La question de la garde alternée pour les enfants de 2 ans est un sujet complexe et délicat, suscitant de nombreux débats parmi les parents, les professionnels de la petite enfance et les spécialistes de la psychologie infantile. La séparation parentale est une épreuve difficile pour les enfants, et le choix du mode de garde est une décision cruciale qui peut avoir un impact significatif sur leur développement émotionnel et psychologique. Cet article explore les enjeux de la garde alternée pour les enfants de 2 ans, en tenant compte des perspectives de différents experts et des réalités vécues par les familles.

La Coparentalité et la Résidence Alternée : Un Contexte Évolutionnaire

La coparentalité et la résidence alternée sont devenues des éléments centraux dans les arrangements post-séparation concernant les enfants. En France, la résidence alternée a été introduite dans la loi n° 2002-305 du 4 mars 2002, relative à l'exercice de l'autorité parentale. Initialement accueillie avec des réserves, elle est désormais de plus en plus revendiquée, avec un partage égalitaire du temps parental.

L'idée de la coparentalité est née pour répondre aux préoccupations des pères qui se sentaient relégués à un rôle secondaire dans la vie de leurs enfants, limités aux loisirs et exclus du quotidien familial. Elle visait également à soulager les mères, souvent submergées par les tâches ménagères, l'éducation scolaire et les responsabilités parentales. Bien que critiquée, la coparentalité a été acceptée et intégrée par de nombreux parents lors de leur séparation.

La Résidence Alternée : Un Principe Non Dépourvu de Risques

La loi du 4 mars 2002 sur l'autorité parentale a consacré la reconnaissance législative du principe de la résidence alternée. Cette modalité d'éducation après une rupture tend à concilier co-parentalité et intérêt de l'enfant.

Cependant, l'application de la résidence alternée, notamment pour les enfants de moins de 6 ans, suscite des inquiétudes. Le Dr Maurice Berger, chef de service en psychiatrie de l'enfant au CHU de Saint-Étienne et professeur associé de psychologie de l'enfant à l'Université Lyon-II, estime qu'elle peut être source de dommages psychiques. Selon lui, les besoins psychiques des enfants ne sont pas les mêmes pour le père et la mère.

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Le Dr Berger affirme qu'il existe une véritable pathologie psychique due à la résidence alternée et qu'elle peut être nocive pour un nourrisson de passer une semaine ou plus éloigné de sa mère avant l'âge de 2 ans, surtout si cela se produit de manière répétée. Il va même jusqu'à dire que l'application actuelle de la loi du 4 mars 2002 crée des maladies quasi expérimentales chez l'enfant.

Pour étayer sa position, le Dr Berger s'appuie sur son expérience de praticien. Il a étudié 150 cas pathologiques d'enfants de moins de six ans présentant des troubles psychiques suite à une décision de résidence alternée (51% des cas) ou d'équivalent de résidence alternée (morcellement du temps : 29,2%, week-end prolongé avec moitié des vacances : 19,8%).

La Théorie de l'Attachement et la Résidence Alternée

Le Dr Berger fonde son analyse sur la théorie de l'attachement, qui considère le lien d'attachement comme un processus précoce fondamental pour le développement de la personnalité de l'enfant. Cette théorie met en évidence le rôle crucial de la mère comme figure d'attachement préférentielle, dont il est essentiel de préserver et de respecter le rôle pour garantir la formation psychique du nourrisson dans de bonnes conditions.

La relation d'attachement est essentielle pour la constitution du sentiment de sécurité de l'enfant. Dans les premiers mois de sa vie, le nourrisson a besoin de la présence d'un adulte, figure d'attachement stable, prévisible et accessible, qu'il pourra intérioriser peu à peu. Bien qu'un enfant puisse bénéficier de plusieurs figures d'attachement, il existe une hiérarchie, et les deux parents ne sont pas équivalents sur le plan émotionnel et comportemental.

La mère est une figure d'attachement préférentielle pour l'enfant car c'est elle qui est enceinte, accouche et allaite, ce qui crée une relation spécifique. Elle constitue la première base de sécurité de l'enfant, et la demande de protection de l'enfant reste en faveur de la mère.

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Pour le Dr Berger, la résidence alternée perturbe et déstabilise la construction de la relation d'attachement avec la mère. Si elle est mise en place trop précocement, la base de sécurité devient inaccessible à l'enfant pendant une durée trop longue. L'absence de sentiment de sécurité risque d'entraîner la constitution d'un attachement dit désorienté-désorganisé.

Dans le cadre de la résidence alternée, le processus d'attachement, qui permet à l'enfant d'acquérir une sécurité interne et de supporter une séparation, est rompu. Les allers-retours entre le domicile de la mère et du père constituent une discontinuité régulièrement répétée, ce qui peut entraîner un attachement perturbé, parfois irréversible.

Le Dr Berger souligne que les besoins relationnels du bébé ne changent pas et que, même si le père a une place spécifique à prendre auprès de son bébé, elle n'est pas équivalente à celle de la mère, même si elle est complémentaire. Il déplore que la loi ne fasse aucune différence entre les besoins d'un bébé de deux mois et ceux d'un adolescent et que l'esprit originel de la loi (ne pas rompre le contact entre l'enfant et l'un des parents) soit devenu avoir sa part d'enfant. Il dénonce une confusion entre l'égalité de droit au niveau de l'autorité parentale et l'égalité du rôle au niveau du développement précoce de l'enfant.

Les Symptômes de la Pathologie Liée à la Résidence Alternée

Le Dr Berger décrit une série de symptômes associés à la pathologie liée à la résidence alternée, notamment :

  • Un sentiment d'insécurité avec des angoisses d'abandon qui n'existaient pas auparavant, l'enfant ne supportant plus l'éloignement de sa mère et demandant à être en permanence à son contact.

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  • Un sentiment dépressif avec un regard vide pendant plusieurs heures, et parfois un état de confusion.

  • Des troubles du sommeil, de l'eczéma.

  • De l'agressivité, en particulier à l'égard de la mère considérée comme responsable de la séparation.

  • Une perte de confiance dans les adultes, en particulier dans le père, dont la vision déclenche une réaction de refus.

  • Chez certains enfants plus grands, un refus de suivre la moindre contrainte (scolaire ou familiale) venant de l'extérieur.

Le Dr Berger estime que ces pathologies peuvent prendre un caractère durable et poursuivre l'enfant tout au long de sa croissance.

Une Approche Progressive et Adaptée aux Besoins de l'Enfant

Sous les auspices du principe de précaution, le Dr Berger appelle à une modification de la loi du 4 mars 2002 relative à l'autorité parentale. Il propose une évaluation de la manière dont un enfant peut bénéficier le plus souvent possible de la présence de son père, sans créer une discontinuité préjudiciable.

Sa solution est le fractionnement évolutif des temps d'hébergement chez le père, la mise en place d'un droit d'hébergement évolutif chez le père. Il suggère un calendrier graduel :

  • De 0 à 1 an, l'enfant pourrait rencontrer son père deux à trois fois par semaine, chaque fois pour une grande demi-journée au domicile de ce dernier, sans passer la nuit chez lui. Deux de ces demi-journées seraient éventuellement regroupables sur une journée.

  • De 1 à 3 ans, à ces trois demi-journées, lorsque l'enfant sera familiarisé avec le foyer paternel, serait ajoutée une nuit dans la semaine, sans que la séparation d'avec la mère ne dépasse un jour et demi.

  • De 3 à 6 ans, l'hébergement pourrait se faire chez le père sous la forme d'un week-end de deux jours deux nuits tous les quinze jours, et d'une demi-journée dans la semaine.

Les Impératifs pour les Enfants de Moins de 3 Ans

Concernant les enfants de moins de 3 ans, il existe trois impératifs absolus pour ne pas déstabiliser leur bon développement : la continuité, la cohérence et un personnage de référence (père ou mère). Selon des pédopsychiatres, ils ont besoin d'une figure d'attachement sécurisante. L'enfant est très sensible à la discontinuité, et une modification régulière des repères est préjudiciable pour les tous petits. Le changement de maison et de fréquentation du personnage de référence renforce leur angoisse et contribue à une perte de confiance envers leurs parents. La continuité des personnes ainsi que des lieux est un besoin fondamental, d'autant plus pour les enfants âgés de moins de 4 ans. Les nombreux allers-retours sont très perturbants.

Les professionnels de la santé alertent sur les risques de troubles relatifs à la résidence alternée chez les enfants âgés de moins de 6 ans (angoisse de l'abandon, sentiment d'insécurité, dépression, trouble du sommeil, perte de confiance, phobie scolaire…). Ils ont besoin de stabilité, et la résidence alternée leur procure un sentiment de perte répétée des personnes et des lieux.

Alternatives à la Garde Alternée pour les Tout-Petits

La fixation de la résidence habituelle des enfants au domicile de la mère ou du père n'est pas synonyme de coparentalité exclusive. Le second parent peut entièrement exercer son rôle dans le cadre de son droit de visite et d'hébergement de façon à entretenir des liens étroits avec les enfants. De plus, selon l'âge des enfants, le droit de visite et d'hébergement a vocation à évoluer. Les études ont prouvé qu'il ne s'agit pas de la quantité qui compte, mais bien de la qualité du temps passé avec les enfants.

Pour les bébés, la majorité des experts déconseillent de faire changer un bébé de maison régulièrement. Les séparations répétées engendrent une forte angoisse chez l'enfant, car sa représentation de sa propre permanence et de celle du monde qui l'entoure n'est pas assez solide. Une semaine sans l'un de ses parents peut lui sembler une éternité. La meilleure alternative pour le co-parent est d'organiser un droit de visite le plus large possible, plusieurs fois par semaine, par exemple, en participant à la sortie de crèche, au bain et au repas, ou en faisant une promenade.

En grandissant, l'enfant développe ses capacités d'adaptation, mais il connaît également un développement émotionnel important. Il devient beaucoup plus conscient de son environnement et de ses émotions. Il est essentiel d'avoir un emploi du temps cohérent tout au long de la petite enfance et de communiquer soigneusement avec les enfants sur tout changement bien à l'avance.

Un planning de garde alternée progressif est envisageable en commençant par une nuit de temps en temps. Lorsque l'enfant est prêt, un week-end chez le co-parent peut être envisagé, en respectant au maximum les habitudes de vie de l'enfant.

Les Bénéfices de la Garde Alternée : Un Lien Maintenu avec les Deux Parents

Lorsqu'elle est bien organisée, la garde alternée offre un avantage considérable : elle permet à l'enfant de garder un lien fort avec ses deux parents, ce qui est essentiel pour son équilibre psychologique. Les enfants qui bénéficient d'un contact régulier et qualitatif avec leurs deux parents après une séparation présentent moins de troubles du comportement. La garde alternée donne aussi à l'enfant un sentiment de justice : aucun des deux parents n'est exclu de son quotidien, ce qui limite les risques de culpabilité. Elle offre également un cadre qui valorise la coparentalité : l'enfant voit ses deux parents s'impliquer dans sa vie.

Les Risques de la Garde Alternée : Conflits Parentaux et Instabilité

La garde alternée n'est pas une solution miracle. Elle ne fonctionne que si les parents sont capables de dialoguer de manière respectueuse. Le principal facteur de risque est le conflit parental. La qualité des relations entre les parents est plus déterminante pour le bien-être de l'enfant que le mode de garde lui-même. Une garde exclusive dans un climat apaisé vaut mieux qu'une garde alternée dans un climat de guerre. Un autre point d'attention concerne la logistique. Lorsque l'enfant change fréquemment de domicile, d'école ou qu'il ne dispose pas d'un espace personnel clairement identifié dans chaque foyer, cela peut perturber son rythme de vie et nuire à son sentiment de stabilité.

L'Écoute de l'Enfant : Un Élément Essentiel

Dans toute décision relative à la garde, il est essentiel d'écouter l'enfant. Il ne doit pas être un spectateur des décisions prises par les adultes. Il a des besoins, des préférences, des ressentis qui méritent d'être entendus. Sans pour autant lui faire porter la responsabilité du choix final, son point de vue peut aider à choisir la solution la plus adaptée. Il est important de ne pas forcer un schéma de garde uniforme pour tous. Chaque situation familiale est unique. Certains enfants s'épanouissent pleinement dans un cadre de garde alternée, d'autres ont besoin d'une stabilité plus marquée dans un seul foyer.

L'Accompagnement de la Transition : Une Clé de la Réussite

La réussite de la garde alternée repose en grande partie sur la qualité de la transition. Il est conseillé de prévoir une période d'adaptation, où l'enfant peut progressivement intégrer ce nouveau rythme de vie. Cela passe par une communication rassurante : expliquer ce qui va changer, répondre à ses questions, le laisser exprimer ses émotions. De plus, la mise en place de routines dans chaque maison contribue à créer un sentiment de continuité. Des habitudes stables permettent à l'enfant de se sentir chez lui dans les deux foyers. Dans les situations où le dialogue parental est compliqué, le recours à un médiateur familial peut s'avérer essentiel.

Des Études Contradictoires : Un Débat Ouvert

Il est important de noter que les études sur les effets de la garde alternée sur les enfants sont parfois contradictoires. Certains chercheurs mettent en évidence les bénéfices de ce mode de garde, tandis que d'autres soulignent les risques potentiels, notamment pour les jeunes enfants.

Par exemple, une analyse de consensus cosignée par 70 spécialistes de l'attachement des jeunes enfants a conclu que les enfants développent plusieurs relations d'attachement et que cette diversité constitue une véritable chance pour eux. Ils estiment que le développement et le maintien d'un véritable "réseau" constitué de plusieurs relations d'attachement est bénéfique pour l'enfant et qu'accorder la priorité à l'un des parents pourrait compromettre le développement et le maintien des autres relations d'attachement de l'enfant.

D'autres études ont montré que les enfants en résidence alternée souffrent de moins de problèmes psychologiques que ceux en garde exclusive et qu'ils obtiennent un meilleur cursus scolaire, sont moins déprimés et plus équilibrés psychologiquement.

Cependant, ces études sont souvent critiquées en raison de biais méthodologiques et de la difficulté à isoler les effets de la garde alternée des autres facteurs qui peuvent influencer le développement de l'enfant, tels que le niveau de conflit parental, le niveau socio-économique de la famille et la qualité de la relation avec chaque parent.

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