Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française de 1974 à 1981, a marqué son mandat par une série de réformes sociétales majeures. Parmi celles-ci, la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), portée par Simone Veil, et une politique familiale ambitieuse ont suscité des débats passionnés et continuent de façonner la société française. Cet article explore les nuances de la position de Giscard d'Estaing sur l'IVG, son engagement envers la famille et l'héritage complexe qu'il a laissé dans ces domaines.

La Loi Veil et l'IVG : Un Contexte de Débats Passionnés

La loi du 17 janvier 1975, dite loi Veil, a dépénalisé l'avortement en France. Ce texte a été arraché aux députés au prix de débats pénibles, si violents, même, que c’est cette loi, et ses trois jours de débats hystérisés, dont la mémoire affleure aujourd’hui à présent que les médias zooment sur la violence à l’Assemblée nationale sur fond de réforme des retraites. L'Assemblée nationale examinait ce texte. Par égard pour elle, le Président ne souhaitait pas traiter ce problème au fond.

Trois jours avant le débat, à l'Assemblée nationale, sur le projet de loi de Monique PELLETIER, visant à reconduire la loi VEIL, relative à l'interruption volontaire de grossesse, une manifestation en faveur de l'avortement libre et gratuit, cet après midi à PARIS, a rassemblé entre 15 000 et 50 000 personnes. Dans une interview publiée aujourd'hui par le journal "La Croix", le président de la République, Valery GISCARD d'ESTAING, a pris position en faveur du maintien de la loi VEIL.

En réalité, le candidat s’était montré infiniment plus ambigu, et c’est seulement une fois à l’Élysée qu’il chargera sa ministre de monter au front avec ce projet de loi qui, pourtant, divisait jusque dans son propre camp.

Les Intentions Derrière la Législation

Dans le débat actuel sur l'interruption de grossesse, une part des difficultés vient de malentendus sur les intentions de ceux qui ont proposé cette législation. Certains imaginent qu'il s'agit d'encourager la pratique de l'avortement, alors que la préoccupation est tout à fait différente.

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Dans une situation où l'avortement existait et était pratiqué par plusieurs centaines de milliers de femmes, dans des conditions de clandestinité qui faisaient courir des risques à leur santé et souvent à leur vie, fallait-il maintenir la loi antérieure, au demeurant inapplicable, car personne ne songeait plus à infliger des peines de prison à des femmes qui pratiquaient l'avortement, ou fallait-il chercher à définir un cadre légal permettant aux femmes en difficulté de prendre sous leur propre responsabilité la décision appropriée à leur situation ?

Une Loi de Responsabilité et de Protection Médicale

La loi du 17 janvier 1975 est à cet égard une loi qui fixe les responsabilités de chacun et qui impose une protection médicale. Son objectif est social, et rien de plus. Elle entend respecter le choix personnel que dicte sa conscience à chacune des femmes concernées, sans comporter ni directement ni indirectement aucun encouragement en faveur d'une décision que rejettent certaines des croyances fondamentales des Français.

Le Terme de Détresse et la Gravité de l'Avortement

Le terme de détresse qui a été employé à l'origine parait plus apte à décrire la situation à laquelle il faut faire face. Les conséquences de l'avortement sur la santé et sur l'équilibre psychique de chaque femme sont suffisamment graves pour que chacune d'entre elles soit amenée à peser avec beaucoup de gravité la responsabilité de son acte, dans les limites et les conditions fixées par la loi.

L'Encouragement à l'Adoption

Il serait souhaitable qu'une politique beaucoup plus active d'encouragement à l'adoption puisse être développée. Il existe un paradoxe dans une situation qui veut que certaines femmes renoncent à voir naître leur enfant, alors que de nombreux foyers souhaitent accueillir et élever un enfant.

Il ne s'agit pas d'avoir à choisir entre la vie et la mort, mais d'être capable de faire face à d'authentiques situations de détresse et d'offrir aux mères un recours sous forme, par exemple d'une chance d'adoption, si elles ne se sentent pas à même d'assumer le sort de l'enfant qu'elles attendent.

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Les Réactions et les Invectives

Les archives parlementaires de 1974 retracent les invectives qui ont accompagné la dépénalisation de l'avortement. Pour prendre la mesure de l’intensité des invectives, deux ou trois exemples, en particulier, ont marqué les esprits. Ce sont en particulier les références à la Shoah, jetées trente ans après le nazisme au beau milieu du même hémicycle où la même Simone Veil, qui s'appelait encore Jacob et qui était étudiante à Sciences-Po à Paris, était venue livrer son témoignage de rescapée des camps en 1947.

Le député centriste Jean-Marie Daillet, en particulier, avait comparé le sort des embryons dans le processus de l’avortement, à celui des juifs envoyés au four crématoire dans les camps d'extermination.

Lorsqu’elle avait pris la parole, devant l’hémicycle, sur le coup de 16 heures, le 26 novembre 1974, au tout premier jour des débats, la ministre de la Santé avait face à elle 481 hommes, pour neuf femmes seulement. C’est à elle que revenait de porter une loi qui allait profondément bouleverser l’histoire du droit des femmes, et une cause qui était d’abord celle des femmes, même si à l’époque des avortements illégaux, les rangs du MLAC par exemple comptaient nombre de médecins hommes.

Simone Veil durant les 25 heures de débat sur la loi dépénalisant l'IVG, depuis le banc du gouvernement.

La violence déclenchée par la loi Veil ne relevait pas seulement de l’antisémitisme, ou encore d'un usage frelaté de l'épouvantail nazi pour faire trébucher une rescapée de l'Holocauste. Il faut ouvrir les archives parlementaires pour mesurer le degré d’électricité au Palais-Bourbon, ces trois jours-là.

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Michel Debré, hostile à la dépénalisation de l’avortement, commence par lui dire que “s'il est un membre du gouvernement dont [il eut] souhaité approuver et soutenir les projets, c’est bien vous, Madame le ministre”, depuis les bancs de la droite, l’ancien ministre de la Justice de de Gaulle, Jean Foyer, ouvrait le bal sur les “avortoirs”.

Même Hector Rolland, hier enfant "abandonné dans les langes" par sa mère et heureux d'avoir vécu malgré tout, dira-t-il, n'asphyxiera pas les débats, qui se poursuivront durant trois jours, moyennant quelques suspensions de séance. On entendra le même Rolland, l'ancien enfant placé, proclamer combattre “le choix d’un génocide”.

La Politique Familiale de Giscard d'Estaing : Un Soutien aux Familles

Conscient de l'importance de la famille pour l'épanouissement de l'individu et l'équilibre de la société, Giscard d'Estaing a mis en œuvre une politique globale en faveur de la famille.

La Famille : Une Institution Fondamentale

La famille est une institution fondamentale pour l'épanouissement de l'homme et l'équilibre de la société. Elle est essentielle à l'homme, parce qu'elle est la condition de son développement et de son bonheur. C'est là une donnée invariante dans le temps et dans l'espace de la nature humaine.

Elle est un élément indispensable de l'organisation sociale. La force de la cellule familiale est, en effet, un des traits les plus caractéristiques de la société française contemporaine. C'est même, je crois, un des faits qui distingue le plus notre organisation sociale de celle de beaucoup d'autres pays.

Une Politique Globale en Faveur de la Famille

Décidé à fortifier l'institution familiale, Giscard d'Estaing a fait adopter puis appliquer par le gouvernement une politique globale en faveur de la famille, qu'il a annoncée dès 1975 et dont le but est de répondre aux besoins et aux aspirations des familles françaises.

Cette politique présente trois caractéristiques qui la distinguent nettement des actions qui ont pu être menées auparavant en faveur de la famille.

Le Contrat de Progrès avec les Familles

En premier lieu, elle donne enfin un contenu concret au contrat de progrès avec les familles, si souvent promis et toujours différé. Depuis 1977, le gouvernement garantit chaque année aux familles un accroissement annuel de 1,5 % statistique du pouvoir d'achat de leurs prestations et allocations familiales, c'est-à-dire 1,5 % de plus que les prix, ce qui, dans les circonstances actuelles, est sensiblement équivalent à la progression des autres revenus et notamment des salaires.

C'est une révolution puisque, pendant plus de trente ans, les prestations familiales se sont contentées d'évoluer comme les prix.

La Priorité aux Familles d'au Moins Trois Enfants

En second lieu, la politique familiale affirme une priorité pour les familles d'au moins trois enfants. Nous constatons, en effet, que la venue d'un troisième enfant, ardemment souhaitée par de nombreuses familles qui en espèrent, à juste titre, un approfondissement de leur bonheur, se heurte à des obstacles matériels et psychologiques.

Une Politique Globale Tenant Compte de Tous les Domaines

En troisième lieu, la politique familiale veut être une politique "globale", c'est-à-dire tenant compte des besoins et des aspirations des familles dans tous les domaines : prestations, éducation, logement, emploi, santé, consommation.

C'est après avoir réfléchi aux problèmes de la mère qui travaille que le gouvernement a fait adopter la réforme du congé parental, permettant à la mère salariée de s'absenter deux ans durée de son entreprise après la naissance d'un enfant, puis la création du complément familial, qui aide les parents ayant une activité à faire face aux frais de garde de leurs enfants. C'est après avoir examiné les problèmes de logement des familles que le gouvernement a entrepris la réforme créant l'aide personnalisée au logement APL. C'est après avoir constaté les inégalités de chances entre enfants de familles différentes que le gouvernement a décidé l'extension progressive de la gratuité des livres scolaires dans les collèges désormais uniques.

Le Coût Important de Cette Politique

Cette politique a nécessairement un coût important. Le total des transferts financiers en faveur de la famille s'élève en 1979 à plus de 100 somme montant milliards de francs, dont la moitié au-titre des prestations sociales proprement dites, soit sensiblement l'équivalent de l'impôt sur le revenu payé par les Français.

Il est indispensable d'assurer la cohérence financière des mesures décidées en faveur de la famille, avec l'évolution générale des charges sociales et de la situation économique. C'est une responsabilité que le gouvernement veut assurer dans la clarté et avec la complète information des Françaises et Français.

Mais la priorité reconnue depuis quatre ans aux familles au-sein des transferts sociaux sera maintenue à l'avenir, et je peux assurer que les résultats positifs qui seront obtenus dans le rééquilibre du budget social, et particulièrement dans le contrôle nécessaire de la croissance des dépenses de santé, bénéficieront d'abord aux familles.

L'expérience des quatre dernières années a montré qu'il était possible de mettre en œuvre une politique globale en faveur de la famille qui marque un incontestable infléchissement par rapport aux hésitations antérieures.Les années à venir confirmeront, j'en suis sur, l'effet bénéfique que nos efforts auront sur la famille.

La Considération pour les Familles de Trois Enfants et Plus

Il faut que les familles de trois enfants et plus aient une plus grande considération. L'épanouissement du bonheur familial est favorisé par la taille de la famille. L'amour des parents, la générosité d'une mère et l'affection des enfants peuvent être limités par la dimension trop étroite de la cellule dans laquelle ils s'exercent.

Avoir trois enfants exige sans doute beaucoup de sacrifices, mais donne au bonheur familial un sens plus durable, plus complet et plus profond. Il ne faut pas ignorer les obstacles matériels et psychologiques qui s'opposent à la venue d'un troisième enfant. C'est d'ailleurs, pour le troisième enfant que l'écart est le plus important entre le désir exprimé par les familles et le nombre de naissances constatées.

Pour toutes ces raisons, Giscard d'Estaing a souhaité, dès 1975, que les familles d'au moins trois enfants bénéficient d'une priorité au-sein de la politique familiale. Des mesures sont déjà intervenues en leur faveur : en 1978 année création d'un complément familial, en 1979 relèvement supérieur à la moyenne de leurs prestations familiales. En deux ans, le pouvoir d'achat des prestations versées à la majorité des familles de 3 enfants aura progressé de près de 50 % statistiques.

D'autres mesures sont en préparation pour les familles : création d'un revenu familial minimum garanti de 3500 francs somme par mois, relèvement à 10000 francs montant des allocations de naissance versées pour un troisième enfant ou pour les suivants, généralisation du droit à la retraite des mères de famille. Le gouvernement va réfléchir à l'octroi d'un avantage fiscal permanent pour les foyers ayant élevé au moins trois enfants.

Des dispositions particulièrement importantes concerneront leur logement. Un système de priorités va être organisé pour permettre à une famille de déménager vers un logement locatif plus spacieux dans les six mois suivant la naissance du troisième enfant. Pour les familles de trois enfants, qui choisissent d'accéder à la propriété, l'apport personnel sera supprimé dans la majorité des cas.

Les Difficultés Psychologiques et la Confiance dans l'Avenir

Il ne faut pas méconnaître, à côté des problèmes matériels, les difficultés psychologiques que peuvent rencontrer les familles de trois enfants. Les familles nombreuses ont encore plus besoin que les autres d'avoir confiance dans leur avenir. Elles ont parfois le sentiment que les valeurs familiales sont méconnues par les grands moyens d'information et que la préférence est systématiquement donnée à des préoccupations plus superficielles et plus égoïstes.

Les responsables des milieux familiaux ont souvent noté que la publicité reflète l'image de la famille à la façon d'un miroir déformant. Lorsqu'elle ouvre son poste de télévision, une famille de trois enfants ne se reconnaît pas dans l'image de la famille qu'on lui présente. Il faut veiller à donner une représentation complète et exacte des réalités et des préoccupations familiales.

L'objectif est que les familles de trois enfants soient convaincues non seulement qu'elles ont leur place dans la société, mais que leur rôle y est essentiel pour notre avenir.

La famille d'au moins trois enfants, nécessaire à l'équilibre et au dynamisme de notre population, pourrait être, pour un plus grand nombre de foyers, la famille idéale, c'est-à-dire celle du bonheur durable et partagé.

La Place de la Famille dans la Société Française

La famille est essentielle à l'homme. Elle est la condition de son bonheur. L'enfant y trouve l'affection, le soin et l'autorité indispensables à son développement équilibré. Les parents y trouvent la sécurité, la tendresse, une raison de vivre.

La famille est en même temps un élément essentiel de la vie sociale. Elle est le lieu du premier apprentissage de la responsabilité, de la liberté et de la solidarité. Elle transmet, de génération en génération, une part de l'âme et de l'esprit du pays.

L'attachement des Français à la famille est toujours aussi profond. La force de la cellule familiale quels que soient les groupes sociaux, quelle que soit l'évolution des moeurs, est un des traits les plus caractéristiques de la société française contemporaine.

L'évolution démographique récente, qui est préoccupante, ne traduit pas un moindre attachement des Français à la famille. Nous constatons, au contraire, que les couples sans enfant ont presque disparu. Mais la taille de la famille souhaitée par les Français en âge d'avoir des enfants s'est malheureusement réduite un peu en dessous du seuil qui assure le maintien de la population.

L'évolution démographique pose un problème fondamental qui met en cause la place de la France dans le monde de demain et l'avenir même de notre société. Une société qui n'est plus capable d'assurer le remplacement des générations est une société condamnée.

La situation actuelle exige une réflexion approfondie de tous les Français, quels que soient leur âge, leur métier ou leurs opinions politiques. L'avenir démographique de notre pays est bien au-dessus des discussions des partis.

Si toutes les familles, quelle que soit leur taille, trouvent leur place dans la société française et s'y sentent bien, nous pouvons légitimement espérer que leur épanouissement aura un effet salutaire sur la démographie.

Toutes ces raisons expliquent l'importance que Giscard d'Estaing attache à la politique "globale" en faveur de la famille qu'il a annoncée en 1975. Par politique globale, il entend une politique qui prend la famille comme centre, quelles que soient les actions sociales diverses qui peuvent être imaginées.

Giscard d'Estaing et la Croix : Une Tribune pour Exprimer ses Convictions

Dans une interview accordée au journal "La Croix", Giscard d'Estaing a exprimé ses convictions sur la famille, l'IVG et les valeurs qu'elles représentent. Il a souligné l'importance de la famille comme institution fondamentale, tout en reconnaissant la nécessité d'une législation sur l'IVG pour protéger les femmes en situation de détresse.

Le quotidien La Croix avait fait état vendredi de cette imminente visite au Vatican de l'ancien président aujourd'hui âgé de 88 ans, qui est catholique pratiquant et aime beaucoup Rome. Son septennat avait été marqué par des différences de vue entre la France et le Saint-Siège, notamment au sujet du vote de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1975.

Soucieux de consolider les liens entre la France et l'Église, M. Giscard d'Estaing s'était rendu au Vatican pour une visite à Paul VI, cette même année. En 1978, il était été reçu par le nouveau pape juste élu, Jean Paul II.

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