a une poussée d'herpès génital, évitez les relations sexuelles, même protégées par un préservatif, pour éviter le risque de transmission.

Allaitement et Herpès

Un nouveau-né infecté ou suspect d'infection à HSV doit être séparé et isolé des autres, mais pas de sa mère. L'allaitement maternel n'est contre-indiqué qu'en cas de lésion mammaire.

Perspectives d'Avenir

Beaucoup de points restent encore à éclaircir dans la prise en charge du couple mère-enfant en cas d'herpès maternel pendant la grossesse ou à l'accouchement. Les perspectives diagnostiques et de prévention de la contamination néonatale sont : identification des primo-infections asymptomatiques par détection rapide d'antigène viral génital pendant le travail, repérage des femmes à risques d'excrétion asymptomatique par sérologie spécifique chez la femme enceinte et son conjoint, traitement antiviral chez l'homme, topiques génitaux, vaccination des femmes à risques, anticorps monoclonaux, développement de nouveaux antiviraux dont le mécanisme d'action est indépendant de la thymidine kinase virale.

Herpès gestationis et Herpès zoster

Il est important de distinguer l’herpès simplex d’autres affections cutanées pouvant survenir pendant la grossesse :

  • L’herpès gestationis : Cela s’appelle aussi herpès, mais il ne s’agit pas d’une infection virale et ne comporte aucun risque pour la santé du nouveau-né. L’herpès gestationis est un trouble de nature auto-immune qui touche certaines femmes durant le deuxième ou troisième trimestre de grossesse et se manifeste avec des démangeaisons intenses associées à l’apparition de nombreuses vésicules roses sur le torse, et parfois même sur les jambes et les bras. En général, l’éruption régresse spontanément un à deux mois après l’accouchement. C’est un trouble absolument bénin qui ne comporte aucun risque pour la grossesse ni pour la santé de l’enfant. L’herpès gestationis n’est pas dû à un agent infectieux, mais à des mécanismes qui ne sont pas encore très clairs, liés aux conditions hormonales et métaboliques typiques de la grossesse.
  • L’herpès zoster : Il se manifeste avec l’apparition de vésicules identiques à celles de la varicelle, en général localisées sur le thorax, qui s’accompagne d’une forte sensation de brûlure. La grossesse n’augmente cependant pas le risque de réactivation de l’herpès zoster, et dans le cas de cette éventualité, le risque d’infection du nouveau-né est pratiquement nul, car le fœtus est protégé par les anticorps transmis par l’organisme maternel.

Complications possibles de l'herpès génital

Après la primo-infection, environ 20 % des personnes infectées par le virus de l’herpès génital ne présentent aucun symptôme. Chez les autres personnes, des poussées apparaissent, avec une fréquence très variable selon la personne : d’une à deux fois par an, jusqu’à plus de dix fois par an chez certains patients. Plusieurs années peuvent s’écouler entre deux poussées d’herpès génital. Dans certains cas, l’herpès génital peut provoquer des complications mais celles-ci restent plutôt rares. Par exemple, une poussée d’herpès dans l’urètre peut bloquer le passage de l’urine. Chez certaines personnes, les poussées d’herpès génital peuvent être suivies de l’apparition de plaques rouges sur la peau (l’érythème polymorphe post-herpétique). Ces plaques ne contiennent pas de virus et ne sont pas contagieuses. Elles disparaissent en deux à trois semaines.

tags: #herpès #et #accouchement #risques #et #prévention

Articles populaires: