L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France depuis la loi Veil de 1975. Cependant, l'expérience d'un avortement peut engendrer des émotions complexes et parfois douloureuses. Des groupes de parole et des témoignages émergent comme des espaces essentiels pour les femmes et les hommes confrontés à ce vécu, offrant soutien, compréhension et un chemin vers la guérison.
Le Besoin d'Exprimer et de Partager
Après un avortement, il est courant de ressentir un large éventail d'émotions, allant du soulagement à la tristesse, en passant par la culpabilité ou le regret. L'isolement peut exacerber ces sentiments. Les groupes de parole offrent un espace sécurisé où les personnes peuvent partager leurs expériences sans jugement, se sentir comprises et briser le tabou qui entoure encore l'IVG.
Emma Grizak, ayant elle-même eu recours à une IVG, a créé les Cafés IVG à Lyon pour répondre à l'absence de groupes de parole sur ce sujet. Elle souligne l'importance de ces lieux pour discuter des expériences de chacun, en particulier dans le contexte politique actuel.
Linda Fali-Bouali, conseillère conjugale et familiale au Centre de Santé Sexuelle Simone Veil d'Issy-les-Moulineaux, a mis en place un groupe de parole sur l'IVG. Elle constate que de nombreuses femmes évoquent spontanément leur IVG lors d'entretiens individuels, révélant un besoin de revenir sur cet épisode pour l'intégrer émotionnellement.
Associations et Initiatives de Soutien
Plusieurs associations se consacrent à l'accompagnement des personnes confrontées au deuil périnatal, y compris celles qui regrettent un avortement. Elles proposent des groupes de parole, des entretiens individuels et d'autres formes de soutien :
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Agapa accompagne les femmes confrontées au deuil périnatal, y compris celles qui regrettent un avortement. Elle propose un accompagnement personnel des femmes ou des hommes ayant été confrontés à l’IVG ou à l’IMG, à travers des rencontres (en différents lieux de France) ou à distance (téléphone ou visio). Agapa propose aussi des groupes de parole qui réunissent des parents confrontés au deuil périnatal et à l’IMG (interruption médicale de grossesse).
Mère de Miséricorde propose une écoute téléphonique anonyme et sans jugement aux personnes ayant été confrontées à l’IVG ou l’IMG. Cette association pro-vie est catholique, mais l’écoute proposée est aconfessionnelle. Mère de Miséricorde propose aussi des sessions spirituelles catholiques pour les personnes, femmes et hommes, confrontées, parfois depuis longtemps, au deuil d’un enfant non né. « Portées par une communauté de prière, elles comportent des temps d’enseignements et de méditation, des ateliers créatifs, des veillées, un accompagnement individuel et personnalisé.
Le Groupe de libération de la parole post-IVG à Lyon offre un espace d'échange un mercredi par mois au sanctuaire de Fourvière, avec une équipe de bénévoles comprenant une écoutante, un médecin, un psychologue et un prêtre catholique.
SOS bébé est un site d’information et de soutien aux femmes qui se posent la question de l’IVG, aux personnes confrontées au regret de l’avortement ou à la douleur d’une fausse-couche.
Le Planning familial : Ce mouvement féministe d'éducation populaire défend toujours les droits des femmes à disposer de leur corps. Sur ce sujet, Le planning familial propose des groupes de parole. Souvent les femmes ne viennent pas directement consulter pour cette problématique. Le souci est détecté au cours de la discussion.
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Témoignages : Des Voix qui Brisent le Silence
Les témoignages de femmes ayant vécu un avortement sont précieux pour déconstruire les idées reçues et offrir une perspective réaliste et nuancée. Ils permettent de comprendre la diversité des expériences et des émotions associées à l'IVG.
Célia, 28 ans, témoigne de son expérience difficile après un avortement : « Même si je connais toutes les circonstances, je ne peux m’empêcher d’être malheureuse. Ce bébé était un miracle, et aujourd’hui, il me manque. Je suis en colère contre la vie qui m’a joué un mauvais tour. Je pense à lui, je l’imagine jouer avec ses sœurs, et je m’en veux de n’avoir pas été assez forte pour le garder. Je ne vis plus la vie comme avant. J’essaie de faire tout ce que je peux pour être une bonne maman pour mes filles. Je vois des thérapeutes, et ça m’aide à progresser. Mais par moments, je suis vraiment très triste. J’aimerais discuter avec des femmes qui ont vécu ça.
Masha, créatrice de contenus sur la sexualité, a partagé son expérience d'IVG médicamenteuse sur Instagram sous forme de vlog, témoignant des difficultés et des émotions rencontrées. Elle a été sidérée par le nombre de posts hostiles à l’avortement que ses réseaux sociaux suggèrent sous sa recherche, la Nîmoise décide donc de se filmer, racontant son IVG médicamenteuse jour après jour sous la forme d’un vlog, vidéo qu’elle publie sur profil Instagram, trois semaines plus tard. Le lendemain de l’ingestion du premier comprimé - une IVG médicamenteuse consistant à prendre successivement deux médicaments, l’un pour interrompre la grossesse, l’autre pour expulser l’embryon -, on l’y voit ainsi témoigner sans fard : « Je suis très très fatiguée et je ne m’attendais pas à saigner aujourd’hui.
D'autres femmes partagent leurs histoires sur des plateformes comme IVG.NET, où leurs témoignages authentiques sont publiés avec leur accord.
L'Importance de la Recherche et de la Mémoire
L'Institut national de l'audiovisuel (INA) a lancé une collecte de témoignages sur l'avortement, cherchant à recueillir les récits des femmes qui ont vécu une grossesse non désirée avant la légalisation de l'IVG en 1975. Cette initiative vise à combler les lacunes de l'histoire en donnant la parole aux actrices anonymes de cette lutte.
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Bibia Pavard, historienne participant à la coordination scientifique de cette collecte, souligne l'importance de ces témoignages pour documenter et raconter une histoire inédite.
Surmonter le Regret et Choisir la Vie
Pour certaines femmes, le regret d'un avortement peut être une souffrance profonde. Il est essentiel de reconnaître cette douleur et de chercher un soutien adapté.
Des associations et des accompagnateurs se consacrent à aider les femmes qui regrettent leur IVG, les aidant à vivre le deuil et à avancer, sans nier qu'une vie a été irrémédiablement tuée. Ils les aident à être vivantes, à être heureuses même.
Le Père Laurent Spriet a écrit un livre intitulé "Se relever après un avortement : moi non plus je ne te condamne pas", destiné aux femmes qui regrettent leur avortement et qui sont ouvertes à la spiritualité. Il y partage les témoignages de sept femmes qui se sont relevées grâce à leur foi.
Il existe aussi des sessions spirituelles catholiques pour les personnes, femmes et hommes, confrontées, parfois depuis longtemps, au deuil d’un enfant non né. « Portées par une communauté de prière, elles comportent des temps d’enseignements et de méditation, des ateliers créatifs, des veillées, un accompagnement individuel et personnalisé.
Quand on est écrasé par le regret d’un avortement, il peut être difficile d’imaginer ressentir encore du bonheur. Pourtant, chaque femme a la possibilité de choisir de vivre. Votre enfant non né ne vous demande pas de mourir avec lui. Vos proches ont besoin que vous choisissiez la vie. Ceux qui croient en Jésus ou qui sont ouverts à découvrir son action, peuvent bénéficier en plus de cette source de Vie. Jésus accorde le pardon à ceux qui regrettent le mal qu’ils ont fait. Je n’ai pas besoin de souffrir d’une manière proportionnée au mal que j’ai fait. Jésus a pris sur lui les conséquences de mes péchés et il a porté la souffrance du monde. La douleur de son cœur a été bien plus grande que sa douleur physique sur la Croix. Si je souffre profondément d’avoir supprimé mon enfant, je peux puiser la force de me relever en contemplant Jésus crucifié qui porte cette souffrance avec moi. Une femme ou un homme ayant un jour choisi de donner la mort peut donc devenir source de vie pour ses proches et pour le monde. Au cœur de ma souffrance, Dieu me dit : « Choisis donc la vie ! 1 Ainsi des parents ayant déjà avorté, regrettant l’avortement et ayant demandé pardon, ont accueilli le pardon de Dieu et sont devenus des parents pleins d’amour pour leurs autres enfants, pour lesquels ils sont devenus source de vie, plutôt que de se laisser détruire par la culpabilité.
On peut aussi donner l’exemple de l’Américaine Abby Johnson qui a avorté deux fois, et qui est devenue directrice d’une clinique d’avortements où elle a contribué à des milliers d’IVG. Quand elle a pris conscience que l’avortement consistait à tuer un être humain, elle s’est d’abord sentie écrasée par la culpabilité. Mais elle a choisi de faire confiance à Dieu, d’accueillir le pardon, et aujourd’hui, vivant pleinement sa foi catholique, elle fait beaucoup de bien en donnant son témoignage partout aux États-Unis.
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