Le sujet est souvent tabou, pourtant de nombreuses femmes souffrent d'hémorroïdes au cours de leur grossesse. Ces affections proctologiques douloureuses peuvent nuire au bien-être et aggraver une constipation préexistante. Cet article vise à informer les femmes enceintes sur les causes, les symptômes, les traitements et les mesures préventives liés aux hémorroïdes pendant la grossesse.

Prévalence et Facteurs de Risque

La maladie hémorroïdaire est fréquente chez la femme enceinte, touchant environ une femme enceinte sur dix, essentiellement lors du dernier trimestre de la grossesse. Les femmes enceintes ont davantage de risque d’avoir des hémorroïdes parce qu’elles souffrent fréquemment de constipation, mais également parce que le poids et le volume de l’utérus gênent le retour du sang veineux vers le cœur. Plusieurs facteurs contribuent à l'apparition des hémorroïdes pendant la grossesse :

  • Constipation : La constipation, du fait des efforts de poussée qu’elle entraîne, favorise l’apparition des hémorroïdes. La prévalence de la constipation est augmentée au cours de la grossesse, affectant environ un tiers des femmes. Les modifications hormonales (l’augmentation de la progestérone, notamment) ont en effet tendance à ralentir le transit. L’absorption colique de l’eau est augmentée entre les 12 et 20es semaines d’aménorrhée. La motricité intestinale est diminuée sous l’effet de l’imprégnation hormonale oestroprogestative, de l’augmentation des taux sériques de relaxine et de la diminution de sécrétion de motiline. Certains auteurs ont suggéré que la croissance fœtale pouvait entraîner une malrotation intestinale en fin de grossesse, le volume utérin et sa dextrorotation éventuelle peuvent également gêner la progression du bol fécal.
  • Pression abdominale : Le poids et le volume de l'utérus exercent une pression accrue sur les veines pelviennes et rectales, gênant le retour veineux. Lorsque la pression abdominale augmente, les veines de l’anus ont tendance à se dilater et à gonfler.
  • Bouleversement hormonal : Il existe un bouleversement hormonal au cours de la grossesse or on sait que le tissu hémorroïdaire est riche en récepteurs oestrogéniques et sensibles aux variations hormonales. Le ligament de Parks, qui constitue le ligament suspenseur des hémorroïdes au canal anal, se relâche au cours de la grossesse sous l’effet de cette imprégnation oestro-progestative.
  • Accouchement : Intenses et répétés, les efforts de poussée au moment de l’accouchement peuvent provoquer la sortie des hémorroïdes internes par l’orifice de l’anus.

Manifestations Cliniques des Hémorroïdes chez la Femme Enceinte

Les hémorroïdes peuvent se manifester sous différents modes d’expression clinique au cours de la grossesse : rectorragies, prolapsus, thromboses. Mais c’est surtout au cours du 3e trimestre qu’elle s’exprime, généralement par des manifestations thrombotiques. Les hémorroïdes se manifestent essentiellement par des thromboses hémorroïdaires internes et externes. Une thrombose est l’apparition d’un caillot sous la peau, le sang venant des hémorroïdes. Très souvent, chez la femme enceinte, il y a plusieurs caillots, c’est à dire plusieurs thromboses et autre particularité, il y a beaucoup d’œdème, c’est à dire que c’est très gonflé, et du coup, extrêmement douloureux.

Les symptômes courants incluent :

  • Douleurs anales : Elles sont localisées à l’entrée de l’anus (les hémorroïdes internes ne provoquent en général pas de douleurs). Plus intenses pendant la défécation ou en position assise, ces douleurs ont également tendance à s’accentuer au fur et à mesure de l’avancement de la grossesse.
  • Saignements : Des rectorragies (écoulement de sang rouge au niveau de l’anus) peuvent survenir. Très superficiels, les vaisseaux saignent facilement lorsqu’ils s’enflamment et gonflent. Les hémorroïdes peuvent être accompagnées de saignements plus ou moins importants lors de l’émission de selles, l’objectif est donc de ramollir la matière.
  • Prolapsus : Les vaisseaux sanguins internes sortent de l’anus, ce qui provoque plusieurs symptômes gênants (irritations, sensation de faux besoin, suintements…).
  • Thrombose hémorroïdaire externe : Ce symptôme est fréquent après un accouchement. Une tuméfaction se forme au niveau de l’entrée de l’anus (présence d’un caillot sanguin dans le réseau hémorroïdaire externe). Elle provoque d’importantes douleurs et parfois un œdème. Elle se résorbe en général spontanément, mais peut laisser une petite excroissance au niveau de la peau (une marisque).

Traitements Médicaux et Locaux

Le traitement est essentiellement médical. Il a pour objectif de soulager la patiente et d’éviter la récidive des problèmes hémorroïdaires. Certains médicaments sont autorisés pendant la grossesse et d’autres formellement contre indiquée. Le traitement de la thrombose hémorroïdaire chez la femme enceinte doit être prudent en raison des effets possiblement iatrogènes des médicaments sur le fœtus.

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  • Laxatifs : On peut sans problème, pendant la grossesse, prendre des laxatifs doux, des mucilages, des osmotiques. Dans tous les cas, la régulation du transit intestinal est indiquée, elle fait appel aux mucilages, aux laxatifs osmotiques ou huileux qui ne sont pas absorbés et donc sans danger pour le fœtus.
  • Veinotoniques : On peut parfaitement prendre également des médicaments veinotoniques. Si nécessaire, on peut aussi se faire prescrire des bas ou des chaussettes de contention, « voire des médicaments veinotoniques pour améliorer le retour veineux. »
  • Antalgiques : Le paracétamol peut être utilisé pour soulager la douleur. Selon l’intensité des douleurs, des antalgiques de palier 1 à 2 peuvent être utilisés. Le paracétamol et en cas de besoin le dextropropoxyphène ou la codéine sont utilisables à la posologie usuelle. Le tramadol, en traitement court, peut être prescrit en cas d’inefficacité des précédentes options thérapeutiques. Exceptionnellement l’intensité des douleurs peut nécessiter le recours aux antalgiques de palier 3, dans ce cas la morphine est à privilégier car c’est l’antalgique de cette classe qui a été le mieux étudié au cours de la grossesse.
  • Topiques : Les traitements topiques, d’action purement locale peuvent être utilisés sans risque. On peut parfaitement prendre également des topiques sous forme de crèmes et de suppositoires et, en cas d’œdème, c’est-à-dire de gonflement important, des corticoïdes pendant quelques jours. Bien que largement prescrits, ces traitements n’ont pas été rigoureusement évalués dans la littérature.

Médicaments à éviter :

  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), très efficaces sur les douleurs d’origine hémorroïdaire, sont formellement contre-indiqués à partir de la 24e semaine d’aménorrhée (5 mois de grossesse révolus) en raison du risque de fermeture prématurée du canal artériel qu’ils entraînent. Cette recommandation est également valable pour l’aspirine (posologie = 500 mg/j) et les inhibiteurs de cox-2.

Autres traitements :

  • Traitements endoscopiques : Certains traitements endoscopiques (infrarouges, ligature élastique, sclérose chimique) peuvent être exceptionnellement envisagés pour traiter les hémorroïdes internes pendant la grossesse. Il faut retenir que non et qu’il faut privilégier le traitement médical, même si, en théorie, la photo coagulation infrarouge est autorisée. La ligature élastique, la cryothérapie et l’injection sclérosante sont, elles, formellement contre indiquées.
  • Incision de la thrombose : Dans certaines situations urgentes (thrombose externe sans œdème, et douleurs intenses qui ne sont soulagées par aucun autre traitement), le médecin peut réaliser une incision de la thrombose, pour l’évacuer.
  • Chirurgie : Oui, on peut opérer des hémorroïdes une femme enceinte, mais uniquement en cas de complication aiguë sévère qui résiste au traitement médical. Dans ce cas, la chirurgie va consister à retirer uniquement les hémorroïdes qui sont en souffrance. A ce jour, le peu d’études en notre possession montre qu’il n’y a pas de risque pour le fœtus ni pour la mère en cas de chirurgie hémorroïdaire. Les traitements chirurgicaux (hémorroïdectomie ou hémorroïdopexie) sont quant à eux déconseillés chez la femme enceinte. La majorité des hémorroïdes se résorbent en effet dans les 6 mois qui suivent l’accouchement.

Mesures Préventives

Pour prévenir les hémorroïdes, il faut d’abord prévenir la constipation. En effet, la constipation, du fait des efforts de poussée qu’elle entraîne, favorise l’apparition des hémorroïdes. Les mesures suivantes peuvent aider à prévenir ou à soulager les hémorroïdes pendant la grossesse :

  • Alimentation riche en fibres : La prévention de la constipation repose sur une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes). Plusieurs aliments permettent d’améliorer le transit intestinal, d’augmenter la fréquence des selles et d’améliorer leur consistance. Pendant la grossesse (et de manière générale), il est donc conseillé de consommer des aliments riches en fibres (légumineuses, céréales complètes, fruits et légumes, noix et graines, fruits secs, jus de pruneau…).
  • Hydratation adéquate : Des boissons abondantes (moins deux litres par jour) sont essentielles. Comme souvent, une bonne hydratation est essentielle d’où l’importance de boire entre 1,5 et 2 litres d’eau par jour. S’hydrater a de multiples effets bénéfiques, car « cela facilite le transit intestinal en plus d’améliorer la circulation sanguine ».
  • Activité physique régulière : Une activité physique régulière (marche, natation, etc.) est recommandée. De plus, pratiquer une activité physique se révèle essentiel. « On constate que les patientes qui doivent rester allongées pendant leur grossesse ont plus d’hémorroïdes. Donc il faut marcher, nager ou choisir une activité adaptée pendant la grossesse. »
  • Bonnes habitudes aux toilettes : Se rendre aux toilettes régulièrement, à des horaires fixes (au lever ou après un repas, par exemple) est important. Il faut également s’y rendre dès que le besoin se fait ressentir. Il faut éviter les efforts de poussée et prendre son temps (sans rester trop longtemps assis sur la cuvette des toilettes).
  • Améliorer la circulation veineuse : Parce que les hémorroïdes ont les mêmes causes que les varices (un mauvais retour du sang veineux vers le cœur), le port de bas de contention pour améliorer la circulation veineuse est parfois recommandé pour réduire le risque d’hémorroïdes, sans preuve formelle. Pour limiter les problèmes de circulation veineuse, il faut également éviter de croiser les jambes lorsque vous êtes assise et ne pas rester debout sans marcher de manière prolongée.
  • Hygiène locale : Pour soulager les douleurs et les irritations, il lui recommande également de s’essuyer doucement en tapotant, avec une lingette ou du papier toilette humide (sans colorant, ni parfum). Des compresses froides peuvent aussi être appliquées sur les hémorroïdes.

Homéopathie

L’homéopathie est une thérapeutique respectueuse de la santé et sans interaction médicamenteuse connue. « Pour soulager rapidement au moment de la crise, l’homéopathie va agir sur les différents symptômes tels que les douleurs, les saignements, les démangeaisons et autres picotements. Le traitement se prend tant que la douleur persiste et on diminue quand cela va mieux. Pour un traitement local, il existe des suppositoires et pommades homéopathiques efficaces et une crème à base d’anesthésique local mais qui nécessite une prescription médicale. » Si vous êtes enceinte, demandez l'avis d'un professionnel de santé avant de prendre un médicament.

En homéopathie, le médecin ne cherche pas à traiter seulement les symptômes, mais aussi la cause du problème. « Il y a des traitements efficaces pour améliorer la circulation veineuse et la constipation. On va adapter le médicament si la constipation apparaît pendant la grossesse ou bien si la future maman avait déjà tendance à avoir des hémorroïdes. Le traitement homéopathique peut se prendre pendant toute la grossesse, voire jusqu’à un mois après l’accouchement jusqu’à amélioration des symptômes. Il existe également des médicaments homéopathiques pour améliorer le retour veineux en curatif ou en préventif. Il ne faut surtout pas hésiter à demander conseil à son pharmacien ou à sa sage-femme pour le traitement approprié. Et si les hémorroïdes persistent après la naissance du bébé, il est plus sage de consulter son médecin traitant », conclut la sage-femme.

Autres Affections Proctologiques Pendant la Grossesse

Toutes les douleurs anales aiguës observées au cours de la grossesse ne sont pas en rapport avec une pathologie hémorroïdaire.

  • Fissure anale : La fissure anale peut être observée en cette occasion. Elle survient cependant le plus souvent après l’accouchement. Très peu de données existent sur sa fréquence pendant la grossesse. Son traitement est quasi exclusivement médical, visant à régulariser le transit, utilisant les topiques cicatrisant et les antalgiques.
  • Abcès de l’anus : En pratique il peut arriver qu’un abcès survienne au cours de la grossesse. Parfois, une simple incision sous anesthésie locale permet de passer un cap (lorsque le terme est proche) et de soulager la patiente. Sinon le traitement est le drainage chirurgical en urgence, associé le plus souvent à la mise en place d’un drainage par séton en cas de fistule.

Incontinence Anale et Accouchement

Il est maintenant bien connu que l’accouchement par voie vaginale est un facteur de risque d’incontinence anale par le biais de lésions sphinctériennes et neurologiques (neuropathie pudendale). La grossesse en elle-même peut induire des troubles de la continence. Ce même travail montrait que l’accouchement par voie vaginale était un facteur de risque d’incontinence anale du post-partum uniquement chez les femmes ayant des troubles de la continence pendant la grossesse. Ces données sous tendent que l’incontinence anale du post partum est multifactorielle et que des troubles de la statique pelvienne acquis au cours de la grossesse peuvent jouer un rôle. En tout état de cause, elles incitent à dépister les troubles de la continence anale même minimes chez la femme enceinte (incontinence aux gaz, troubles résolutifs au décours d’un précédent accouchement), à rechercher d’éventuels antécédents chirurgicaux anaux, un syndrome de l’intestin irritable, pour le cas échéant informer la patiente du risque potentiel de l’accouchement par voie vaginale et discuter avec son obstétricien de l’opportunité de recourir à une césarienne en dépit du risque propre de ce mode de délivrance.

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