Introduction
Cet article explore la vie d'Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, en mettant en lumière son adaptation à sa nouvelle patrie, sa vie matrimoniale avec Philippe le Bon et son rôle dans la politique bourguignonne.
Adaptation à la cour bourguignonne
Difficultés linguistiques initiales
Lors de son arrivée en Flandre, Isabelle de Portugal était confrontée à une difficulté linguistique. Bien qu'elle ait appris le français à la cour du Portugal, elle ne le maîtrisait pas parfaitement. Un clerc d'Arras a noté dans le mémorial de la ville lors de sa joyeuse entrée à Arras le 16 février 1430 qu'elle ne connaissait pas beaucoup la langue de France. Cependant, cette difficulté s'est rapidement estompée. Le néerlandais, la deuxième langue des États bourguignons, lui est probablement resté inconnu, car le français était la langue de l'administration centrale et de l'entourage princier.
Intégration facilitée par la cour
Le duc Philippe le Bon a fait preuve de courtoisie en entretenant une partie de la suite portugaise de son épouse à sa cour pendant plusieurs mois, afin de faciliter sa transition. Après les fêtes de Bruges, il emmena à Gand la très haute et noble seigneurie étrangère venue avec elle, comme le fils du roi de Portugal et un de ses neveux, un comte, ainsi qu'un grand nombre d'autres chevaliers et grands seigneurs de ce pays. Les comptes de la recette générale des finances de 1431 et 1432 contiennent plusieurs paiements effectués à des Portugais pour leurs frais de retour au pays.
Personnel portugais au service de la duchesse
Certains membres de la suite portugaise sont restés au service de la duchesse. Des femmes ont servi comme demoiselles d'honneur, et des hommes, tel Jean Vasques, ont été valet de chambre et secrétaire d'Isabelle, la suivant ensuite dans sa résidence de la Motte-au-Bois. Sa nourrice, Mor Gonçalves, qui vivait auparavant à la cour du Portugal, accompagna l'infante en Flandre avec son mari Pedro Eanes. En 1431, More Godsalue, mère de lait de madame la duchesse, reçut 38 £, puis 95 £ pour ses nécessités ou service de madicte dame. Toutes les conditions étaient donc réunies pour faciliter une heureuse adaptation de la duchesse à son pays d'adoption.
Vie matrimoniale
Infidélités du duc
Selon Chastellain, Isabelle de Portugal n'avait pas une grande place dans le cœur de son mari, Philippe le Bon, qui était enclin au vice de la chair. Dans les années qui ont entouré son mariage, le duc a entretenu une relation suivie avec une Arrageoise, Colette Castellain, qu'il a comblée de cadeaux et dont il a eu deux enfants, David, né vers 1427, puis Marie.
Lire aussi: Odile Dubois : un portrait
Fidélité d'Isabelle
Isabelle, quant à elle, a fait preuve d'une fidélité sans faille, ce qui explique sa vive colère lorsque les Dinantais, en 1466, ont exposé une effigie présentant Charles de Charolais comme le fils bâtard de Jean de Heinsberg, évêque de Liège de 1419 à 1455.
Amour et respect mutuels
Malgré ses infidélités, Philippe le Bon aimait et respectait sa femme. Philippe Wielant, un juriste gantois qui connaissait bien le duc, a écrit : « Le duc Philippe montra toujours un grand amour à madame Ysabeau de Portugal, sa femme, et la mena partout avec lui et la logea toujours près de lui ». La même observation a été faite en 1438 par le noble andalou Pierre Tafur en voyage aux Pays-Bas : « Quant à la duchesse, on en dit grand bien : elle est aimée de tous les siens, et surtout de son mari ».
Influence d'Isabelle
Wielant a également remarqué que, contrairement à son fils, le duc tenait grand compte de l'opinion des femmes, admettant que « il n'y a point de XL maisons une, où la dame n'est maîtresse ».
Représentations d'Isabelle
Il n'existe malheureusement pas de représentation certaine d'Isabelle de Portugal, alors qu'après les portraits de Van Eyck, d'autres ont été réalisés, notamment l'un par Memling qui se trouvait en 1521 dans la collection du cardinal Grimani. Une copie du XVIIe siècle sur papier du tableau de Van Eyck représente une jeune femme souriante, au visage allongé, au nez long et fin. Ces caractéristiques se retrouvent dans le beau portrait présumé d'Isabelle par un maître anonyme, réplique d'un original perdu peint vers 1445 par Rogier van der Weyden. La femme représentée est plus âgée, richement vêtue d'une robe de brocart rouge et or bordée d'hermines, son visage est aussi éclairé par un sourire et un regard vif.
Adaptation aux relations extra-conjugales
Isabelle de Portugal a su s'accommoder des relations extra-conjugales de son mari et de la présence des enfants bâtards à la cour. Cet univers n'était pas nouveau pour elle, car son propre père était un bâtard. Olivier de la Marche a démontré au jeune Philippe, fils de Maximilien, que si sa lignée est issue d'un bâtard du côté portugais, elle n'est pas la seule, et que moult de lignies, de pays et de seignouries ont eu honneurs par bastards.
Lire aussi: Reine Jeanne d'Albret
Collaboration politique
Les échanges de lettres incessants entre le duc et la duchesse, lorsqu'ils ne résidaient pas ensemble, témoignent de leurs relations d'affection et d'estime, ainsi que de leur étroite collaboration dans le gouvernement de l'État bourguignon. Le motif de leur correspondance était varié, allant de sujets domestiques ou de problèmes de santé à des questions militaires, financières ou religieuses.
Intérêts personnels
Bien que souvent accaparée par de multiples tâches administratives ou financières, Isabelle trouvait le temps de s'intéresser à la garde-robe du duc. En juin 1441 à Bruxelles, elle fit chercher de la toile à Saint-Omer pour faire draps linges pour mondit seigneur, et en novembre à Lille, elle écrivit au receveur général des finances touchans certaines orfaveries qu'il convenait avoir pour les habillemens que mondit seigneur a fait faire pour son darrain voyaige de Bourgoingne.
Différends
Deux différends sérieux ont cependant opposé le duc et la duchesse, concernant à chaque fois le comte de Charolais. En 1454, la question du remariage de Charles, veuf depuis 1446 de Catherine de France, était posée. Isabelle de Portugal souhaitait pour son fils une union avec Anne, fille aînée du duc Richard d'York, époux de sa cousine germaine Cécile Neville, avec lequel elle avait négocié pour le rétablissement de la paix entre la Bourgogne et l'Angleterre. Le duc de son côté préparait une alliance avec sa nièce Isabelle de Bourbon.
Crise politique de 1457
La bonne entente entre le duc et la duchesse parut à nouveau compromise par le violent conflit qui opposa Philippe le Bon et son fils Charles à Bruxelles en janvier 1457, et fut à l'origine d'une véritable crise politique et de la mise à l'écart du chancelier Rolin.
Retraite à la Motte-au-Bois
En juillet 1457, Isabelle de Portugal gagna sa résidence de la Motte-au-Bois dans la forêt de Nieppe où elle avait décidé de se retirer. Chastellain attribue cette décision à la rancune persistante de son mari, car moult s estoit indigné contre elle parce qu’il lui imputoit qu’elle avait esté cause de la rebellion de son fils. Il ajoute que le duc s’était aussi lassé de sa jalousie, mais il laisse dans l’ombre un fait capital, l’abandon par Isabelle de son estat en août 1455. En renonçant à son hôtel pour une rente annuelle, la duchesse préparait un départ de la cour que l’arrivée de son fils à l’âge des responsabilités rendait désormais possible.
Lire aussi: Représentation Symbolique : Chambre Gésine
tags: #gesine #comtesse #nevers #biographie
