La procréation médicalement assistée (PMA) en France est un sujet en constante évolution, tant sur le plan des politiques publiques que des pratiques médicales et des considérations éthiques. Avec un nombre croissant de Français confrontés à des problèmes d'infertilité, la nécessité d'une prise en charge adaptée et accessible est devenue une priorité. Cet article explore les différentes facettes de la PMA en France, en mettant en lumière les initiatives récentes, les défis persistants et les perspectives d'avenir.
Un plan gouvernemental pour lutter contre l'infertilité
Conscient de l'ampleur du problème, le gouvernement français a mis en place un plan de lutte contre l'infertilité. Promis par Emmanuel Macron, ce plan vise à mieux sensibiliser le public à ce sujet, qui touche plus de 3 millions de Français. La ministre de la santé, Stéphanie Rist, a souligné que les enjeux de l'infertilité ont été analysés dans tous leurs aspects, permettant ainsi le lancement immédiat de mesures concrètes et trop longtemps attendues.
Sensibilisation et information
L'une des mesures phares de ce plan est l'envoi d'un message à tous les Français lors de leurs 29 ans, afin de les sensibiliser aux enjeux de la fertilité. Toutefois, Mme Rist a assuré que cela serait fait sans pression aucune, soulignant que le rôle du politique n'est pas de dire s'il faut avoir des enfants ou encore à quel âge. L'objectif est d'éviter que les gens ne se disent "si j'avais su" plus tard dans leur vie.
Une campagne de communication sur les enjeux de reproduction doit être lancée fin 2026 et, très prochainement, un site d’information sera disponible sur le sujet.
Amélioration de l'accès à la congélation ovocytaire
Le plan ne se limite pas à la communication. Le ministère veut aussi augmenter les possibilités de congeler ses ovocytes, une solution permise par la loi relative à la bioéthique de 2021 mais qui se heurte dans les faits à de longs délais d’attente. D’ici à 2028, le ministère voudrait habiliter plusieurs dizaines de nouveaux établissements à le faire. Il envisage clairement d’ouvrir ce terrain au privé, en assurant néanmoins que la procédure restera gratuite et exempte d’une « logique marchande ».
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Prise en charge du SOPK
Le plan promet aussi une meilleure prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), un trouble qui touche de nombreuses femmes et favorise l’infertilité. C’est aussi le cas de l’endométriose, mais, alors que celle-ci fait déjà l’objet d’un plan gouvernemental, le SOPK restait jusqu’alors largement absent des discours publics.
Réactions et perspectives
Chez les patients, l’annonce de ce plan a été saluée par le collectif BAMP, qui rassemble des personnes infertiles ou en cours de procréation médicalement assistée (PMA). « On passe dans une nouvelle ère, on n’a jamais été à ce niveau-là de considération des sujets de fertilité et d’infertilité », a déclaré sa présidente, Virginie Rio, à l’Agence France-Presse (AFP), en disant toutefois qu’il s’agissait là d’un point de départ et qu’il restait « beaucoup de travail ». L’organisation milite par exemple pour l’autorisation en France du DPI-A, une méthode de diagnostic permettant de repérer les anomalies des embryons avant de les implanter. L’objectif est d’éviter de nombreuses PMA vouées à l’échec, mais cette technique fait l’objet de débats éthiques quant à une potentielle dérive eugéniste.
L'assistance médicale à la procréation : un entretien avec le professeur François Olivennes
Le professeur François Olivennes, gynécologue obstétricien, est l’une des voix de l’assistance médicale à la procréation (AMP) - aussi appelée procréation médicalement assistée (PMA) - depuis une trentaine d’années. Il a été l’un des premiers à utiliser cette technique auprès du professeur René Frydman, pionnier de la médecine de la reproduction avec la naissance du premier bébé français né par fécondation in vitro (FIV) en 1982.
Quand consulter ?
Lorsqu’un couple ne parvient pas à avoir un enfant naturellement, au bout de combien de temps lui conseillez-vous de consulter ? Quand on a moins de 35 ans, au bout de douze mois. Quand on a plus de 38 ans, le temps compte. Certes, la fertilité de la femme ne baisse pas en un mois, mais je conseille de consulter, après six mois de rapports réguliers, son gynécologue de ville qui prescrira des examens à réaliser pour savoir s’il faut se tourner vers un centre de PMA.
Rapports réguliers
En parlant de « rapports réguliers », qu’entendez-vous par là ? On peut considérer que trois fois par semaine, ou tous les deux-trois jours autour de l’ovulation, c’est déjà pas mal. C’est la fréquence qui permet presque à coup sûr de tomber sur la période à laquelle la femme est fertile. En revanche, il n’est pas utile d’avoir des rapports plusieurs fois lors de cette même journée ou, à l’inverse, de se retenir en prévision du jour J. Le sperme ne sera pas meilleur, c’est même le contraire.
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Le don de gamètes : une solution pour avoir un enfant
Quand on est un couple infertile, un couple de femmes ou une femme seule, il se peut que l’on ait besoin d’avoir recours à un don de gamètes - ovocytes ou spermatozoïdes - pour obtenir une grossesse dans le cadre d’une procréation médicalement assistée (PMA), également appelée « assistance médicale à la procréation » (AMP).
L'augmentation des demandes de PMA avec don de spermatozoïdes
Entre la promulgation de la loi de bioéthique, en août 2021, et le 30 juin 2023, près de 30 000 demandes de première consultation pour une PMA avec don de spermatozoïdes ont été recensées. Il y en avait environ 2 000 pour les couples hétérosexuels jusqu’en 2019.
Il faut distinguer deux choses importantes dans cette augmentation. On a, d’une part, les nouveaux publics, qui créent une demande sans précédent : les couples de femmes et les femmes seules. Et, d’autre part, ces dernières années, on constate une hausse de l’infertilité liée à nos modes de vie, à la pollution, aux produits toxiques, à l’alcool…
Qui sont les donneurs ?
Il y a deux grands types de donneurs : les jeunes entre 20 et 25 ans qui n’ont pas de problème de fertilité mais se sentent concernés, et les proches de gens qui ont dû bénéficier d’un don. C’est un principe de solidarité nationale : quand une femme ou un homme vient donner, il le fait vraiment pour les autres. C’est un don de soi, un très gros effort de solidarité. En 2022, 764 hommes ont donné leurs spermatozoïdes, et 990 femmes, leurs ovocytes.
Indemniser les donneuses d'ovocytes ?
Alors que la gratuité du don est un principe en France, des professionnels de la procréation médicalement assistée s’affirment favorables à un défraiement. D’autant que la démarche consiste en un lourd parcours médical.
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Avec un constat : celui du manque de candidates au don d’ovocytes, alors que la demande s’accroît, notamment en raison de l’autorisation en France, depuis la loi de bioéthique de 2021, du recours au double don de gamètes - la fécondation des ovocytes d’une donneuse avec le sperme d’un donneur -, jusqu’ici interdit. Selon les derniers chiffres nationaux de l’Agence de la biomédecine, 929 donneuses d’ovocytes étaient comptabilisées en 2024, quand 2 770 couples ou femmes seules se trouvaient, dans le même temps, sur liste d’attente pour une PMA avec don d’ovocytes. Le délai d’attente atteignait vingt-quatre mois, alors que le temps est, dans ces parcours, l’un des facteurs-clés de succès.
Encore plus que le don de sperme, également en tension, le don d’ovocytes requiert un engagement important, qui peut demander, au-delà de l’aspect médical, de poser des jours de congé au travail, entraîner des frais de transport ou une organisation pour faire garder ses enfants.
Inégalités face à l'infertilité
Victor Point est photographe et coauteur, avec les journalistes Estelle Dautry et Pauline Pellissier, de Génération infertile ? (Autrement, 272 pages, 20 euros). Un ouvrage entre l’enquête scientifique et le recueil de témoignages. Il a aussi documenté en photos le parcours de PMA mené avec sa femme, publié en 2020 dans le magazine Polka.
Il a été marqué par l’inégalité dans tous les domaines en matière d’infertilité. On ne vit pas les mêmes parcours selon sa région, son âge, son passif médical ou ses revenus. L’infertilité est un miroir de toutes les inégalités qui existent dans la société. Certains territoires demeurent très mal desservis. Et, globalement, un couple de jeunes trentenaires cadres dans une grande ville pourra ajuster ses horaires, se rendre en clinique pour éviter l’attente de l’hôpital et sera moins contraint qu’un couple de ruraux à moindres revenus, avec des métiers peu flexibles.
Le plan de lutte contre l'infertilité : un entretien avec le gynécologue Samir Hamamah
« Un grand plan de lutte contre l’infertilité. » C’est ce qu’a annoncé Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse, organisée à l’Elysée, mardi 16 janvier. Un plan pour répondre à un constat : en France, en moyenne, un couple sur quatre a des difficultés à devenir parents et le taux de fécondité de la population française diminue depuis plusieurs années. En 2023, l’indice conjoncturel de fécondité s’est établi à 1,68 enfant par femme contre 1,79 en 2022, selon le bilan démographique annuel de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), présenté mardi. Le nombre de naissances, lui, a connu une baisse de 6,6 % en 2023 par rapport à 2022.
Le plan pourrait s’appuyer sur un rapport demandé par le président de la République et rendu en février 2022 par le docteur Samir Hamamah, chef du service de biologie de la reproduction du CHU de Montpellier, et Salomé Berlioux, fondatrice de l’association Chemins d’avenirs.
Homoparentalité et PMA : les limites de la législation française
Cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. C’est la peine qu’encourt celui ou celle qui serait tenté « d’assister à des activités d’assistance médicale à la procréation » en dehors du cadre défini par la loi, c’est-à-dire un couple constitué d’un homme et d’une femme. En outre, le code de la santé stipule que « l’insémination artificielle par sperme frais provenant d’un don et le mélange de spermes sont interdits ».
Pourtant, dans le secret de leurs cabinets, il n’est pas rare que des médecins aient connaissance de projets d’homoparentalité qui ne cadre pas avec la législation française. La plupart du temps, des patientes leur demandent d’accompagner des parcours de PMA réalisées à l’étranger, à travers des prescriptions médicales, notamment d’examens ou de stimulation ovarienne. La plupart des professionnels assument ce rôle de coordination.
Une étude publiée dans la Revue d’épidémiologie et de santé publique, en août 2014, montrait aussi que parmi les médecins consultés par des couples homosexuels souhaitant devenir parents, 48,5 % l’avaient été, entre autres, « pour des conseils en vue d’inséminations réalisées par la femme elle-même ».
Sonia Eguavoen, sage-femme à Paris, a déjà été sollicitée dans le cadre de projets d’insémination artisanale : « Souvent, les femmes sont bien renseignées. Je leur explique comment calculer leur cycle, voir à quel moment elles ovulent. On aborde aussi la question des infections sexuellement transmissibles. Le matériel n’est pas technique, il suffit d’une seringue ou d’une pipette. »
Une gynécologue parisienne, inscrite sur une liste de praticiens « gay friendly », a surtout été amenée à suivre des parcours de PMA à l’étranger, mais évoque un couple de femmes qui souhaitaient réaliser une insémination artisanale : « Elles avaient une réflexion tout à fait aboutie et avaient besoin d’un regard médical. Je me suis assurée qu’elles ne mettraient pas le sperme dans le cul-de-sac vaginal [fond du vagin qui entoure le col de l’utérus]. »
Le Dr Pierre Jouannet, membre de l’Académie nationale de médecine et rapporteur de l’étude publiée dans la Revue d’épidémiologie et de santé publique, parle d’un « paradoxe qui confine à l’absurdité » : « On a permis à ces couples de se marier, d’adopter, mais les femmes qui souhaitent procréer pour devenir mères vont à l’étranger ou font des inséminations artisanales en France, et pas dans les meilleures conditions éthiques et sanitaires. » Il poursuit : « Toutes proportions gardées, cette situation ressemble à celle de l’avortement il y a quarante ans. On interdit aux femmes d’accéder à un acte auquel elles ont recours de toute façon. De plus, elles demandent à leurs médecins de les aider. »
