Créer une application, qu'elle soit destinée aux ordinateurs ou aux téléphones, représente un investissement conséquent en temps et en ressources financières. Assurer la protection de votre application est primordial pour garantir votre capacité à réagir face à toute reproduction illégale par des tiers, qu'il s'agisse d'anciens collaborateurs, d'associés ou de freelances. Mais comment établir vos droits sur votre application en cas de litige ? Bien qu'un brevet puisse sembler une option de protection, il est rarement adéquat pour une application. Heureusement, il existe d'autres formes de protection, adaptées aux différents éléments qui composent votre application, tels que le code source, l'interface utilisateur et la base de données. Cet article explore les principales stratégies pour sécuriser chaque composant de votre application.

Les Éléments Protégeables d'une Application

Il est crucial de comprendre que tous les éléments constitutifs de votre application ne bénéficient pas de la même protection juridique. Voici un aperçu des éléments protégeables :

Protection des Travaux Préparatoires

La protection de votre application ne doit pas attendre la finalisation de celle-ci. Les travaux préparatoires, comme le cahier des charges ou les maquettes (par exemple, Figma), peuvent être protégés par le droit d'auteur et le secret des affaires. Le secret des affaires est particulièrement pertinent pour les informations confidentielles ayant une valeur commerciale. Afin de bénéficier de cette protection juridique, il est impératif de mettre en place des "mesures de protection raisonnables" pour assurer leur confidentialité.

Voici quelques exemples d'informations couramment protégées par le secret des affaires dans le domaine du développement logiciel :

  • Cahier des charges
  • Roadmap technique
  • Algorithme propriétaire
  • Listes de clients et accords de licences
  • Structures de bases de données
  • Méthodes commerciales, financières et stratégiques

Pour protéger ces informations sensibles, il est conseillé de :

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  • Signer des Accords de Non-Divulgation (NDA) avec toutes les parties prenantes (employés, partenaires, développeurs, etc.).
  • Limiter l'accès à ces informations via des mesures physiques et/ou techniques.
  • Délimiter clairement le périmètre du secret des affaires via un horodatage.

Protection du Code Source

Le code source est un élément essentiel de votre application et doit être protégé avec la plus grande attention. Plusieurs protections juridiques peuvent être envisagées, et même combinées :

  • Droit d’auteur : La protection du code par le droit d'auteur est automatique dès sa création. Le droit d'auteur protège les œuvres originales de l'esprit, et le code informatique est considéré comme tel dès lors qu'il est le fruit d'une création intellectuelle personnelle. Il n'est pas nécessaire d'effectuer une demande de protection ou de payer des frais. Cependant, il est crucial de conserver des preuves de votre travail et de le dater, car ces éléments pourraient être requis en cas de litige.
  • Secret des affaires : Le code source peut également être protégé par le secret des affaires.
  • Brevets : Dans certains cas très spécifiques, des parties du code peuvent être protégées par des brevets. Toutefois, les conditions à respecter sont très strictes, et la procédure est longue et coûteuse. Une application seule ne peut être protégée par un brevet ; elle doit s'intégrer à une invention brevetable. Un exemple notable est le bandeau Dreem, qui a obtenu une protection par brevet grâce à son objectif d'améliorer la qualité du sommeil en collectant des données et en stimulant les phases de sommeil profond.

Protection de l’Interface Utilisateur (UX/UI)

L'interface utilisateur est l'élément de votre application avec lequel les utilisateurs interagissent directement. Son attractivité et sa convivialité sont essentielles. Selon son niveau de créativité et de praticité, elle peut bénéficier de différentes protections :

  • Droit d’auteur : Si l'interface est considérée comme une création artistique, elle peut être protégée par le droit d'auteur. Les dessins, icônes, images, textes et autres éléments visuels peuvent être protégés en tant qu'œuvres originales. Cependant, les tribunaux reconnaissent rarement l'originalité de l'interface graphique d'une application.
  • Dessins et modèles : Les éléments visuels de votre interface utilisateur peuvent également être protégés par le droit des dessins et modèles, qui couvre l'apparence des produits, y compris les couleurs, les formes et les textures. Cette protection est accordée si la condition de nouveauté est remplie. En pratique, cette solution peut être coûteuse, car le dépôt doit être effectué dans chaque pays où vous souhaitez protéger votre interface. Par exemple, Google a protégé plusieurs de ses interfaces grâce au droit des dessins et modèles auprès de l'Office américain de la propriété intellectuelle (USPTO), notamment sa page d'accueil et sa page de résultats de recherche. Cependant, ce cas est rare et contesté en raison de la simplicité des pages protégées.

Même si votre interface ne peut être protégée par les droits mentionnés ci-dessus, vous pouvez agir si un concurrent la copie. Le parasitisme ou la concurrence déloyale peuvent être des fondements juridiques pour votre recours.

Protection des Bases de Données

Les bases de données peuvent être protégées de deux manières :

  • Droit d'auteur : Si l'architecture de la base de données (sa structure, son agencement et sa forme) est originale, elle peut être protégée par le droit d'auteur pendant 70 ans à compter de sa création ou de sa publication.
  • Droit sui generis : Ce droit protège l'investissement réalisé dans la création d'une base de données, indépendamment de son originalité. La base de données doit témoigner d'un investissement financier, matériel ou humain significatif. Le producteur peut alors interdire toute réutilisation publique de sa base de données, qu'elle soit totale ou substantielle, ainsi que les extractions répétées et systématiques d'une partie non substantielle. Toute utilisation nécessite son autorisation, par exemple via la concession d'une licence.

Prouver l'Antériorité de Votre Application

La Théorie Juridique

La principale protection d'une application est le droit d'auteur, qui en principe ne nécessite aucune formalité pour que le créateur devienne titulaire des droits. Cependant, en l'absence de démarches spécifiques, il peut être difficile de prouver votre bon droit si un concurrent utilise votre code source ou un autre élément de votre application sans votre autorisation. Il est donc essentiel de constituer des preuves pour démontrer que vous êtes bien le créateur à une date précise.

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De plus, si vous faites appel à un freelance pour développer votre application, assurez-vous d'obtenir une cession de droits, sinon vous ne serez pas juridiquement propriétaire de celle-ci. En effet, dans la majorité des cas, c'est le créateur qui est titulaire initial des droits d'auteur. Par exemple, votre image de marque ou logo appartient à l'origine au directeur artistique ou graphiste qui l'a conçu et réalisé.

Il est donc crucial de toujours vérifier qui est titulaire par défaut des droits. Si vous faites appel à un tiers, comme un freelance ou une entreprise de services numériques (ESN), pour développer le code source de votre application, vous ne serez pas titulaire par défaut des droits d'auteur. Vous devez donc leur faire signer une cession de droits d'auteur pour devenir réellement et globalement propriétaire de votre application.

Les Méthodes Concrètes

Voici les trois principales méthodes pour protéger votre application. Il est conseillé de les combiner :

  1. Faire Signer des NDA (Accords de Non-Divulgation) : Faites signer des accords de non-divulgation à toute personne impliquée dans le développement de votre application. Ces accords protègent vos informations sensibles, comme votre code source, vos travaux préparatoires, votre cahier des charges ou votre maquette, en interdisant à ceux qui y ont accès de les divulguer. Les NDA sont particulièrement importants lorsque vous faites appel à des développeurs externes à votre entreprise, qui pourraient travailler pour des concurrents.

  2. Se Faire Céder les Droits : Assurez-vous de posséder tous les droits sur votre application. Pour obtenir ces droits, vous devez faire signer des accords de cession de droit d'auteur au titulaire initial. Voici un récapitulatif pour déterminer qui est le propriétaire initial des droits de propriété intellectuelle sur le code source :

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    • Développeur stagiaire / alternant : La cession de droits à l'employeur est automatique (pour le code uniquement).
    • Développeur salarié : La cession de droits est automatique (pour le code uniquement).
    • Mandataires sociaux : La cession n'est pas automatique. Le chef d'entreprise, par exemple, le Président ou le Directeur Général, doit donc procéder à la cession de droits d'auteur auprès de la personne morale (c'est-à-dire la société).
    • Freelance : La cession de droits n'est pas automatique, même en passant par une marketplace.

    La dévolution automatique des droits d'auteur pour les développeurs salariés, alternants ou stagiaires ne s'applique qu'au code source. La cession n'est pas automatique pour tous les autres travaux réalisés par un développeur (salarié, alternant ou stagiaire), tels que la maquette, un logo, une vidéo dans l'application, etc.

    Vous pouvez inclure des clauses de cession de droits dans les contrats ou sur les factures, ou faire signer des cessions de droits à part. Par exemple, vous pouvez prévoir dans le contrat de développement conclu avec un freelance ou une ESN que la cession des droits d'auteur interviendra au fur et à mesure de la validation du site par le client ou a posteriori. Cette étape est cruciale pour éviter tout conflit futur sur la propriété de l'application.

    Les droits sur l'identité visuelle et/ou l'interface graphique de votre site (principalement l'UI si elle n'est pas "dictée" par l'UX et est donc très créative) doivent également faire l'objet d'une cession de droits d'auteur. Pour un freelance, vous pouvez la faire signer dès la fin de la prestation. Pour les salariés, vous pouvez prévoir une clause de cession de droits d'auteur sur ses créations "au fur et à mesure de leur réalisation".

  3. Prouver Son Antériorité : En cas de litige, vous devez être capable de prouver que vous êtes titulaire des droits de propriété intellectuelle et que vos droits sont antérieurs à ceux revendiqués par un concurrent. Pour cela, vous disposez des mêmes solutions que celles pour protéger un logiciel :

    • Déposer l’application auprès de l’APP : Vous pouvez déposer votre code source auprès de l'APP (Agence de Protection des Programmes). Cet organisme européen conserve une copie de votre code et peut attester de la date à laquelle vous l'avez déposé. Cette méthode est simple à réaliser en ligne sur le site de l'APP. Toutefois, elle est moins adaptée aux entreprises qui mettent régulièrement à jour leur code, car chaque modification importante implique un nouveau dépôt et de nouveaux coûts.
    • Faire un constat d'huissier : Vous pouvez remettre sous pli une copie de votre code source à un commissaire de justice (anciennement "huissier de justice"). Cette solution est une preuve solide de votre antériorité, mais comme pour l'APP, chaque mise à jour implique un nouveau dépôt et de nouveaux coûts.
    • Déposer grâce au service e-Soleau de l’INPI : L'envoi d'une enveloppe Soleau n'est plus possible. Vous pouvez désormais uploader une copie de votre code source directement sur le site de l'INPI (Institut National de la Propriété Industrielle). Cela vous permet de prouver la date à laquelle vous avez créé votre application à bas prix (15 € pour 10 Mo, puis 10 € par 10 Mo supplémentaires). Cependant, cette preuve n'est acceptée que devant les tribunaux français.
    • Utiliser des solutions nouvelle génération : Certaines entreprises proposent des solutions de datation basées sur la blockchain, comme la solution IP Tower de BlockchainyourIP. Ces solutions permettent de protéger automatiquement et de façon sécurisée votre code. L'IP Tower s'intègre à votre outil de versionnage (Gitlab, Github, etc.). Ainsi, à chaque nouvelle version, un dossier ZIP de votre code est systématiquement créé et horodaté dans la blockchain. La version du code utilisée pour prouver votre paternité et votre antériorité est actualisée avec vos dernières mises à jour. Vous obtenez un certificat d'antériorité à jour des dernières versions du code, vérifiable mathématiquement et valable à l'international.

Open Source et Logiciels Libres : Un Aperçu

Il est important de différencier les concepts d'open source et de logiciel libre :

  • Logiciel à source ouverte (Open Source) : Un logiciel open source est un logiciel dont le code source est accessible. Cela permet à des experts d'étudier le logiciel pour vérifier sa qualité, son éthique et l'absence de failles ou de collecte abusive de données. Cependant, cela ne donne pas la liberté d'utiliser le code soi-même sans respecter les droits d'auteur.
  • Logiciel libre : Un logiciel libre offre la liberté d'utiliser un logiciel, quel que soit l'usage : étudier son fonctionnement à partir du code source, le copier, le redistribuer et le modifier. Il est possible de modifier des notes d'une partition de musique, de changer un refrain et d'utiliser cette nouvelle version librement, sans reverser de droits d'auteur. Cependant, dans certains cas, les sources peuvent être libérées sous condition d'achat du produit.

Il est crucial de noter que "logiciel libre" ne signifie pas "logiciel gratuit". Un programme libre doit être utilisable, développable et distribuable dans un cadre commercial.

GitHub et MCP Registry

GitHub a lancé MCP Registry, un portail de serveurs MCP pour les développeurs. Le protocole MCP open source facilite la découverte de serveurs MCP par les applications gérant plusieurs clients MCP. GitHub MCP Registry centralise les serveurs MCP standards pour divers outils et bases de données. Le registre MCP OSS, façonné par la communauté MCP, permet à quiconque de publier des serveurs MCP. GitHub collabore avec Anthropic et le comité directeur de MCP pour assurer l'interopérabilité entre les registres.

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