Le deuil périnatal, une réalité touchant de nombreuses familles, reste un sujet délicat et souvent passé sous silence. Cet article explore les témoignages poignants de parents endeuillés, l'importance des rituels entourant la perte d'un enfant, et les efforts pour une meilleure reconnaissance de ce deuil spécifique.

La nécessité de nommer l'innommable

La perte d'un enfant, quel que soit son âge gestationnel ou après la naissance, est une épreuve dévastatrice. Pourtant, la société peine à reconnaître et à nommer cette réalité. Une initiative portée par une trentaine de députés, à la suite de Mathilde Panot, vise à populariser et à reconnaître le néologisme « parange », contraction de « parents » et « d’ange ». Ce mot, déjà utilisé par de nombreuses associations de soutien, permettrait de combler un vide lexical et de reconnaître la place de ces parents endeuillés.

Nadia Bergougnoux, qui a perdu un bébé à six mois et demi de grossesse, témoigne de la « violence de ne pas pouvoir nommer la perte d’un enfant », soulignant que des mots existent pour désigner la perte d’un parent (orphelin) ou d’un époux (veuf), mais pas pour celle d’un enfant. Elle milite depuis des années pour la reconnaissance du terme « parange », qui exprime « l’affection » des parents pour leurs enfants.

Le tabou persistant autour du deuil périnatal

En France, la mort périnatale concerne environ 7 000 familles chaque année. Delphine Colas et son époux ont justement accepté de participer à l’émission de TF1 pour parler de Victor et plus généralement du deuil périnatal qui reste, selon la mère de famille, un énorme tabou. "Certaines familles s’interdisent d’exprimer leur chagrin. Ce n’est pas parce que les parents sont les seuls à avoir vu leur enfant, qu’ils n’ont pas le droit d’être tristes" explique-t-elle à nos confrères de Télé-Loisirs.

Pourtant, comme le souligne Cécile, qui a subi une IMG à sept mois de grossesse, « on a terriblement besoin de parler de cet enfant. Les non-dits, le malaise, c’est ça qui fait mal. » Delphine Rouille, présidente de l’association Nos tout-petits de Savoie, œuvre pour accompagner les parents endeuillés et faire reconnaître ces enfants, regrettant que le sujet soit encore utilisé pour faire le buzz, accentuant le tabou.

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L'importance des rituels face à la perte

Face à cette épreuve, les rituels jouent un rôle essentiel pour ancrer l'enfant dans l'histoire familiale et permettre aux parents de faire leur deuil. Nommer l'enfant, le photographier, déclarer sa naissance et son décès, lui offrir une sépulture sont autant de gestes qui reconnaissent son existence et permettent aux parents de lui dire au revoir.

Ma sœur Cécile, 38 ans, qui a récemment subi une IMG à sept mois de grossesse et me fait l’honneur de témoigner ici, le confirme : « Ce bébé, considéré par d’autres comme un amas de cellules, a vécu sept mois dans mon ventre. On ne peut pas dire qu’il n’a pas existé. Les rituels, les photos, sont indispensables pour ancrer cet enfant dans notre récit familial, pour que le deuil puisse se faire. »

Historiquement, la ritualisation autour de la mort des bébés était courante. Dans l’Europe médiévale et moderne, le baptême conférait un statut au nouveau-né, et des baptêmes in utero étaient pratiqués pour les fœtus dont on craignait le décès. Dès les XVe et XVIe siècles, certaines familles gardaient le souvenir des petits morts à travers des peintures. L’invention de la photographie au XIXe siècle a démocratisé les clichés de bébés sur leur lit de mort, témoignages irréfutables de leur existence.

Aujourd'hui, ces pratiques peuvent être perçues comme choquantes, comme l'a illustré la polémique autour des photos postées par Chrissy Teigen et John Legend lors du décès de leur enfant. Cyril Hanouna avait d’ailleurs introduit une séquence intitulée « Vie privée : les stars vont-elles trop loin ? », diffusée le 6 octobre dernier dans l’émission Touche pas à mon poste, sur C8. Les chroniqueur·euse·s de l’émission se sont montrés choqués. Gilles Verdez se scandalise de ce que ce bébé ait été prénommé, et dénonce une « scénarisation de l’intime ». Pourtant, de nombreux « paranges » ont salué le geste du couple, y voyant une façon de briser le tabou et de partager leur douleur.

Témoignages et libération de la parole

De nombreux parents endeuillés témoignent de l'importance de partager leur expérience et de briser le silence autour du deuil périnatal. Suite à l’évocation de la perte de son fils à l’écran, Delphine Colas révèle avoir reçu énormément de messages de soutiens, mais aussi de remerciements sur les réseaux sociaux. "C'était fou ! J'ai eu énormément de messages de mamans qui, soit avaient vécu la même chose, soit quelque chose d'assez similaire et qui m'ont remerciée d'en parler… Ça leur a fait du bien donc c'était mission accomplie pour nous." De quoi satisfaire le couple qui a rempli son objectif premier en osant briser un tabou.

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En contribuant à la libération de la parole autour du deuil périnatal, le couple s’est finalement libéré lui-même. "Ça a été une petite thérapie aussi pour nous, et vis-à-vis de nos proches qui pouvaient être gênés d'aborder le sujet. Grâce à la diffusion, on a pu en reparler et ça nous a fait du bien" raconte Delphine. Pouvoir aujourd’hui parler de leur fils sans avoir la sensation d’installer un malaise est sans aucun doute puissamment libérateur.

Christine Kelly a partagé avec émotion les sentiments qui l’habitaient à l’époque. «Une douleur que j’ai traînée pendant 10 ans. Cet événement traumatique n’a pas été sans conséquence sur la vie de la journaliste. «Ça m’a coûté un divorce. Je ne pouvais plus supporter mon mari de l’époque. Pourtant, je l’aimais. Ça m’a coûté le fait que je n’ai plus jamais voulu tomber enceinte. Au-delà du deuil de ses jumeaux et d’une séparation, cette épreuve lui a également permis d’aborder son quotidien différemment. «Ça m’a rendu humble face à la vie et ça m’a permis d’accepter ma vie telle qu’elle est.» Malgré cela, la guérison a été longue. «Je pense que le meilleur allié dans des moments comme ça est le temps. Mais il faut absolument regarder à quel point la vie se renouvelle.»

Actions et initiatives pour une meilleure reconnaissance

Plusieurs associations se mobilisent pour accompagner les parents endeuillés et sensibiliser le public au deuil périnatal. L’association Nos tout-petits de Savoie organise des groupes de partage et d’entraide, et a réalisé une vidéo avec des photos de papillons en origami portant les prénoms des bébés morts.

Delphine Rouille a également réécrit au président de la République pour demander que ces bébés puissent porter un nom de famille et apparaître sur le livret de famille sans être « barrés ».

La Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal, le 15 octobre, est une occasion de rappeler l'importance de la reconnaissance de ce deuil spécifique et de soutenir les familles touchées.

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