Introduction

Göbekli Tepe, signifiant « colline au nombril » en turc, est un site archéologique majeur situé dans le sud-est de la Turquie, près de la ville de Şanlıurfa. Datant d'environ 9600 à 8800 avant notre ère, ce site néolithique précéramique remet en question les théories établies sur l'émergence de la civilisation, en particulier en ce qui concerne la relation entre la sédentarisation, l'agriculture et le développement des pratiques rituelles et religieuses. Les fouilles intensives menées depuis 1995 ont mis au jour des structures monumentales impressionnantes, ornées de sculptures et de bas-reliefs complexes, suggérant une organisation sociale et une pensée symbolique avancées pour l'époque.

Découverte et Contexte Géographique

Connu depuis les années 1960, Göbekli Tepe n'a été identifié comme un site d'importance qu'à partir des années 1990, grâce aux travaux de Klaus Schmidt, de l'Institut archéologique allemand (DAI). Le site se trouve sur une éminence dominant la plaine, à environ 800 mètres d'altitude, dans une zone de collines et de steppes, à proximité de la frontière syrienne et à la limite du Kurdistan turc. Sa position stratégique, visible à des kilomètres à la ronde, n'est certainement pas un hasard.

Les Structures Monumentales de Göbekli Tepe

Le site de Göbekli Tepe se caractérise par de grandes constructions circulaires mégalithiques, souvent considérées comme « les premiers temples de l’humanité ». Ces structures, dont une vingtaine ont été identifiées grâce à des prospections géophysiques, consistent en des enceintes circulaires d'une vingtaine de mètres de diamètre, avec des murs en pierres sèches et un sol en terrazzo.

Les Piliers en Forme de T

L'élément le plus distinctif de Göbekli Tepe est sans doute ses piliers en forme de T, sculptés en calcaire. Ces piliers, dont certains atteignent 5,50 mètres de hauteur et pèsent environ 16 tonnes, sont disposés le long des murs des enceintes et par paires au centre de chaque structure. Plus de la moitié de ces piliers sont ornés de bas-reliefs représentant des animaux sauvages, principalement des mâles : lions, sangliers, renards, ours, onagres, taureaux, vautours, scorpions, serpents, varans, grues, cigognes, ibis et canards.

Les piliers centraux présentent des caractéristiques anthropomorphes, avec des bras et des mains sculptés sur les côtés, suggérant des figures humaines stylisées. L'absence de traits faciaux et de représentations féminines a conduit les chercheurs à interpréter ces piliers comme des représentations d'ancêtres mythiques ou de créatures d'un autre monde.

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Une Nouvelle Campagne de Fouilles

Une nouvelle campagne de fouilles a permis de découvrir une sculpture de sanglier grandeur nature en calcaire sur le site de Göbeklitepe (structure D du site). Elle était posée sur un piédestal orné de plusieurs dessins parmi lesquels un symbole en forme de H, deux serpents, un croissant, et trois visages ou masques humains. Sur le site de Karahantepe, une sculpture que les archéologues interprètent comme représentant un vautour a été trouvée. Mais c’est surtout une statue anthropomorphe haute de 2,30 mètres tenant son phallus qui retient l’attention. En effet, cette grande sculpture en pierre présente des similitudes avec un des panneaux découverts lors de fouilles Sayburç en 2021 qui comprend un personnage masculin qui tient son phallus dans la main droite.

Fonction et Interprétation du Site

La fonction exacte de Göbekli Tepe reste un sujet de débat parmi les archéologues. Cependant, il est largement admis qu'il s'agissait d'un site cérémoniel et rituel, utilisé pendant plusieurs siècles.

Un Lieu de Culte et de Rassemblement

Les structures monumentales, les sculptures complexes et l'absence de traces d'habitation domestique suggèrent que Göbekli Tepe n'était pas un lieu de vie, mais plutôt un centre cultuel où les communautés se rassemblaient pour des cérémonies et des rituels. La construction de ces structures nécessitait une organisation sociale et une coordination importantes, ce qui indique que les sociétés de chasseurs-cueilleurs du Néolithique précéramique étaient plus avancées qu'on ne le pensait auparavant.

Chamanisme et Rituels Funéraires

Certains chercheurs, comme Klaus Schmidt, ont suggéré que Göbekli Tepe pourrait avoir été un lieu lié à des pratiques chamaniques, où les individus entraient en transe pour communiquer avec d'autres mondes. La découverte d'os humains épars pourrait également indiquer que le site était à l'origine un lieu de sépulture.

Göbekli Tepe et l'Émergence de la Pensée Symbolique

Göbekli Tepe témoigne de l'émergence d'une pensée symbolique structurée au début de l'Holocène. Les signes gravés sur les mégalithes traduisent l'émergence d'une pensée symbolique codifiée porteuse de mythes. La proposition récente d’Irving Finkel, conservateur au British Museum et expert mondial des écritures anciennes, concernant la « petite pierre verte » sur l'existence d'une proto-écriture dès le Xe millénaire av. J.-C. à Göbekli Tepe, et les recherches portant sur la culture mythologique des signes gravés du Néolithique atlantique, trouvent un point d'ancrage dans les travaux de l'archéologue Klaus Schmidt. En identifiant, au cœur du Proche-Orient (Sud-Est de la Turquie actuelle), ce qu'il a qualifié de « premier sanctuaire de l'humanité », Schmidt a ouvert la voie à une interprétation du site comme un espace de convergence où la fixation du sens par le signe devient une nécessité vitale.

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La "Petite Pierre Verte" et la Proto-Écriture

La découverte d'une "petite pierre verte" à Göbekli Tepe a suscité l'intérêt des chercheurs quant à l'existence d'une proto-écriture dès le Xe millénaire avant notre ère. Selon Irving Finkel, cette pierre, interprétée comme un sceau-cachet, suggère l'existence d'un système de validation de l'information à des fins administratives. Cette hypothèse s'inscrit dans la vision de Klaus Schmidt, pour qui les piliers de Göbekli Tepe constituent un dispositif d'énonciation symbolique où des idéogrammes (animaux, serpents, signes en « H ») interagissent selon une logique précise.

Parallèles avec l'Art Mégalithique Atlantique

La "petite pierre verte" présente des similitudes frappantes avec les signes gravés de l'arc atlantique, ce qui suggère une connexion culturelle et symbolique entre les populations néolithiques du Proche-Orient et de l'Europe occidentale. Les symboles hiéroglyphiques et pictographiques représentent un serpent qui monte, une figure humaine stylisée avec les bras levés, et un oiseau en envol. On retrouve ces figures au cairn de Gavrinis (Larmor-Baden, Morbihan) ou sur la Grande Pierre Levée à Saint-Macaire-en-Mauges (Maine-et-Loire).

Ces signes gravés, qu’ils ornent la façade atlantique ou les sanctuaires lointains, témoignent avant tout d’une volonté commune de codification. La jonction de ces approches définit le signe précéramique et néolithique comme l’émergence d’une pensée codifiée à base d’idéogrammes, vecteurs et moteurs de civilisation. Ainsi, si l’écriture semble naître d'un besoin comptable immédiat à Sumer, elle est également l'aboutissement d'une longue pratique du signe syntaxique, initiée dès les premiers sanctuaires du Proche-Orient.

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