Le Guatemala, pays d'Amérique centrale, est au centre d'un débat passionné concernant le droit à l'avortement. Des décisions récentes du parlement ont suscité des réactions contrastées, tant au niveau national qu'international. Cet article vise à explorer la situation actuelle, les enjeux et les perspectives d'avenir.

Un Durcissement des Lois sur l'Avortement

Le Parlement du Guatemala, dominé par les conservateurs, a alourdi les peines de prison réprimant l'avortement. Cette décision, prise lors de la Journée internationale pour les droits des femmes, a suscité une vive controverse. La loi punit d'une peine allant jusqu'à 50 ans de prison quiconque effectue "un avortement ou des manœuvres abortives sans le consentement de la femme" et qui provoquent son décès.

L'avortement thérapeutique, seul autorisé au Guatemala lorsque la vie de la mère est en danger, est également plus fortement encadré. Cette mesure a été saluée par certains députés, comme Armando Castillo du parti VIVA (droite), qui estime qu'elle est "une loi importante pour la société guatémaltèque".

Réactions et Critiques

Cependant, d'autres élus ont exprimé leur désaccord. La députée Lucrecia Hernandez du parti Semilla (centre gauche) a souligné que "l'interruption d'une grossesse a un impact dévastateur et cette loi transforme automatiquement en suspecte une femme malgré la douleur qu'elle peut ressentir". Elle a également dénoncé la criminalisation des fausses couches.

Le député Walter Felix du parti URNG (gauche) a qualifié le texte de "totalement discriminatoire" et d'incitation à la haine, affirmant qu'il viole les droits humains d'une partie significative de la population.

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Interdiction du Mariage Homosexuel et de l'Enseignement sur la Diversité Sexuelle

Parallèlement au durcissement des lois sur l'avortement, le Parlement a interdit le mariage entre personnes du même sexe et l'enseignement sur la diversité sexuelle. Le texte réforme le Code civil en stipulant que "le mariage entre personnes du même sexe est expressément prohibé" au Guatemala.

Il interdit également aux entités éducatives publiques et privées de promouvoir auprès des enfants et adolescents des politiques ou des programmes qui tendent à dévier leur identité de leur identité sexuelle de naissance. Cette mesure a été critiquée comme étant "totalement discriminatoire" et violant les droits humains.

Le Guatemala, "Capitale Pro-Vie d'Amérique Latine"

Suite au vote de cette loi, le Guatemala a été désigné "capitale pro-vie d'Amérique latine" par un groupe religieux traditionaliste. Cette désignation souligne l'orientation conservatrice du pays en matière de droits reproductifs et de droits des minorités sexuelles.

Marche arrière et Veto Présidentiel

Malgré l'adoption initiale de la loi, les députés ont finalement enterré le texte face à une vague de manifestations et de protestations. Le président Alejandro Giammattei, bien qu'opposé à l'avortement et au mariage entre personnes de même sexe, a annoncé qu'il opposerait son veto au projet de loi, invoquant des "lacunes techniques" et une violation de la Constitution.

Cette position a pris de court les analystes et les militants des droits de l'homme, d'autant plus que deux jours plus tôt, le chef de l'État avait assisté à une cérémonie déclarant le Guatemala "capitale pro-vie de l'Amérique Latine".

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Impopularité du Président et Pression Internationale

L'impopularité du président Giammattei, qui bat des records nationaux en la matière, a également été un facteur déterminant dans sa décision de s'opposer à la loi. S'opposer à cette loi semblait donc être la moindre des choses, en tout cas pour calmer la colère et l’inquiétude qu’elle a provoqué dans le pays et à l’international. La Commission interaméricaine des droits de l’homme a d’ailleurs salué cette décision.

La Situation Actuelle de l'Avortement au Guatemala

Malgré le recul de la loi controversée, le Guatemala reste l'un des pays les plus durs en matière d'avortement en Amérique Latine. L'actuelle législation réprime toujours l'IVG avec des peines pouvant aller jusqu'à trois ans de prison, ne l'autorisant que si la vie de la mère est en danger.

Défis Socio-Économiques et Grossesses Non Désirées

La Hora souligne que le pays devrait plutôt s’inquiéter de la violence chronique, des homicides, de la malnutrition des plus petits, du manque de médecins, et des grossesses non désirées. L'an dernier, plus de 72 000 jeunes filles âgées de 10 à 14 ans ont accouché, parmi elles plus de 2 000 grossesses seraient liées à un viol, selon le quotidien.

La Vague Verte en Amérique Latine

Le Guatemala prend à rebours une tendance de fond à l’œuvre en Amérique latine, où la vague verte marque la réémergence d’un féminisme de mobilisation. Depuis 2015, le pañuelo verde (foulard vert) a envahi les rues des capitales latino-américaines et les réseaux sociaux, revendiquant le droit à l'avortement.

Législation en Amérique Latine : Dépénalisation Partielle vs Légalisation

En Amérique latine, les législations nationales sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sont majoritairement régies selon une logique de dépénalisation partielle. La dépénalisation, partielle ou non, est distincte de la légalisation en ce qu’elle s’inscrit dans une logique prohibitionniste. Avant la vague verte, seuls trois pays légalisaient l’avortement : Cuba, le Guyana et l’Uruguay.

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Avancées et Reculs dans la Région

Le vote de la loi 27.610 en Argentine, légalisant l'IVG, représente la consécration la plus emblématique de la marea verde. Au Mexique et en Colombie, des avancées législatives en termes de dépénalisation sont considérables. Cependant, au Chili, la dépénalisation partielle de l’avortement est loin de représenter une victoire, avec une procédure très encadrée et l’utilisation de l’objection de conscience.

Le Droit à l'IVG dans le Monde

Alors qu’une grossesse sur quatre se termine par un avortement chaque année, dans le monde, plus de 40 % des femmes en âge de concevoir vivent dans des Etats aux lois restrictives. L’avortement est encore interdit dans près d’une vingtaine de pays, notamment en Afrique et en Amérique du Sud.

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