L'affaire de Gammy, un bébé thaïlandais atteint de trisomie 21, abandonné par un couple australien ayant eu recours à une mère porteuse, a mis en lumière les complexités éthiques et juridiques entourant la gestation pour autrui (GPA). Cette histoire, initialement révélée par la presse thaïlandaise, a non seulement suscité un vif débat éthique, mais a également déclenché une vague de dons pour soutenir l'enfant et sa mère porteuse.
Les Faits : Une Histoire de GPA et d'Abandon
Pattaramon Chanbua, une jeune Thaïlandaise de 21 ans déjà mère de deux enfants, a porté des jumeaux pour un couple australien dans le cadre d'un accord de GPA. Cependant, après la naissance, le couple serait reparti en Australie avec la jumelle bien portante, laissant derrière eux Gammy, le garçon atteint de trisomie 21, ainsi que d'une infection pulmonaire et d'un problème cardiaque.
La jeune mère thaïlandaise a exprimé son amour inconditionnel pour Gammy, déclarant qu'elle l'élèverait et ne l'abandonnerait jamais. Elle a également souligné qu'elle n'avait jamais envisagé d'avorter malgré la trisomie 21 de l'enfant, en raison de ses convictions religieuses bouddhistes et des lois thaïlandaises qui interdisent l'avortement, sauf en cas de danger pour la santé de la mère ou en cas de viol.
Réactions et Conséquences en Australie
L'affaire a provoqué une indignation généralisée en Australie, avec de nombreuses personnes condamnant l'attitude du couple australien. Le ministre australien de l'Immigration, Scott Morrison, a qualifié l'histoire de "terrible, absolument horrible et déchirante", tout en saluant la mère thaïlandaise comme une "sainte".
Cette affaire a également relancé le débat sur les questions morales et légales entourant la GPA à l'étranger. Bien que la GPA dans le cadre d'un échange financier ne soit pas autorisée en Australie, de nombreux couples australiens se rendent chaque année à l'étranger pour trouver des mères porteuses.
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Le Débat sur la GPA : Éthique, Droit et Exploitation
L'affaire Gammy a mis en évidence plusieurs questions cruciales concernant la GPA :
- L'éthique de la sélection embryonnaire : Le couple australien aurait demandé à Pattaramon d'avorter après avoir découvert la trisomie 21 du garçon. Cette situation soulève des questions sur l'eugénisme et la valeur accordée à la vie des personnes handicapées.
- L'exploitation des femmes : La GPA commerciale soulève des préoccupations quant à l'exploitation des femmes, en particulier dans les pays en développement où la pauvreté peut les contraindre à porter des enfants pour des étrangers. Bill O'Chee a même comparé la location d'utérus à la prostitution.
- Les droits de l'enfant : Les enfants nés par GPA peuvent se retrouver dans des situations juridiques complexes, en particulier lorsque les lois des différents pays divergent. L'affaire Gammy a souligné la nécessité de garantir la sécurité juridique et la protection des droits de ces enfants.
- La commercialisation du corps : Les opposants à la GPA y voient une marchandisation du corps de la femme et de l'enfant, tandis que ses partisans estiment qu'elle peut offrir une solution aux couples infertiles qui souhaitent avoir des enfants.
La Situation Juridique et les Restrictions en Thaïlande et en Australie
La Thaïlande est devenue une destination populaire pour la GPA en raison de ses réglementations laxistes. Cependant, à la suite de l'affaire Gammy et d'autres scandales, le gouvernement thaïlandais a décidé de durcir les règles. Un projet de loi a été rendu public, prévoyant d'autoriser la GPA uniquement pour les couples mariés et interdisant aux mères porteuses d'utiliser leurs propres ovules.
En Australie, seule la GPA altruiste, non rémunérée, est autorisée. Les Australiens qui se rendent à l'étranger pour recourir à la GPA ne sont pas concernés par ces restrictions, ce qui crée une situation complexe et soulève des questions de compétence juridique.
Les Alternatives et les Perspectives d'Avenir
Face aux défis éthiques et juridiques de la GPA à l'étranger, certains pays envisagent des modèles de GPA encadrée, considérés comme plus éthiques. Cependant, ces modèles restent controversés et soulèvent des questions sur la commercialisation du corps et l'exploitation des femmes.
D'autres alternatives pour les couples infertiles incluent l'adoption, la fécondation in vitro (FIV) avec don d'ovocytes ou de sperme, et l'acceptation de ne pas avoir d'enfants.
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Témoignages et Points de Vue
- Pattaramon Chanbua : La mère porteuse thaïlandaise a exprimé son amour pour Gammy et sa détermination à l'élever. Elle a également souligné l'importance de ses convictions religieuses et de sa confiance envers l'agence et le couple d'Australien.
- Scott Morrison : Le ministre australien de l'Immigration a condamné l'attitude du couple australien et salué la mère thaïlandaise.
- Yvette Roudy : L'ancienne ministre socialiste des Droits des femmes a souligné les dérives d'un commerce entre des parents riches et des femmes pauvres qui louent leur ventre et a estimé que la question de la transcription en droit français de la filiation doit être examinée « au cas par cas ».
- Marie-Josèphe Bonnet : L'historienne et féministe a estimé que « ce qui se passe en Thaïlande est tout à fait exemplaire de ce qui risque arriver en Europe, et en France en particulier ».
- Gita Aravamudan : La féministe indienne a dénoncé les abus de la GPA en Inde, tout en soulignant que certaines mères porteuses ont vu leur vie changer grâce à l'argent qu'elles ont gagné.
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