Introduction
Cet article explore le monde de l'auto-édition à travers le prisme des réflexions d'une graphiste et auteure, que nous appellerons Camille, en utilisant le pseudonyme "Poisson Fécond". Camille partage ses observations sur les contradictions, les espoirs déçus et les réalités souvent paradoxales de ce secteur en pleine mutation. Elle offre une perspective critique sur l'évolution du rôle de l'auteur, l'impact des plateformes numériques et les motivations profondes qui animent ceux qui aspirent à l'écriture.
L'Ancien Monde Éditorial : Contraintes et Libertés
Camille, issue de "l'Ancien Monde éditorial", souligne son absence d'influence sur les ventes de ses livres, une prérogative de l'éditeur. Cette situation, bien que limitative, lui convenait car elle n'avait aucun talent pour la promotion et la commercialisation. L'éditeur traditionnel disposait de moyens (attachés de presse, service commercial, réseau de représentants) qui lui étaient inaccessibles, lui permettant de se concentrer sur son métier : écrire.
Le Nouveau Monde Éditorial : Un Terrain d'Apprentissage et d'Entraide
Avec l'avènement du numérique, Camille découvre un nouvel univers où elle peut maîtriser divers aspects de l'édition : mise en page, graphisme de couverture, correction. Elle souligne l'importance de l'entraide bénévole et la possibilité d'apprendre plusieurs métiers sur le tas. La vente au format numérique offre des outils pour jouer avec les algorithmes et assimiler des rudiments d'e-commerce : trailer vidéo, enregistrement audio, feuilletage d'extrait gratuit, mise en place de rabais ou de promotion, publicité sur divers supports, etc. Pour la vente de livres physiques, elle recommande de consulter les sites internet d'Alan Spade ou de Guy Morant.
Paradoxes et Contradictions des Auteurs Indépendants
Camille observe des contradictions chez les auteurs indépendants. Souvent issus de milieux socio-culturels diversifiés, avec un tempérament anarchiste et des idées de gauche affirmées, ils détestent tout ce qui les classe et se veulent indépendants. Cependant, ils se soumettent à "l'hypercapitalisme débridé des plateformes commerciales", avec leur "omnipotent classement des ventes".
Un ami de Camille note que "les indés ne veulent surtout pas savoir ce que vaut leur livre. S’il se vend bien, c’est qu’il est bon, point final. En fait, ils adoptent le point de vue de Kindle Direct Publishing". La compétition, valeur de droite, est omniprésente, avec la crainte du "mauvais commentaire d’un auteur forcément jaloux" et la recherche constante de nouvelles formules pour relancer les ventes, parfois par la manipulation.
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La surproduction est un autre problème, comme le souligne une autre auteure indépendante : « Tu l’as publié en MARS ??? ah bah cherche pas plus loin ! Un livre rapporte en moyenne environ 3 a 4 mois ! Apres il est relancé par les nouveaux qui font de la pub aux anciens ! Pourquoi crois tu que je suis à mon 17eme romans en 3ans. » Cette surproduction noie les œuvres de qualité dans un océan de "niaiseries lucratives à peine écrites", selon Guy Morant, sans compter les arnaques.
Rééquilibrage des Forces ou Récupération ?
Initialement, Camille voyait l'auto-édition comme une occasion de rééquilibrer les rapports de force auteurs/éditeurs et d'inciter les éditeurs traditionnels à évoluer. Cependant, les auto-publiés qui réussissent sont devenus le vivier des éditeurs grand public, qui font ainsi l'économie d'un service des manuscrits onéreux. Camille ne jette nullement la pierre à ces auteurs chanceux, bien au contraire, elle les félicite en toute sincérité. Mais cette opération de récupération la met vraiment furieuse. Parce que, si les indés doivent in fine ne servir qu’à fournir aux éditeurs tradi une sélection de succès déjà testée et approuvée par les lecteurs, on peut craindre que la bibliodiversité soit encore plus malmenée qu’auparavant.
Elle déplore que "la révolution du numérique" ait fait "pschitt" dans le secteur du livre, la récupération ayant tout broyé et absorbé. Les œuvres audacieuses sont encore plus réduites à la portion congrue. Comme le constate Thierry Crouzet, "Chaque fois que nous donnons un contenu, et je le fais à l’instant avec ce billet, nous alimentons le capitalisme cognitif, nous donnons aux plateformes plus de force, plus de pouvoir, une position de plus en plus prééminente au centre de la société. Donner, libérer, n’est peut-être pas le meilleur moyen de créer une société plus égalitaire, bien au contraire."
L'Écrivite Galopante : Chance, Fatalité ou Besoin de Reconnaissance ?
Camille aborde ensuite la question de "l'écrivite galopante", cette envie très française de devenir écrivain. Elle rappelle l'anecdote de la concierge de Cioran, qui pensait que les écrivains ne faisaient rien, ou la cadre d'entreprise qui estimait qu'ils ne devraient pas avoir le droit de vote. Pourtant, un Français sur trois rêve de devenir écrivain.
Elle s'interroge sur les motivations profondes de ce désir. Pour elle, l'écriture a toujours été une fatalité, "Bon qu'à ça", comme disait Samuel Beckett. Elle cite des études montrant une plus grande proportion de troubles mentaux et de souffrances infantiles chez les écrivains.
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Elle évoque ensuite le prestige associé à l'écrivain, une rémanence du XIXe siècle, et l'envie suscitée par sa liberté. Cette liberté de s'emparer de tel ou tel thème et de le traiter sous telle ou telle forme, la nécessité d'avoir "la nuque raide" et de résister aux suggestions des éditeurs. Un écrivain, c’est aussi un type, un caractère, qui comprend la ténacité poussée jusqu’à l’absurde, l’esprit de défi, la capacité de résilience, le goût du combat.
Elle constate que les réactions face à son statut d'écrivain ont changé. On attend souvent d'un livre une reconnaissance, une compensation, voire une réparation. Elle raconte l'histoire de cette femme qui lui a remis un dossier judiciaire, espérant qu'elle se ferait le héraut de ses problèmes. De même, des inconnus la contactent pour qu'elle écrive leur histoire et leur garantisse un succès planétaire. Mais quand on y pense, ces inconnus n’ont pas tort de considérer qu’une des tâches de l’écrivain est de se faire le porte-voix de ceux qui en sont privés : les victimes, les marginaux, les illettrés, les morts.
Elle aborde également la question de la "prétention" associée au fait de s'autoproclamer "auteur" ou "écrivain", amplifiée par les technologies numériques et les médias sociaux.
En fin de compte, écrire et publier des livres, est-ce une chance, une liberté, un moyen d’obtenir une reconnaissance, du prestige, une réparation ? Camille conclut qu'elle n'a fait qu'explorer de façon très insuffisante les possibles motivations des innombrables Français qui aspirent à devenir écrivains.
L'Importance des Lecteurs et des Commentaires
Camille souligne l'importance des lecteurs et des commentaires dans le Nouveau monde éditorial. L’effacement des filtres entre l’auteur et ses lecteurs est un progrès qu’elle apprécie. Les commentaires et les chroniques comptent beaucoup pour renforcer le crédit des livres autopubliés, dans la mesure où les auteurs indés sont privés de la médiation éditoriale. De plus, ces avis offrent un aperçu direct sur la réception des ouvrages, c’est-à-dire sur la façon personnelle qu’a chaque lecteur de les appréhender. Et c’est passionnant ! Mais une chose l’étonne : l’importance démesurée que certains indés attribuent aux commentaires. Ils en attendent souvent quelque chose de constructif, qui les aid…
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