Franz Beckenbauer, une figure emblématique du football allemand, européen et mondial, est décédé le 8 janvier 2028 à l'âge de 78 ans. Son nom évoque à lui seul une histoire riche de succès et de grandeur, incarnant le triomphe du football allemand et du Bayern Munich.
Un modèle de réussite
Beckenbauer est ce capitaine qui a soulevé la Coupe du Monde avec la RFA et la Coupe d'Europe des clubs Champions avec le Bayern Munich. Il est ce défenseur qui, malgré une épaule luxée et le bras en écharpe, est resté sur le terrain pendant plus de 50 minutes lors d'une demi-finale de Coupe du Monde contre l'Italie. Un exemple et un modèle pour beaucoup.
Jeunesse et débuts
Né le 11 septembre 1945 dans un Munich dévasté, Franz Beckenbauer a passé son enfance à jouer au football avant de rejoindre le Munich 1860 à l'âge de 9 ans, malgré les réticences de son père. Milieu de terrain à ses débuts, il s'est distingué par son allure altière, son autorité sur le terrain, sa clairvoyance dans ses passes et ses percussions.
Ascension irrésistible
Son apport protéiforme l'a propulsé en sélection dès le Mondial 1966, où il a été chargé du marquage de Charlton en finale. L'ascension de Franz Beckenbauer était irrémédiable et le Kaizer était prêt à commander, comme il l'a toujours fait. Il a fait entrer l'Allemagne dans son âge d'or, le sien aussi.
L'âge d'or du Bayern Munich
Après une victoire à l'Euro 1972, il a hissé le Bayern au sommet de l'Europe en 1974. À domicile, le jeune Franz est devenu empereur et règne sur le football. "Son" Bayern est inarrêtable et glane trois fois de rang la Coupe d'Europe, au grand dam de Saint-Étienne en 1976 lors de la célèbre finale de Glasgow et ses poteaux carrés.
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Reconversion réussie
Prenant sa retraite en 1983, après un échec à Hambourg, Franz Beckenbauer s'est assis sur le banc où son tempérament et son aura ont fait merveille. En 1986, il a amené l'Allemagne jusqu'en finale du Mondial où seule l'Argentine de Maradona a pu stopper ses hommes. Après des passages avortés à Marseille et au Bayern Munich, il s'est reconverti dans les bureaux, devenant dirigeant du club bavarois, dont il a été le président du conseil de surveillance de 2002 à 2009. Il a également été vice-président de la Fédération allemande de football en 1998.
L'éphémère aventure marseillaise
C'était le rêve de Bernard Tapie, mais l'idylle n'a pas résisté au réel. Champion du monde avec l'Allemagne, Beckenbauer a débarqué à l'Olympique de Marseille en 1990. L'association promettait, mais le Bavarois n'a tenu que quelques mois et a claqué la porte le 31 décembre, las des ingérences de son exubérant président et du "climat" nocif du club (affaire de la caisse noire à Toulon).
Distinctions et controverses
Franz Beckenbauer a été désigné Ballon d'Or à deux reprises en 1972 et en 1976. Il est le plus titré des joueurs allemands à ce jour. Mais Franz Beckenbauer aura aussi connu le doute et les drames. Il sera notamment le premier, dès 1977, à évoquer le dopage et à révéler qu'il utilisait son propre sang pour améliorer ses performances.
Vie privée
Franz Beckenbauer a été marié à trois reprises, de 1966 à 1990 avec Brigitte, avec qui il a eu trois enfants, puis avec Sybille Weimar, une ancienne secrétaire de la fédération allemande, et enfin avec Heidi Burmester, avec qui il a eu deux enfants. Heidi Burmester avait 39 ans lorsqu'ils se sont mariés en juin 2006 lors d'une cérémonie civile très discrète dans la station de sports d'hiver de Kitzbühel, là où vivait Beckenbauer. Heidi Beckenbauer est restée mariée au Kaiser pendant 12 ans.
Les dernières années
Victime d'une crise cardiaque en 2022, Franz Beckenbauer n'a pas pu participer à la Coupe du monde au Qatar dans les mois suivants. Il en a gardé une cécité à l'œil droit et de nombreuses séquelles.
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Au Gasthof Riedenburg, situé sur les hauteurs de Salzbourg, en Autriche, à 150 km à l'est de Munich, Franz Beckenbauer avait ses habitudes. Le champion du monde 1974 déjeunait dans ce restaurant traditionnel tyrolien deux à trois fois par semaine. La plupart du temps, il était seul, dans son coin. Celui que l'Allemagne a longtemps appelé die Lichtgestalt (celui par qui entre la lumière) prenait toujours le même menu : une pintade croustillante avec des Kartoffelknödel (boulettes de pomme de terre) comme plat principal, suivi de boulettes sucrées de Salzbourg nageant dans une sauce à l'abricot en dessert, accompagné soit d'une Stiegl (une bière blonde locale) soit d'un verre de vin rouge espagnol.
« Les clients le laissent en paix, confiait Rolf, un habitué des lieux. Personne n'ose le déranger. D'ailleurs, il ne donne pas l'impression de vouloir avoir de la compagnie… Il a pris un sacré coup de vieux et n'a plus cette joie de vivre qui le caractérisait tant. Il se contente simplement de saluer de la tête les autres clients de l'établissement ou d'un petit signe de la main. Il n'a plus beaucoup de vitalité… »
Toute personne souhaitant l'approcher pour entamer une discussion ou simplement quémander un autographe était aussitôt éconduite par le serveur, qui veillait au grain. En guise de reconnaissance, Franz Beckenbauer lâchait des pourboires toujours fort généreux, rarement inférieurs à la totalité de son déjeuner. Dans sa magnifique maison au milieu des montagnes, il était, là aussi, désormais devenu rare d'entrevoir la silhouette du double Ballon d'Or (1972 et 1976).
« Longtemps, on le voyait jouer au ballon avec son chien sur sa grande terrasse, confiait un voisin proche. Mais, depuis le premier confinement, il ne sort quasiment plus de chez lui. Sa femme Heidi veille sur lui. »
À 76 ans, l'ancien entraîneur de l'Olympique de Marseille (1990-1991) espérait pouvoir savourer une paisible retraite. Mais, depuis 2016, toute une série d'événements contraires s'est enchaînée. Il a d'abord été tracassé par la justice suisse par rapport à son rôle de président du comité d'organisation et aux conditions d'attribution de la Coupe du monde 2006 en Allemagne, jugées douteuses par les instances internationales. Il n'a finalement pas été poursuivi à la suite de l'enquête ouverte par la justice interne de la FIFA. Beckenbauer a été mis hors de cause après avoir été soupçonné de corruption pour avoir perçu des paiements et des contrats en échange d'un avantage dans le processus de sélection en faveur du Mondial 2006.
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Aujourd'hui, c'est surtout sa santé qui causait les plus gros tracas au Kaiser. Le natif de Munich - où il n'a d'ailleurs plus mis les pieds depuis une demi-douzaine d'années (l'Allianz Arena se situant en périphérie munichoise) - accumulait les pépins physiques. Depuis ses deux opérations subies au cœur, en 2016 puis en 2017, il marchait au ralenti. En 2018, il s'est fait poser une prothèse de hanche et, récemment, il a dû subir une intervention chirurgicale à l'œil droit. Résultat : l'ancien président du Bayern Munich (1994-2009) n'était plus en mesure de passer des journées entières sur les greens de golf, ce qui constituait son passe-temps favori. Un hobby qu'il aimait prolonger autour de quelques bières avec ses anciens coéquipiers du Bayern Munich tels que Sepp Maier, Uli Hoeness, Franz Roth, le bourreau de Saint-Étienne (1-0) lors de la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions en 1976, à Glasgow.
Au cours d'un discours tenu il y a un peu plus de trois ans à l'occasion d'une action de bienfaisance, il avait apporté quelques précisions sur son état de santé : « Mes problèmes ne datent pas d'hier. J'ai été victime d'un infarctus de l'œil. Je ne vois quasiment plus rien de l'œil droit. Ne soyez donc pas vexés si jamais je ne vous vois pas ou si je ne vous reconnais pas immédiatement. »
Dans une très large majorité, les acteurs du foot allemand préféraient ne pas être cités lorsqu'ils étaient sollicités sur le sujet, histoire de ne pas abîmer encore davantage l'icône. Le sujet était plutôt tabou de l'autre côté du Rhin. Gerhard Schröder était l'une des seules célébrités à avoir dernièrement donné des nouvelles du Kaiser. « Franz ne se porte pas au mieux. Ce sont d'abord ses histoires avec la FIFA qui l'ont cruellement blessé et, aujourd'hui, c'est sa santé qui ne cesse de se dégrader », avait récemment lâché l'ancien chancelier allemand.
L'une des dernières images en public de Beckenbauer remontait déjà à plus de trois ans, à l'occasion de la dernière journée de Bundesliga, en mai 2019, au moment où le plus prestigieux des clubs allemands célébrait son septième titre national d'affilée. Comme le veut la tradition au Bayern, d'anciennes grandes stars du club avaient été conviées à l'Allianz Arena. Vêtu de sa veste bavaroise en laine rouge foncé que se doit de porter chaque ancien acteur munichois, Beckenbauer n'avait alors pas bonne mine. Fatigué, peu souriant, il semblait ailleurs, comme déconnecté. À l'image de sa présence en septembre 2019 dans une loge de la Rhein Neckar Arena, où il assistait au match de Championnat entre le TSG Hoffenheim et le Borussia Mönchengladbach (0-3) dans la plus grande discrétion. Enfoui sous un béret, les joues creuses, il avait suivi la rencontre seul, avant de quitter les lieux par une porte dérobée afin d'éviter toute sollicitation.
Le décès de son fils Stephan, alors entraîneur des équipes de jeunes du Bayern Munich, des suites d'une tumeur au cerveau en août 2015 à l'âge de 46 ans seulement, l'a également profondément bouleversé. Selon plusieurs de ses proches, il ne s'en est jamais véritablement remis. « Ce sont des événements qui lui ont fait beaucoup de mal, assurait Franz Roth, son ex-coéquipier au Bayern dans les années 1970 et 1980. Il n'a pas pour autant totalement perdu sa joie de vivre et il lui arrive encore de plaisanter lorsque je l'appelle pour prendre de ses nouvelles. Mais, lorsque nous organisons des repas en commun pour réunir l'équipe de l'époque, il ne vient plus. »
Lorsque son petit-fils Joel a évolué à Hanovre (Deuxième Division) jusqu'à l'été 2019, Franz Beckenbauer ne s'y est jamais rendu pour l'encourager. Ces dernières années, il a subitement disparu des écrans de télévision qu'il a occupés pendant près de cinq décennies avec une quasi-omniprésence à travers une quantité de spots publicitaires pour vanter les mérites d'un véhicule, de différentes marques de bière ou de fournisseurs de téléphone. « Je n'ai plus le feu, expliquait-il. Si je continue, les gens vont vraiment finir par s'ennuyer. Il est temps de tourner la page et de profiter de mes enfants et petits-enfants. Vous m'avez assez vu, non ? »
Beckenbauer était longtemps resté dans la lumière, en tant que consultant pour plusieurs médias. Consultant sur Sky Deutschland pendant vingt-cinq ans, il a également été chroniqueur dans Bild durant trente-cinq années, jusqu'à fin 2016. Au milieu de la saison 2019-20, lorsque le Bayern était malmené par le Borussia Dortmund en Championnat en accusant un retard de neuf points en plein hiver, il avait lâché au cours de l'une de ses rares sorties médiatiques dans un éditorial pour Bild : « Ce Bayern est digne d'une équipe de retraités. Ma critique est justifiée. Ce n'est pas facile d'entraîner cette formation. Ces joueurs sont trop gâtés et, au moindre souci, ils se plaignent et oublient leur football. C'est quoi cette attitude ? »
Lorsqu'il était en pleine forme, il ne disait pas autre chose et ses prises de position ne laissaient jamais indifférent. Mais aujourd'hui, il ne suscite plus (trop) l'admiration ni l'attention, quand bien même, ces derniers mois, son état de santé s'est encore détérioré.
Sa mémoire ne cesse de flancher. Rudi Völler espérait jusqu'au bout pouvoir le convaincre de participer à sa fête d'adieu comme directeur sportif du Bayer Leverkusen fin mai. « Je l'ai contacté à plusieurs reprises, mais il n'y avait rien à faire, glissait l'ex-buteur de l'Olympique de Marseille (1992-1994). Franz n'avait pas la force de venir. Ce n'est pas la grande forme, il préfère rester chez lui pour se reposer. » Une sincère amitié lie les deux hommes depuis plusieurs décennies. Sélectionneur de l'Allemagne entre 1984 et 1990, Beckenbauer a d'ailleurs conservé d'excellents rapports avec les cadres de cette époque-là. « Lothar Matthäus, Andreas Brehme et moi-même sommes régulièrement au téléphone avec lui. Dès que sa santé le permet, nous allons lui rendre visite ou organisons un week-end tous ensemble comme en 2020, lorsque nous nous étions retrouvés tous les quatre afin de marquer le coup, pile trente ans après notre triomphe en Coupe du monde au stadio Olimpico de Rome. » Alors que la Fédération allemande avait annulé les festivités à cause de la pandémie, ils s'étaient donné rendez-vous dans un hôtel situé entre Rome et Florence. Malgré la joie de se retrouver au milieu de ses anciens joueurs, le Kaiser n'était déjà parvenu que difficilement à esquisser un sourire.
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