L'histoire de la pilule abortive en France est intimement liée à l'évolution des droits des femmes et aux débats passionnés sur la contraception et l'avortement. Des prémices clandestines aux avancées législatives, en passant par les crises sanitaires et les controverses éthiques, ce parcours complexe témoigne d'une société en constante mutation.
Les prémices de l'avortement en France : du XIXe siècle à Vichy
Dès l'Antiquité, les femmes ont cherché des moyens de mettre fin à des grossesses non désirées. Au XIXe siècle, malgré l'interdiction de l'avortement par le code pénal de 1810, des publicités pour des potions abortives et des services de sage-femmes discrètes étaient courantes. L'avortement était alors une méthode pour limiter les naissances dans une France malthusienne, où le désir d'offrir un avenir meilleur à chaque enfant était croissant. Les lois restreignant le travail des enfants rendaient également l'enfant moins « rentable ». Contrairement aux idées reçues, l'avortement concernait tous les milieux sociaux, et était souvent pratiqué par des mères de famille ne pouvant subvenir aux besoins d'une bouche supplémentaire.
Les techniques d'avortement se sont diversifiées au XIXe siècle, avec l'utilisation de liquides introduits dans l'utérus (eau de Javel, eau savonneuse) ou d'instruments tranchants pour percer la poche amniotique. Au XXe siècle, les avorteurs utilisaient de plus en plus une sonde introduite dans le vagin pour provoquer un avortement après quelques jours.
La tolérance relative envers l'avortement a pris fin en 1870, avec la montée du natalisme après la guerre franco-prussienne. L'avortement était alors considéré comme un crime contre la patrie. En 1920, une loi interdit l'avortement, la contraception et toute propagande anticonceptionnelle. Sous le régime de Vichy, en 1942, l'avortement devint un crime d'État, passible de la peine de mort.
La difficile quête de la légalisation : de la loi Neuwirth à la loi Veil
Après la Libération, si la peine de mort pour les avorteuses est supprimée, l'interdiction de l'avortement est maintenue. Il faut attendre la loi Veil de 1975 pour voir la dépénalisation de l'avortement, qui devient alors Interruption Volontaire de Grossesse (IVG).
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La loi Neuwirth de 1967, autorisant la contraception sur prescription médicale, a été une étape cruciale. Lucien Neuwirth, député gaulliste, a mené un long combat pour faire adopter cette loi, malgré l'hostilité initiale du général de Gaulle. La loi Neuwirth a permis la diffusion de la pilule et du dispositif intra-utérin (DIU), marquant le début de la médicalisation de la contraception.
La loi Veil du 17 janvier 1975 a finalement légalisé l'IVG, permettant aux femmes de maîtriser leur fécondité et de se protéger des grossesses non désirées. Simone Veil, alors ministre de la Santé, a défendu avec force cette loi, malgré les violentes critiques et les menaces. La loi Veil a été un tournant majeur dans l'histoire des droits des femmes en France.
L'évolution de la contraception en France : de la médicalisation à la crise de la pilule
La légalisation de la contraception et les campagnes gouvernementales ont permis la diffusion de la pilule et des DIU prescrits par des professionnels de santé. La contraception est devenue médicalisée, et le recours au retrait a diminué, impliquant moins les hommes dans le contrôle de la fécondité.
Cependant, la contraception en France a connu des crises et des remises en question. En 2012, la « crise des pilules » a éclaté suite à la médiatisation du dépôt de plainte d'une jeune femme victime d'un accident vasculaire cérébral qu'elle imputait à sa contraception orale de nouvelle génération. Cette crise a entraîné une baisse du recours à la pilule et une interrogation sur la responsabilité masculine en matière de contraception.
La pilule du lendemain et les enjeux contemporains
Depuis 1999, la pilule du lendemain est disponible en pharmacie sans prescription médicale, et depuis 2002, elle est délivrée gratuitement et anonymement aux mineures. Cette mesure a permis de réduire le nombre de grossesses non désirées chez les adolescentes.
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Aujourd'hui, la contraception en France est marquée par une diversité de méthodes et une évolution des pratiques. La pilule reste le premier moyen contraceptif utilisé, mais sa vente est en baisse régulière depuis dix ans. La contraception masculine est un enjeu important, avec la recherche de nouvelles méthodes pour impliquer davantage les hommes dans le contrôle de la fécondité.
Les dates clés de l'histoire de la contraception et de l'avortement en France
- 1920 : La loi du 31 juillet interdit la contraception et l'avortement.
- 1956 : Création de la première association française de contraception, « La Maternité heureuse ».
- 1967 : La loi Neuwirth légalise la contraception sur prescription médicale.
- 1974 : La pilule contraceptive est remboursée par la Sécurité sociale.
- 1975 : La loi Veil légalise l'IVG.
- 1999 : La pilule du lendemain est disponible en pharmacie sans prescription médicale.
- 2012 : La « crise des pilules » remet en question la contraception orale.
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