L'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules est un sujet brûlant en France, ravivant les clivages sur les questions de société. Le projet de loi sur la bioéthique, qui prévoit cette ouverture, est au cœur des débats parlementaires et suscite des réactions passionnées, allant de l'ouverture prudente à l'opposition ferme.
Positions Divergentes au Sein des Républicains
Au sein du parti Les Républicains (LR), les opinions sont partagées. Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, se montre « assez ouvert » sur la question de la PMA pour toutes, une position qui tranche avec celle d'une bonne partie des LR, notamment le président du groupe au Sénat, Bruno Retailleau. Gérard Larcher préfère un « débat approfondi, serein » au Parlement, évoquant la création « d’une commission spéciale », soulignant que « Ces sujets-là méritent autre chose que des manifestations dans la rue ». Cette ouverture contraste avec sa prudence affichée en janvier 2018, où il se disait « être prudent sur la PMA ».
Bruno Retailleau, quant à lui, ne cache pas son opposition à la PMA pour toutes et pour les femmes seules. Il soutient que « La PMA sans père est un vrai problème » et craint que « le lien avec la GPA (gestation pour autrui) se fera vite ». Il met également en garde contre « la recherche, le transgénisme, cette idée de l’enfant parfait ». Bien qu'opposé à la PMA, il préfère que le débat se fasse au Parlement et ne participera pas aux manifestations.
Philippe Bas, sénateur LR de la Manche, partage cette préférence pour un débat parlementaire « humaniste, respectueux de chacun ». Il distingue une « approche anglo-saxonne par la liberté » et une approche où « le législateur a des responsabilités sur la société », se situant dans la seconde.
Malgré ces divergences, Bruno Retailleau estime que ce n'est « pas un problème », car « Sur ces sujets-là, il faut assumer. Ça dépasse les clivages politiques ». La liberté de vote sera la règle au sein du groupe LR au Sénat.
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La Manif Pour Tous et la Mobilisation Contre la PMA
La Manif Pour Tous, mouvement qui s'est fait connaître lors des débats sur le mariage pour tous, est en première ligne de l'opposition à l'extension de la PMA. Sa présidente, Ludovine de La Rochère, dénonce l'absence de réponse du chef de l'État à leurs préoccupations : « Nous n’avons jamais eu de réponses à tous les obstacles, à toutes les difficultés que nous avons évoquées concernant la PMA sans père. Pas de réponses sur les conséquences et les implications. Nos demandes de rendez-vous (…) sont restées sans réponse. »
Elle considère que « La PMA sans père, c’est l’ouverture à la marchandisation humaine » et craint une recrudescence de la demande en sperme, liée à la « pénurie de gamètes ». Elle établit un parallèle entre les questions climatiques et la GPA, mettant en garde contre « l’usage irréfréné de la technique » et la « dévastation de la faune et de la flore », exhortant à ne pas « faire la même chose pour l’être humain, la conception et la filiation ».
Le mouvement a organisé plusieurs manifestations contre la PMA pour toutes, rassemblant des dizaines de milliers de personnes. Lors d'une de ces manifestations, Ludovine de la Rochère a ironiquement invité la préfecture de police de Paris à "retourner à l'école" pour "apprendre à compter" le nombre de manifestants, soulignant les divergences importantes entre les chiffres avancés par les organisateurs et les autorités.
La Manif Pour Tous, ainsi que d'autres associations regroupées au sein du collectif "Marchons Enfants!", demandent « le retrait de ce projet de loi antiéthique (…) ce qui permettra de le récrire sur des bases de fraternité, solidarité, de respect de l'être humain ». Ils dénoncent une « commercialisation du vivant » et refusent une « PMA sans père ».
Arguments et Positions Clés
Les arguments des opposants à la PMA pour toutes s'articulent autour de plusieurs points :
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- L'absence du père : Ils estiment que la PMA sans père est contraire à l'intérêt de l'enfant.
- Le risque de GPA : Ils craignent que l'extension de la PMA n'ouvre la voie à la gestation pour autrui (GPA), interdite en France.
- La marchandisation du vivant : Ils dénoncent une possible commercialisation du corps humain et de la procréation.
- Les conséquences sur la filiation : Ils s'inquiètent des implications sur la filiation et l'identité de l'enfant.
Les partisans de la PMA pour toutes, quant à eux, mettent en avant :
- L'égalité des droits : Ils revendiquent l'égalité d'accès à la PMA pour tous les couples et les femmes seules.
- La lutte contre les discriminations : Ils dénoncent les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle ou le statut marital.
- La diversité familiale : Ils mettent en avant la diversité des modèles familiaux et le droit de chacun à fonder une famille.
Le Contexte Politique et Social
Le débat sur la PMA pour toutes s'inscrit dans un contexte politique et social marqué par :
- Les débats sur le mariage pour tous : Les manifestations contre le mariage pour tous en 2012-2013 ont laissé des traces et ont révélé des fractures profondes dans la société française.
- L'évolution des mentalités : L'opinion publique française est globalement favorable à l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, bien que des inquiétudes subsistent.
- Les enjeux bioéthiques : Le projet de loi sur la bioéthique soulève des questions fondamentales sur les limites de la science, la définition de la famille et les droits de l'enfant.
La Singularité Française
La France se distingue par l'ampleur des mobilisations contre les lois sociétales, contrairement à d'autres pays de tradition catholique comme l'Espagne ou le Portugal. Selon le sociologue Yann Raison du Cleuziou, cela est lié à « l'autonomisation des catholiques conservateurs par rapport à l'Église ». Il souligne que « Ce mouvement de contestation vient de laïcs qui se sont pris en main, qui ne sont pas télécommandés par les évêques. »
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