L'œuvre de Sigmund Freud a profondément marqué notre compréhension de la psyché humaine, et la figure maternelle y occupe une place centrale. La mère, à l'origine de notre naissance, de notre psyché et de notre vie amoureuse, traverse toute l'œuvre freudienne. Cet article explore la complexité de la sexualité féminine, en particulier la tension entre maternité et désir, en s'appuyant sur les travaux de Freud, d'Helene Deutsch et d'autres psychanalystes.

La Mère, Objet du Premier Amour

Freud considérait que le sein nourricier de la mère est le premier objet érotique pour l'enfant, l'amour apparaissant en s'appuyant à la satisfaction du besoin de nourriture. La mère acquiert une importance unique et devient l'objet du premier et du plus puissant des amours, prototype de toutes les relations amoureuses ultérieures. La personne chargée des soins témoigne à l’enfant des sentiments dérivant de sa propre vie sexuelle, l’embrasse, le berce, le considère, sans aucun doute, comme le substitut d’un objet sexuel complet.

Le Clivage Mère/Putain

Freud a interrogé le clivage culturel entre la mère et la femme, observant que certains hommes semblent incapables de désirer celles qu'ils aiment et d'aimer celles qu'ils désirent. Il désignait ainsi, dans cette formulation percutante, cette modalité fréquente de la vie amoureuse des hommes pour qui les femmes ne sauraient être que maman ou putain. Ce clivage est le fruit de la persistance des vœux œdipiens inconscients et du combat contre cette association intime entre la mère et la putain, celle qui a trahi l’enfant en se tournant vers un autre que lui. L'imaginaire masculin regorge de femmes aux appâts flamboyants qui ne sauraient être des mères, des seins érotiques érigés et séducteurs, à mille lieux du doux sein maternel, nourricier et pudique.

Jean Cournut évoquait avec vivacité et humour l’ampleur de la peur que les hommes ont des femmes, dans leur séduction érotico-maternelle, dans leur redoutable alliance du féminin et du maternel. Dans le partage entre mère et femme tous les gradients d’opposition peuvent se trouver, d’un conflit modéré jusqu’au radical clivage. Une mère qui soit femme vis à vis d’un homme semble déjà inacceptable, une mère qui soit sexuelle vis-à-vis de l’enfant l’est peut-être encore plus radicalement, dans la virulence du combat contre la tentation incestueuse.

L'Amour Maternel et les Désirs Refoulés

Freud considérait l'amour de la mère pour son nourrisson comme une relation amoureuse pleinement satisfaisante, comblant tous les désirs psychiques et corporels. Cet amour possède la nature d’une relation amoureuse pleinement satisfaisante, qui comble non seulement tous les désirs psychiques mais aussi tous les besoins corporels, et, s’il représente l’une des formes du bonheur accessible à l’être humain, cela ne provient pas pour la moindre part de la possibilité de satisfaire sans reproche également des motions de désir depuis longtemps refoulées et qu’il convient de désigner comme perverses. Ces motions de désirs refoulées renvoient au sexuel infantile de la mère, dans sa perversité polymorphe, à ses différentes positions libidinales inconscientes, aux modalités de son désir d’enfant.

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Il mettait en lumière l'investissement narcissique de l'enfant, source d'un plein amour d'objet. « L’enfant aura la vie meilleure que ses parents, il ne sera pas soumis aux nécessités dont on a fait l’expérience qu’elles dominaient la vie. (….) His majesty the baby, comme on s’imaginait être jadis. Cependant cet investissement narcissique est donc aussi la source d’un plein amour d’objet, véritable voie vers l’objectalité pour la femme, décrite dans ce texte comme plus narcissique par essence que l’homme.

La Contribution d'Helene Deutsch : Psychanalyse des Fonctions Sexuelles de la Femme

Helene Deutsch a consacré une œuvre importante à la compréhension de la maternité, explorant la complexité de la fantasmatique qui l'infiltre. Dans Psychanalyse des fonctions sexuelles de la femme, elle a analysé le bouleversement intense induit par la grossesse et les transformations de l'appareil psychique féminin. L’ensemble de l’ouvrage est riche de nuances sur le bouleversement intense induit par la grossesse et notre auteur est bien la première à tenter de comprendre ce qu’il advient de l’appareil psychique féminin par rapport à ces révolutions somatiques cruciales.

Elle souligne que l'enfant permet un effacement des blessures narcissiques antérieures, mais également que l'enfant peut être un enfant oral, anal, aussi bien que phallique-narcissique. L’enfant permet avant toute chose un effacement des blessures narcissiques antérieures, « un enfant a été promis au moi féminin en récompense et compensation de ce qu’il avait souffert » (Ibid) écrit-elle, mais l’apport principal de l’auteur est de pointer la multiplicité des représentations fantasmatiques qu’il supporte et que l’on ne saurait réduire à la classique « envie du pénis ». Elle décrit finement l’investissement oral de l’enfant et fait une analogie entre le coït et l’allaitement pour évoquer les processus d’incorporation fantasmatique : « La théorie infantile de la fécondation orale trouve sa terre d’élection dans ce déplacement de l’activité orale vers le vagin » (Ibid, p.

Deutsch étudie également les avatars pathologiques de la maternité, pointant le rôle de facteurs liés à la personnalité de la femme. Selon la répartition des investissements libidinaux et narcissiques, deux modes de réaction à la grossesse peuvent émerger : une forme de mélancolie ou une forme de triomphe narcissique mégalomaniaque. « De toutes ces considérations, il ressort que l’unité de la mère et de l’enfant n’est pas aussi paisible qu’il peut paraître » (Ibid., p. 84).

Elle souligne les valeurs sexuelles de l'allaitement, mettant en lien le sein et le pénis. Quand Helene Deutsch s’attache à l’allaitement, c’est pour souligner intensément les valeurs sexuelles de l’allaitement qui sont mises en lien avec divers troubles de la lactation, à travers l’équation entre le sein et le pénis. Evoquant le renversement fantasmatique des rôles des deux partenaires dans l’acte de succion, elle pointe que « l’analogie complète des deux situations de succion - c’est-à-dire dans le coït et l’allaitement - tient avant tout à ce que la frontière entre le sujet et l’objet est abolie mais aussi à l’identité de l’incorporation orale de l’objet dans l’acte de succion » (Ibid., p. 91). L’allaitement est « aussi un acte de jouissance sexuelle, au cœur duquel la glande mammaire joue le rôle d’une zone érogène. Cette « érogénéité » de la glande mammaire se solde fréquemment par des difficultés d’alimentation (…). Dès que le rôle sexuel de l’appareil de succion prend trop d’importance, le refoulement intervient » (H. Deutsch (1924), Ibid., p.

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Maternité et Sexualité : Un Conflit Intérieur

Dans son article "Maternité et Sexualité", Helene Deutsch questionne la frigidité chez la femme et reprend l’étude du problème sous l’angle de ce que révèle le conflit entre maternité et sexualité. Elle observe un clivage chez la femme entre la "mère" et la "prostituée", parallèle à celui observé par Freud chez l'homme. Chez la femme, ce clivage se traduit en elle-même : « La femme est elle-même « mère » ou « prostituée » et tout le conflit intérieur représente la lutte entre ces deux tendances, qui semblent contraires, mais qui, finalement dans ce cas aussi, convergent dans l’idée unique de la mère indigne ».

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