La question de l'existence de Jésus et de la fiabilité des sources historiques qui en parlent suscite un intérêt constant, tant chez les croyants que chez les non-croyants. Si les théologiens peuvent parfois considérer la connaissance du Jésus historique comme secondaire par rapport à la foi, de nombreux chercheurs estiment qu'elle est essentielle pour comprendre son message et le succès de son entreprise. Cet article se propose d'examiner les sources historiques disponibles et de déterminer ce que l'on peut affirmer avec certitude sur la vie de Jésus et le règne d'Hérode le Grand, en se basant sur les informations fournies et les connaissances actuelles.
Les Sources Historiques sur Jésus
L'historien, contrairement au théologien, ne peut affirmer quoi que ce soit sans preuve tangible. Il doit également être conscient des limites des documents à sa disposition et de leur possible partialité. Les sources principales concernant Jésus se divisent en deux catégories : les textes écrits par ses fidèles et les témoignages extérieurs.
Textes Chrétiens
Ces textes, rédigés par des disciples de Jésus, constituent la source la plus importante d'informations sur sa vie et son message.
Les Évangiles : Ils demeurent la source la plus consistante. L'Évangile de Marc est considéré comme le plus ancien, datant d'environ 65 après J.-C. Matthieu et Luc, plus tardifs, s'inspirent en partie d'une source commune, appelée source Q, recueil de paroles attribuées à Jésus et datant des environs de 50 après J.-C. L'Évangile de Jean est le plus récent, écrit vers 95 après J.-C. Les Évangiles de Matthieu et de Luc sont les seules sources qui parlent de la naissance de Jésus et sont appelés les récits de l’enfance.
Les Actes des Apôtres : Rédigés par Luc, l'auteur du troisième Évangile, ils rendent compte du développement de la première communauté chrétienne à Jérusalem, de la conversion de Paul et de ses missions. Bien qu'ils ne fournissent que peu d'éléments biographiques sur Jésus lui-même, ils offrent un aperçu de la façon dont les premiers chrétiens le percevaient.
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Les Lettres de Paul : Rédigées entre 50 et 64 après J.-C., elles contiennent de rares informations biographiques sur Jésus.
À ces textes canoniques, il faut ajouter les ouvrages apocryphes, tels que l'Évangile de Thomas ou l'Évangile de Pierre, qui relatent principalement les premières années de la vie de Jésus. Ces textes sont plus tardifs, datant du début du IIe siècle après J.-C. De même, les écrits des Pères de l'Église, tels que la Didachè ou la Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, fournissent des informations sur les premières communautés chrétiennes et leur compréhension de la figure de Jésus.
Témoignages Non-Chrétiens
En dehors des textes chrétiens, on dispose de quelques témoignages d'auteurs non-chrétiens qui mentionnent Jésus ou ses disciples.
Flavius Josèphe : Cet historien juif du Ier siècle mentionne Jésus à deux reprises dans ses écrits. La première fois, il signale brièvement la mort de Jacques de Jérusalem, « frère de Jésus appelé Christ ». La seconde mention se trouve dans un long passage, le Testimonium Flavianum, dont l'authenticité a été contestée.
Auteurs Païens : Suétone signale que les Juifs de Rome furent expulsés par Claude en raison de troubles liés à un certain « Chrestos ». Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie-Pont au début du IIe siècle, décrit les progrès du christianisme dans sa province et demande conseil à l'empereur sur la conduite à tenir envers les chrétiens. Ces auteurs ne témoignent pas directement de l'existence de Jésus, mais ils attestent de la présence de groupes de personnes qui se réclamaient de lui dès les années 40 après J.-C.
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Bien que ces sources soient limitées et parfois indirectes, elles convergent pour attester de l'existence de Jésus et de l'impact de son mouvement dans le monde romain.
L'Historicité de Jésus
Le témoignage relativement concordant des sources chrétiennes les plus anciennes suffit à établir l'historicité de Jésus. Pour de nombreux personnages de l'Antiquité, nous disposons d'une documentation moindre et aussi peu fiable a priori, sans que personne ne songe à mettre en doute leur existence. De plus, ce que ces sources disent de Jésus correspond à ce que l'on sait des mouvements messianiques et eschatologiques qui agitaient la société juive au Ier siècle de notre ère. Jésus n'est pas nécessairement conforme en tout point aux autres rois, messies et prophètes autoproclamés connus par ailleurs, mais il est loin d'apparaître comme un élément isolé.
La Vie de Jésus : Ce Que l'On Peut Savoir
Les informations sur la vie de Jésus sont fragmentaires et sujettes à interprétation. Cependant, certaines données peuvent être considérées comme relativement assurées.
Naissance
Selon Matthieu et Luc, Jésus serait né à Bethléem, en Judée. Matthieu dit simplement que Jésus y est né, sans autres explications. Luc nous dit que Marie et Joseph habitaient à Nazareth (en Galilée) et justifie le fait que Jésus naisse à Bethléem (en Judée) en expliquant qu’il y avait un recensement effectué par les romains (Lc,2.1), et comme Joseph en était originaire, il devait s’y rendre…Sauf que, un recensement se fait là où l’on habite, puisque c’est là où l’on paye l’impôt. De plus, si Jésus est né au temps du roi Hérode, la Judée, était indépendante, le roi levant lui-même l’impôt pour ensuite verser un tribut aux romains. Pourquoi donc se faire recenser par les romains à Bethléem ? Il n’y avait donc aucune raison pour que Joseph se tape 100 bornes à pied avec une Marie enceinte jusqu’aux yeux…Pour les évangiles de Marc et Jean, qui ne racontent pas la naissance de Jésus, ils disent indirectement qu’il serait né… à Nazareth. Jean faisant parler un sceptique : « L’écriture ne dit-elle pas qu’il sera de la lignée de David et qu’il viendra de Bethléem ? » (Jn 7, 41-42)… Sous-entendu, Jésus n’en vient pas. Plus loin, il y a même cette phrase « Cherche bien et tu verras que de Galilée, il ne sort pas de prophète. » (Jn 7, 52). Donc pour lui, c’est clair, Jésus est bien né en Galilée, probablement dans son village de Nazareth. Marc est plus direct et dit de Jésus « Il vient de sa patrie » (Mc 6,1). Point barre. Donc : Bethléem 2 - Nazareth 2… Mais pourquoi ces différences ? Peut-être que, quand Jésus et son histoire ont commencé à prendre de l’importance, il était bien de lui conférer une légitimité plus grande. Donc Matthieu et Luc auraient décidé de coller avec les textes de l’ancien testament qui disaient que le Messie viendrait de Bethléem, comme il est dit dans la prophétie de Michée : « Et toi, Bethléem, Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. » (Mi 5, 1).
Selon Matthieu (II, 9), Jésus est né à la fin du règne d'Hérode le Grand (37-4 av. J.-C.), entre 6 et 4 av. J.-C. L'indication de Luc (II, 1-2), selon laquelle sa naissance se place au temps du recensement de Quirinius, gouverneur de Syrie en 6 ap. J.-C., fait problème, car elle contredit les autres évangélistes ; elle ne peut s'expliquer que par une erreur introduite dans son texte plus tard.
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Les historiens replacent la naissance de Jésus entre 7 ou 4 avant… Jésus.
Ministère et Mort
La vie publique de Jésus aurait duré entre trois et quatre ans. Les Évangiles permettent de reconstituer ses voyages à travers la Galilée et les régions voisines. Pour l'essentiel, ils sont consacrés aux discours adressés par Jésus aux fidèles qui le suivent, et à ses actes.
Jésus apparaît d'abord comme un maître de la parole, qui utilise toutes les ressources de la langue tout en restant simple et compréhensible. Il se montre constamment bienveillant, très attentif à tous, en particulier aux humbles. Son message promet un avenir radieux aux pauvres, aux simples, aux petites gens, alors qu'il dénonce avec virulence les riches, injustes et impies.
Les dates de la préfecture de Ponce Pilate en Judée (entre 26 et 36 ap. J.-C.) fournissent un créneau large pour la mort de Jésus. Les indications données par les Évangiles sont assez précises : c'était un vendredi, le jour même de la pâque juive selon Marc, Matthieu et Luc, la veille de la pâque selon Jean, soit le 14 Nissan, ce qui paraît plus crédible car on n'exécutait normalement pas de condamnés un jour de fête. Selon les calculs, la mort de Jésus tomba l'an 33 de notre ère. Elle ne peut être antérieure à l'an 29 car la prédication de Jean-Baptiste et de Jésus commença en l'an 28 d'après Luc (3, 1) puisque « la quinzième année du règne de Tibère César, alors que Pilate était gouverneur de la Judée […] la parole de Dieu fut annoncée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert ». Or Tibère régna à partir de 14 après J.-C. et la mort du Christ ne peut être logiquement postérieure à l'an 36, puisque Pilate et Caïphe perdirent leurs fonctions en 36.
Hérode le Grand : Contexte Historique
Pour comprendre les événements entourant la naissance de Jésus, il est essentiel de connaître le contexte politique et religieux de la Judée au Ier siècle avant J.-C. Hérode le Grand, roi de Judée de 37 à 4 av. J.-C., est une figure centrale de cette époque.
Ascension au Pouvoir
Hérode, né dans la religion juive mais d’ascendance iduméenne par son père et nabatéenne par sa mère, et de sa famille, tiraillée entre deux cultures : le judaïsme et l’hellénisme, proche à la fois de la cour hasmonéenne et des Romains en la personne de Pompée alors chargé par le Sénat de mettre de l’ordre en Orient.
Dans un premier temps, le père d’Hérode, Antipater, manœuvra pour faire nommer ses fils à des postes d’autorité - Hérode devenant gouverneur de Galilée ; puis comment les uns et les autres eurent à faire face à une opposition judéenne, dans le contexte d’une guerre civile à Rome. C’est alors que se révéla « le caractère d’Hérode : énergique, violent, impulsif, arrogant, rancunier, manipulateur » ; surtout, « avide de pouvoir », il montra qu’« il n’en connaissait qu’un au-dessus du sien, celui de Rome ».
Hérode prit le pouvoir d’abord par un deuxième mariage avec Mariamne, la petite-fille d’Hyrcan, le légitime héritier du trône hasmonéen, puis par l’appui du Sénat romain qui l’avait proclamé “Roi de Judée”, enfin à travers un conflit avec Antigonos, le dernier roi hasmonéen, et, en -37, le siège de Jérusalem. Il ne lui restait plus qu’à contrebalancer son manque de légitimité, lui l’usurpateur iduméen, par l’exercice de la violence contre ce qui restait de la famille royale légitime. Alors qu’Antigonos était, contre toutes règles, décapité par le gouverneur de Syrie, Antoine, pour trahison, Hérode fit noyer le jeune Aristobule qu’il avait lui-même nommé grand-prêtre peu de temps auparavant ; puis il fit exécuter Hyrcan convaincu de trahison.
Roi Client de Rome
Du fait de son intronisation par le Sénat romain, ce dernier s’est trouvé inclus dans la catégorie des “rois-clients” qui, ayant toute la confiance de Rome, avait la mission de maintenir l’ordre dans des territoires non formellement annexés mais où il était indispensable que règne la paix romaine. En tant qu’ “Ami de l’empereur” Hérode bénéficia d’une large protection et d’avantages entre autres territoriaux ; il en résulta que dans le cadre de limites précises, celles d’être au service de Rome, Hérode put exercer un réel pouvoir.
Bâtisseur et Protecteur du Judaïsme
Hérode fut un bâtisseur qui, à ce titre, peut justifier son titre de « Grand » : aux palais (forteresse Antonia, Hérodion, Massada, Jéricho), aux édifices publics (théâtres, hippodromes, termes), et au port de Césarée qu’il fit construire en utilisant des techniques novatrices ; et aux jeux Olympiques qu’il restaura et le Temple de Jérusalem qu’Hérode fit entièrement reconstruire, en aménageant et en agrandissant le terrain, en redessinant parvis et bâtiments et en entourant l’ensemble d’un mur d’enceinte. Dans le prolongement de cette reconstruction, admirable à tout point de vue, Mireille Hadas Lebel traite de la question du statut du Grand-Prêtre sous le règne d’Hérode et celle de la réhabilitation des pèlerinages.
Tyrannie et Cruauté
À côté de cet aspect prestigieux qu’Hérode chercha à donner à son règne, on trouve aussi un côté terrifiant : une cruauté sans limite. D’où, pour la postérité, l’image d’un Roi suspicieux envers tous ceux qu’il croyait ligués contre lui ou susceptibles de lui porter ombrage, et de ce fait massacreur d’innocents. Il est vrai qu’il se trouva en butte à une opposition en particulier populaire, politique et religieuse, conséquence aussi bien du poids exorbitant de la ponction fiscale que de l’introduction de nouvelles habitudes d’inspiration païenne ; mais aussi aux intrigues et autres machinations de ses proches - et tout particulièrement de sa sœur Salomé, qui paraît avoir joui de la part de son frère d’une large mansuétude, mais qui n’en a pas moins été son mauvais génie lorsqu’elle eut pris sur lui de plus en plus d’ascendant. La peur du complot, réel ou supposé, conduisit Hérode à sacrifier ses propres fils, Alexandre et Aristobule, fils de sa seconde épouse, Mariamne, et - à la veille de sa propre mort - Antipater, fils de sa première épouse, Doris.
Fin de Règne
La fin du règne d’Hérode ne fut pas plus glorieuse. Après un dernier complot, un dernier conflit avec des Pharisiens à propos d’un aigle d’or installé au-dessus de la grande porte du Temple - qui se traduisit, pour ceux qui l’avaient décroché, par une condamnation à être brûlés vifs -, Hérode, malade, mourut à soixante-treize ans et après trente-sept ans de règne.
Hérode et le Massacre des Innocents
Le récit du massacre des Innocents, rapporté dans l'Évangile de Matthieu, est l'un des épisodes les plus sombres associés à Hérode. Selon ce récit, Hérode, ayant appris la naissance d'un futur roi à Bethléem, ordonna l'exécution de tous les jeunes garçons de moins de deux ans dans la région.
Inutile de préciser qu’il n’y a aucune trace historique du massacre de nouveaux nés à Bethléem par le roi Hérode.
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