La mythologie est un domaine riche en symboles et en récits qui explorent les origines, les croyances et les valeurs des sociétés anciennes. Dans cet article, nous plongerons dans l'univers fascinant des mythes marins, en particulier ceux liés à la fécondité, en examinant les figures divines, les créatures hybrides et les récits étiologiques qui illustrent ces thèmes. Nous aborderons notamment le rôle de la mer comme espace de rencontre et de transformation, ainsi que les liens entre les divinités marines et la fertilité.

La Mer : Un Espace de Rencontre et de Transformation

Pour les Anciens, la mer représentait souvent un espace étranger, un monde extérieur dont il fallait fixer les limites. Elle incarnait un univers différent, source de mystères et de dangers, mais aussi de ressources et de possibilités. Artémis personnifiait la frontière entre ces deux mondes, tandis que Dionysos s'amusait à les brouiller. Ces zones de séparation étaient également des zones de rencontre, où l'homme pouvait exploiter les ressources de la mer par la pêche.

Artémis et la Mer : Une Déesse des Rivages et des Confins

Artémis, figure divine bien étudiée, était associée aux espaces naturels et aux rivages. Elle courait, libre, à travers les étendues, préférant la compagnie des animaux à celle des hommes. L'Hymne homérique à Artémis célébrait sa puissance sur la nature, tandis que Callimaque la définissait comme gardienne des routes et des ports. Son espace recouvrait ainsi non seulement les bois et les montagnes, mais aussi les bords de mer, les promontoires et les ports.

Artémis à Aulis : Vents Contraires et Sacrifice

L'histoire des Grecs retenus à Aulis, racontée pour la première fois dans le récit du chœur de l'Agamemnon d'Eschyle, illustre le pouvoir d'Artémis sur la navigation. Dans cette version, Artémis empêchait le départ des bateaux pour Troie en envoyant des vents contraires, τινας ἀντιπνόους (v. 146-151). Ces vents du Strymon entraînaient l'arrêt forcé des Achéens, le mauvais état de la mer et le dommage des embarcations ainsi que la faim et la discorde parmi les équipages. Pour apaiser la déesse, Agamemnon devait sacrifier sa fille, Iphigénie.

Euripide consacra deux tragédies à cette légende : Iphigénie à Aulis et Iphigénie en Tauride. Dans cette dernière, le tragique imaginait la suite des aventures d'Iphigénie, sauvée in extremis grâce à Artémis et emmenée chez les Taures. La flotte fut ainsi retenue à Aulis par des vents d'aploia, empêchant toute navigation (Iph. Aul., v. 87-93 ; Iph. Taur. v. 4-30). La raison invoquée pour expliquer le courroux d'Artémis consistait dans le non-respect par Agamemnon d'une promesse faite à la déesse de lui vouer le plus beau produit de l'année ; or, ce fut cette année-là que naquit Iphigénie (ibid.). Après bien des hésitations et des subterfuges, le sacrifice de la jeune fille put avoir lieu (Iph. Aul. v. 1563-1603). Avant que soit porté le coup fatal, Achille prononça une prière adressée à Artémis, lui demandant en échange de la victime une navigation sans malheurs (πλοῦν ἀπήμονα) et la prise de Troie. La substitution d'Iphigénie par une biche fut ensuite accueillie par tous avec joie et interprétée par le devin Calchas comme un signe de l'envoi à venir par la divinité d'un vent favorable à la navigation (οὔριον πλοῦν). La version d'Ovide (Métamorphoses XII, v. 8-38) suivit celle du tragique : des vents furieux retinrent les navires à Aulis mais avec le sacrifice, les flots retombèrent comme la colère de la déesse qui envoya aux Grecs le vent en poupe.

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Diverses traditions affirmaient qu'Agamemnon continua par diverses offrandes d'assurer la bonne marche de la flotte achéenne vers Troie. Au sud de l'île, à Géraistos, un bateau de pierres dédié à Artémis d'Eubée était considéré comme un ex-voto du chef achéen pour la navigation de sa flotte (Procope, De bello Gothico IV, 22, 23-29). La dédicace, formulée en deux vers en hexamètres, rapportait l'offrande, son motif et son dédicant ; un autre fragment donnait le nom du sculpteur, Tynnichos, et la divinité honorée Artémis Bolosia. Procope assimila la divinité à Eileithyia, car il rapprocha l'épiclèse du mot βολάς exprimant selon lui les douleurs de l'enfantement. Hors de l'Eubée, Agamemnon consacra à la fille de Léto dans son temple samien du promontoire Chésion un gouvernail contre l'aploia qu'elle lui imposait - cette fois semble-t-il par l'absence de vent - (Callimaque, Hymme III, v. 225-232).

Le rôle d'Artémis dans la navigation des Grecs vers Troie apparut ainsi comme une création relativement tardive, de l'époque classique, dont la tragédie fixa définitivement les traits.

L'épopée argonautique et le rôle indirect d'Artémis

Dans les Argonautiques, Artémis ne jouait pas de rôle actif mais elle intervenait de manière indirecte dans le déroulement du voyage à deux reprises. Le jour du départ des héros, une fois la voile hissée et le bateau filant dans de bonnes conditions de navigation, Orphée se mit à chanter Artémis comme νηοσσόον, qui préserve les navires, et qui veille sur les skopias halos, c'est-à-dire les hauteurs d'où l'on peut observer la mer. À ce chant, les poissons, comme un troupeau devant son berger, suivirent le bateau en sautillant (Apollonios de Rhodes, Argonautiques I v. 569-579).

Au retour les Argonautes trouvèrent refuge, alors qu'ils étaient poursuivis par les troupes du frère de Médée, dans l'une des deux îles Brygéides, près de l'embouchure de l'Istros, consacrées à la déesse (Apollonios de Rhodes, Argonautiques IV, v. 329-335). Son hiéron, situé sur l'autre, était le théâtre du meurtre fratricide. Il est à noter ici la consécration supposée à Artémis de deux îles apparemment peu habitées voire désertes.

Dans les récits de navigations mythologiques, la divinité était rattachée à deux meurtres et non des moindres : un père envers sa fille et une sœur envers son frère ; pour le reste elle était évoquée dans le cadre de certains lieux auxquels elle était directement associée.

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Artémis-Britomartis - Diktynna : Une Assimilation Complexe

On ne pouvait aborder la mythologie et le culte d'Artémis sans étudier l'assimilation avec ces deux autres divinités : Britomartis et Diktynna. En effet, Artémis était honorée sous l'un ou l'autre nom ou même les deux. Il était donc nécessaire d'exposer les différentes traditions concernant l'une et l'autre en respectant leur chronologie afin de saisir leur évolution. L'approche la plus complète sur ce sujet a été réalisée par M. Guarducci qui a bien mis en évidence la chronologie et l'origine du syncrétisme.

Callimaque rapportait, dans un poème consacré à Artémis (Hymne III, v. 183-203) que Britomartis était une nymphe de Gortyne, chère à la fille de Léto en raison de leur habileté commune à la chasse. Minos, épris d'elle, la poursuivit longtemps jusqu'à ce que, sur le point d'être saisie par lui, elle se jeta du haut d'un rocher dans la mer pour être récupérée dans sa chute par des filets de pêcheurs. Depuis lors, elle est vénérée sous le nom de Diktynna. Le récit de Callimaque comportait deux points notables. Tout d'abord, il expliquait le nom donné à la Nymphe par celui du mont Dicté d'où elle se serait précipitée ; or, ce mont est situé à l'intérieur des terres, comme l'expliquait clairement Strabon (X, 4, 12-13) qui place le Diktynnéon sur le flanc du mont Tityros. Par ailleurs, le myrte n'était pas utilisé pour les couronnes de sa fête parce que c'est à ce feuillage que se prit son péplos dans sa fuite. Ces deux détails laissaient plutôt envisager deux versions du mythe de Britomartis-Diktynna : l'une avec Minos, le saut dans la mer et les pêcheurs, l'autre avec le mont Dicté et une chute causée par une branche de myrte.

Une version plus tardive d'au moins cinq siècles faisait de Diktynna une fille de Zeus et de Carmé, née sous le nom de Britomartis en Phénicie (Antoninus Liberalis, Métamorphoses XL). Arrivée en Crète et poursuivie par les assiduités de Minos, elle trouvait refuge auprès des pêcheurs qui la cachaient sous des filets, à la suite de quoi ils la vénéraient comme Diktynna. Diodore (Bibliothèque historique V, 76, 3-4) qui lui attribuait la même filiation, affirmait non seulement catégoriquement qu'elle représentait une divinité distincte d'Artémis, mais aussi que la légende concernant Minos et les pêcheurs n'était que mensonge de la part de gens non respectueux des dieux. Selon lui, la déesse était vénérée pour avoir inventé les filets de chasse, le reste n'étant qu'inventions impies. Cette identification évoquée par Diodore était également affirmée au travers de plusieurs sources. L'Hymne Orphique à Artémis l'invoquait comme Kydonienne aux formes changeantes, Kydonia étant le lieu de culte de Diktynna. Isis lors de son apparition à Lucius affirmait qu'elle était vénérée chez les Crétois sous le nom de Diane Diktynna (Apulée, Métamorphoses XI, 3-5). Hésychius (s.v. Britomartis) définissait Britomartis comme une Artémis crétoise, tandis que Britomartis était assimilée à la Lune-Diktynna selon un poème latin d'époque augustéenne (Pseudo-Virgile, Ciris, v. 301-305), ce qui renvoyait encore à Artémis.

Une dernière tradition expliquait encore le culte de Diktynna d'une manière différente (Mythographi vaticani II, 36). Une jeune femme nommée Britè, fille de Mars, s'était vouée à Diane de Crète : autrement dit, avait fait vœu de chasteté. Face au roi Minos qui tenta de la violenter, elle se jeta dans la mer où son corps fut récupéré dans des filets de pêcheurs. Après cet événement, une peste s'abattit sur l'île ; suite à un oracle, les habitants érigèrent un temple à Diane qu'ils appelèrent Diktynna. Ce récit faisait d'Artémis l'objet du culte des Crétois - et non plus une divinité distincte - puisque le mot de Diktynna apparaissait alors comme une épiclèse attribuée à la déesse.

Un point commun cependant reliait ces traditions : pour les Grecs, l'étymologie du nom Diktynna était apparentée à celui de δίκυον : le filet. L'assimilation entre Artémis et les Britomartis Diktynna ne se réalisait qu'à une époque tardive, pas antérieure à l'époque hellénistique : Diodore, le premier à l'évoquer, la discutait, ce qui montrait qu'elle n'était pas encore solidement établie à son époque. Britomartis et Diktynna constituaient de surcroît à l'origine deux entités divines distinctes : la première originaire du centre de la Crète, la seconde de sa partie orientale et à caractère marin.

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Témoignages Cultuels d'Artémis et des Divinités Associées

Les attestations de culte d'Artémis en relation avec la mer s'avéraient nombreuses, d'autant plus si on y ajoutait celles concernant des divinités locales qui lui ont été assimilées.

Attique : Mounichie et Salamine

À Mounichie, l'un des ports d'Athènes, Artémis recevait un culte sous l'épiclèse de Mounychia (Pausanias I, i, 4). Ce sanctuaire permettait à l'oracle delphien de désigner l'endroit sous le nom de hiéron aktèn dans la prophétie annonçant la victoire de Salamine grâce à un pont de bateaux (Hérodote VIII, 77). Le contexte exclusivement maritime et guerrier de l'événement associait ainsi implicitement la déesse à la mer et au succès de l'entreprise. Callimaque (Hymne III, v. 259) la qualifiait par ailleurs à Mounichie de gardienne du port (λιµενοσκόπος). Le sanctuaire fut le théâtre du renversement des Trente par les partisans de Thrasybule qui occupèrent la route qui menait depuis l'agora dessinée par Hippodamos jusqu'au hiéron (Xénophon, Helléniques II, 4, 11). Plusieurs mentions précisaient son emplacement sur un promontoire (akrôtèrion). De fait, le temple a été identifié avec un bâtiment situé sur le promontoire sud-ouest de Mounichie, qui a livré du matériel votif remontant à l'époque géométrique. Des fêtes appelées Mounichia étaient célébrées le l6 du mois de Mounichiôn au Pirée avec pompe et régates ; celles-ci, concourues par des éphèbes, ne sont pas attestées avant le dernier quart du IIe s. a. C.. Le nom donné au mois indiquait l'importance de ce culte d'Artémis. Ces festivités revêtaient d'autant plus de faste que ce jour constituait la date anniversaire de la bataille de Salamine. Certains n'hésitaient d'ailleurs pas à attribuer cette victoire à la bonne lune que la déesse avait montrée à cet instant critique.

Dès lors, il n'était pas surprenant de trouver à Salamine un sanctuaire d'Artémis signalé par Pausanias (I, xxxvi, 1), auquel semblait associé le trophée des Grecs consécutif au succés de 480 a. C.

Argolide : Trézène et Égine

En Argolide, le littoral de Trézène était consacré à Artémis, d'après un vers d'Euripide (Hippolyte, v. 227). Mais la présence de la déesse en contexte marin dans cette région n'était guère connue par ailleurs, si ce n'est à Égine.

Le temple d'Aphaia se trouvait au nord-est de l'île, au sommet d'un mont surplombant tout le territoire et les eaux d'Égine. L'étymologie du nom de la divinité divisait encore les spécialistes. Hésychius (s.v. Aphaia) établissait une parfaite correspondance entre Aphaia, Diktynna et Artémis. Il convenait donc de s'interroger sur la nature de ce culte.

Une tradition l'assimilait à la crétoise Diktynna, qui partait pour Égine sur la barque d'un pêcheur qui lui aussi prétendait à ses faveurs ; sautant alors dans l'eau, elle gagnait l'île et allait se cacher dans un bois où on lui éleva un temple sous le nom d'Aphaia (Antoninus Liberalis, Métamorphoses XL). Cette version dissociait un temple d'Artémis et un autre d'Aphaia. Quelques vers d'un poème augustéen (Pseudo-Virgile, Ciris, v. 301-305) rapportaient par ailleurs la croyance selon laquelle Britomartis, ayant survécu au saut crétois, serait la même jeune femme honorée à Égine sous le nom d'Aphaia.

Pausanias (II, xxx, 3), sans donner ces détails en ce qui concerne les mésaventures survenues dans l'île, affirmait que les deux divinités crétoise et éginète étaient les mêmes, dotées simplement d'épiclèses différentes ; mais pour les uns et les autres, il s'agissait à l'origine d'une Britomartis née des amours de Zeus avec une mortelle. Artémis intervenait dans le récit de Pausanias en tant que celle qui était à l'origine de la déification.

Hermaphrodisme et Mythe de la Fertilité

Au-delà des figures divines, l'étude des mythes liés à la fécondité nous conduit à explorer des phénomènes biologiques surprenants, tels que l'hermaphrodisme chez les poissons. L'hermaphrodisme, capacité d'un individu à être à la fois mâle et femelle, est courant chez les plantes et certains invertébrés, mais concerne également près de 500 espèces de poissons.

Les Différents Types d'Hermaphrodisme chez les Poissons

L'hermaphrodisme successif (ou séquentiel) est le plus fréquent, avec les individus qui passent d'un sexe à l'autre. On distingue :

  • L'hermaphrodisme protogyne : le poisson naît femelle puis devient mâle.
  • L'hermaphrodisme protandre : le poisson naît mâle puis devient femelle.
  • L'hermaphrodisme bi-directionnel : le poisson change de sexe plusieurs fois selon les besoins.

L'hermaphrodisme synchrone (ou continu) est un type plus rare, où les individus ont la possibilité d'avoir les deux sexes simultanément, tels le serran-chèvre et quelques Sparidés.

Facteurs Influant sur le Changement de Sexe

Le changement de sexe va dépendre de plusieurs facteurs. Chez certains poissons, la taille compte. Ainsi, la protogynie (femelle vers mâle) est souvent détectée chez les espèces avec un système social dominé par un mâle polygame et territorial. Par conséquent, les girelles restent femelles jusqu’à la disparition du mâle dominant. Autre cas de figure, dans des récifs très peuplés, certaines jeunes girelles deviennent directement de petits mâles pour grandir et profiter du fait qu’un seul mâle dominant ne pourra jamais satisfaire l’ensemble des femelles. Ainsi, chez les poissons-clowns, c’est la femelle dominante qui forme une paire avec un mâle. Les autres membres du groupe sont mâles, plus petits et non-reproducteurs. Pour les hermaphrodites bi-directionnels, la capacité à changer plusieurs fois de sexe leur permet de s’adapter au mieux à leur environnement. Pour ce petit poisson, tout déplacement loin du corail est dangereux et sa durée de vie est relativement courte. Le système social chez cette espèce protogyne se base sur un mâle dominant harem et territoire.

Oannès : L'Homme-Poisson Civilisateur

L'exploration des mythes de fécondité nous conduit également vers des figures hybrides, telles que Oannès, le monstre moitié homme et moitié poisson de la mythologie chaldéenne. Selon Bérose, Oannès sortit de la mer Érythréenne près de Babylone et apporta aux hommes la connaissance des lettres, des sciences, des arts et des lois. Il leur enseigna la manière de bâtir des villes et des temples, et leur donna des principes de géométrie et d'agriculture. Au soleil couchant, il se retirait dans la mer et passait la nuit dans les eaux.

Oannès est souvent interprété comme un symbole de la civilisation et de la transmission du savoir. Sa nature hybride, mi-homme mi-poisson, reflète la connexion entre le monde terrestre et le monde aquatique, et souligne l'importance de la mer comme source de vie et de connaissances.

Vertumne : Le Dieu du Changement et de la Prospérité

Dans la mythologie romaine, Vertumne était le dieu du changement, des saisons et de la prospérité. Son nom, dérivé du verbe latin vertere ("tourner, changer"), évoque sa capacité à transformer les choses et à apporter l'abondance. Ovide, dans les Fastes (6, 401-414), mentionne Vertumne en lien avec les crues du Tibre et l'assèchement des marais du Vélabre. Vertumne était vénéré pour avoir "détourné" le fleuve, permettant ainsi de gagner des terres cultivables et d'améliorer la prospérité de la ville.

Le mythe de Vertumne illustre la capacité de l'homme à maîtriser la nature et à transformer son environnement pour assurer sa subsistance et son bien-être. Il souligne également l'importance de l'adaptation et du changement pour assurer la prospérité et la fertilité.

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