Cet article vise à explorer les intersections du genre, des animaux et de l'animalité dans le mythe grec antique de Callisto et Arcas, tel qu'il est raconté dans divers textes grecs et latins, notamment par Ovide, qui est la source principale de cette étude. Le mythe est analysé à la lumière des représentations symboliques et des significations que les cultures grecque et romaine associaient à l'animal en question, l'ourse, et plus particulièrement à sa maternité, afin de déterminer si certaines des caractéristiques qui lui sont attribuées dans la zoologie antique peuvent offrir de nouvelles perspectives sur la compréhension du mythe de Callisto. La plasticité habituelle des mythes antiques se conjugue ici à la polysémie de la figure de l'ourse maternelle, donnant naissance à différentes versions du même mythe, qui partagent néanmoins une caractéristique commune : à savoir, que la mère et son enfant sont toujours séparés.

L'Histoire de Callisto : Chasseresse, Ourse et Constellation

L'histoire de Callisto, chasseresse, ourse et enfin constellation, est l'un des mythes grecs les plus célèbres. Callisto est, selon certaines sources, la fille de Lycaon, un personnage lié à l'Arcadie (région située au centre du Péloponnèse) qui subit également une métamorphose en animal. Elle fait partie de l'entourage d'Artémis et est, comme la déesse, une vierge chasseresse, qui vit dans les bois tout en évitant les hommes. Malgré cela, Zeus, qui est épris d'elle, la viole. Callisto cache cet épisode à Artémis, mais enceinte, elle est découverte par la déesse. La jeune fille est alors transformée en ourse par une divinité, selon les différentes sources : soit par Zeus/Jupiter (chez Pseudo-Apollodore) qui veut ainsi cacher cette liaison, soit par Héra/Junon (chez Pausanias, Ovide, Hygin et Servius), épouse fâchée à cause des aventures adultérines de son mari, ou encore par Artémis/Diane, afin de la punir pour la perte de sa virginité (dans la version que le texte de Pseudo-Ératosthène attribue à Hésiode et chez Amphis). Elle enfante Arcas l'ancêtre des Arcadiens, avant sa transformation en ourse. Après cela, elle expérimente une autre métamorphose, le catastérisme, en devenant une constellation, la Grande Ourse. D'après plusieurs sources, Arcas, devenu un jeune homme, rencontre sa mère-ourse lors d'une partie de chasse, et essaie de la tuer.

Genre, Animaux et Animalité : Analyse du Mythe de Callisto

L'objectif de cet article est d'analyser les interactions entre genre, animaux et animalité dans ce mythe où la maternité joue un rôle important, car les deux personnages principaux sont une mère-ourse et un enfant (humain, dans la plupart des versions). Pour mieux saisir les caractéristiques de ces interactions, on essaiera d'analyser le mythe à la lumière des représentations et des significations symboliques que les cultures grecque et romaine associaient à l'animal en question, l'ours, et plus particulièrement l'ourse.

Le mythe de Callisto est très présent dans la littérature ancienne, mais ces mentions sont souvent problématiques, car il s'agit parfois de rappels rapides du personnage de Callisto, et surtout de la constellation de la Grande Ourse, sans que l'histoire soit racontée, car elle était bien connue. En effet, la référence la plus ancienne à la Grande Ourse dans la littérature grecque se trouve dans les poèmes homériques, bien que le lien avec le personnage de Callisto n'y soit pas avéré. On retrouve souvent l'histoire de Callisto dans les textes astronomiques, par exemple dans les Catastérismes du Pseudo-Ératosthène et dans les Phénomènes de Germanicus. Ces ouvrages sont très précieux parce qu'ils mentionnent des œuvres antérieures qui auraient fait référence à l'histoire de Callisto et qui ont pour la plupart disparu, comme un poème attribué au poète d'époque archaïque Hésiode (VIIIe-VIIe siècle av. J.-C.) et une pièce d'Amphis, poète comique athénien du IVe siècle av. J.-C. L'auteur ancien qui parle de ce mythe le plus longuement est Ovide (43 av. J.-C.-18/17 après). Son récit est ici privilégié, à la fois parce qu'il est le plus développé et parce qu'il se concentre sur la scène de la rencontre entre mère-ourse et enfant humain.

Interprétations Modernes du Mythe de Callisto

Le mythe de Callisto a fait l'objet de lectures très variées de la part de la critique moderne. Au XIXe siècle, la conception évolutionniste de la religion grecque, qui serait passée par des stades successifs (thériomorphisme puis anthropomorphisme), invitait à comprendre Callisto comme un double animal de la déesse Artémis. Ensuite, le mythe a été présenté comme un paradigme de rituel de passage, double mythique du rituel des Brauronies à Athènes. Dans cette interprétation, l'histoire de Callisto aurait représenté, de façon symbolique, le passage de l'état de jeune fille à celui de femme adulte (et mère), passage marqué par une période rituelle de ségrégation et par une mort symbolique. Dans les années 1990 et 2000, une autre piste a été proposée, qui se fonde sur les catégories de transgression et régression : Callisto serait coupable d'une transgression sexuelle - elle a perdu sa virginité -, ce qui expliquerait à la fois la colère d'Artémis et la transformation de Callisto en animal sauvage. Sandra Boehringer concentre son attention sur la dimension sexuelle du mythe : se fondant sur une scène précise - non incluse dans notre analyse -, à savoir la séduction de Callisto par Zeus déguisé en Artémis, elle considère l'histoire de Callisto comme l'unique mythe grec abordant le sujet de l'homosexualité féminine.

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L'Ourse dans la Culture Antique : Symbolisme et Représentations

En ce qui nous concerne, nous prendrons comme point de départ de notre analyse les caractéristiques attribuées à l'ourse par les Anciens. Un ouvrage de référence pour l'histoire culturelle de l'ours est celui de Michel Pastoureau, qui étudie les rapports entre ours bruns et humains en Europe du paléolithique au Moyen Âge, en se focalisant surtout sur la période médiévale. Pastoureau s'intéresse au mythe de Callisto, dont il souligne un aspect très important pour notre propos : « La légende de Callisto et d'Arcas met en valeur un des trois principaux thèmes mythologiques associant l'être humain et l'ours : celui de la métamorphose », écrit-il.

La première est une étude sur le mythe d'Alcmène (la mère d'Héraclès) de Maurizio Bettini. L'idée principale de ce travail est que les représentations qu'une société se fait d'un animal sont en partie déterminées par son aspect physique et par certains de ses comportements. Par exemple, les Grecs ont associé la belette au mythe de la naissance d'Héraclès parce qu'il était question d'un accouchement difficile. La forme allongée de la belette suggérait la capacité de passer à travers des lieux étroits de manière rapide et facile. Nous reprenons également les remarques proposées par Cristiana Franco, dans son essai consacré aux significations culturelles associées par les Grecs au chien, sur l'intérêt historique de reconstruire « l'encyclopédie culturelle » liée à une espèce particulière. Dans cette perspective, quelles étaient les significations que les Anciens pouvaient attribuer à l'ourse, en lien avec son comportement ? Dans notre analyse, nous nous intéressons en particulier à la maternité de l'ourse, et aux représentations contradictoires que les Anciens s'en faisaient. Dans notre hypothèse, le mythe de Callisto serait l'histoire d'une maternité inaccomplie. Par ailleurs, il avait déjà été observé par Madeleine Jost, critiquant le modèle interprétatif initiatique, que l'initiation de Callisto au mariage et à la maternité est pour le moins un échec, ce qui est admis également par l'une des auteurs qui suivent la piste de l'initiation, Judith Barringer, d'après laquelle Callisto offrirait en tout cas un modèle négatif.

Avant d'entrer dans les détails de notre hypothèse de lecture, une dernière remarque est nécessaire : notre étude s'intéresse aux traits attribués par les Anciens tout particulièrement à l'ourse plutôt qu'à l'espèce en général. En effet, dans la culture ancienne, certaines espèces animales ont tendance à être représentées d'une manière genrée, comme si toute l'espèce était masculine ou féminine. Dans le cas de l'ourse, c'est le caractère féminin qui l'emporte. D'une part, en effet, le zoonyme grec ἄρκτος est employé presque toujours au féminin, d'autre part - ce qui est le plus intéressant pour notre analyse - quand les sources grecques et latines mentionnent cet animal, elles font surtout référence à la femelle.

La Métamorphose de Callisto : Punition et Privation de la Beauté

D'après le récit d'Ovide, Callisto est métamorphosée en ourse par Junon. Même si elle connaissait depuis longtemps cette aventure, Junon attend le moment propice pour sa vengeance, et précisément elle attend la naissance d'Arcas, l'enfant issu de l'adultère de son époux Jupiter. La mise au monde d'Arcas montre l'offense qu'elle subit en tant qu'épouse, et la faute honteuse de son mari. La déesse métamorphose alors la jeune fille en ourse. La naissance d'Arcas est donc l'élément déclencheur de la métamorphose, et cette dernière détermine la séparation entre la mère et l'enfant. Je te ravirai cette beauté dont tu es charmée et par où, odieuse fille, tu charmes mon époux - elle dit et, debout devant elle, saisissant ses cheveux sur son front, elle la jeta à terre, la tête la première.

L'intention de Junon est très claire : avec la métamorphose, elle veut priver sa rivale de la beauté qui a plu à son époux. Elle s'attache d'abord aux cheveux et au visage de Callisto, les parties de son corps qui ont surtout attiré l'œil de Jupiter. Pendant qu'elle supplie la déesse, son corps se modifie, et le narrateur souligne le sens péjoratif de cette transformation : les bras se couvrent de poils sombres, et se transforment en des pattes pourvues de griffes. En plus, ses mains deviennent des pieds, c'est-à-dire qu'elle devient un animal à quatre pattes, s'éloignant ainsi de la façon humaine de marcher. Enfin sa bouche, celle qui avait plu à Jupiter, comme Junon le souligne, devient un vilain museau.

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L'Ours : Un Animal Informis et Anthropomorphe dans la Littérature Latine

Dans la littérature latine, l'ours est considéré comme un animal informis. Cet adjectif se retrouve, par exemple, dans les Géorgiques de Virgile, ce que Servius, dans son commentaire des œuvres virgiliennes, explique soit par le fait que l'animal n'est pas bien formé lors de sa naissance, comme on le verra, soit par sa taille excessive. En outre, chez les auteurs anciens, l'ours est parfois vu comme un animal anthropomorphe. Comme les êtres humains, par exemple, l'ours est un omnivore. Les Anciens connaissaient les habitudes alimentaires de cet animal, comme le montre, par exemple, une mosaïque qui représente des ours en train de manger des pommes. Un autre trait qui rapproche l'ours des humains est le fait que cet animal n'a presque pas de queue. De plus, il se tient parfois debout pour regarder au loin, ses pattes ont cinq doigts, et il utilise les membres antérieurs pour creuser et grimper, d'une façon proche de celle des humains. L'ours est donc un animal qui partage quelques caractéristiques avec l'homme, mais dont il se différencie par d'autres aspects connotés comme marqueurs de sauvagerie : la fourrure abondante, la marche à quatre pattes, les forêts comme habitat, les grandes dimensions, la force remarquable et la potentielle agressivité envers les hommes et plus globalement, comme on l'a vu, l'impression de difformité que les Anciens en tiraient.

En effet, s'il serait illogique de comparer la beauté de Callisto avec celle d'un quelconque animal car dans ce cas la mise en parallèle est rendue possible précisément à cause du caractère anthropomorphe de l'ours dans la perception des Anciens. Or, dans les Métamorphoses d'Ovide, la transformation dérive souvent d'une punition divine qui amplifie une caractéristique que le personnage avait déjà. Arachné, par exemple, dont l'histoire est racontée au livre VI du poème ovidien (103-128), est une tisseuse et devient une araignée, animal associé au tissage. De même, dans le cas de Callisto, entre cette dernière et l'ours, il y a des analogies : elle est une chasseresse qui vit dans les bois, tout comme l'ours est un prédateur sauvage. Pourtant, il y a aussi un élément de renversement dans la transformation. Callisto est en effet une jeune fille très belle, comme son nom, du grec kallisté (« très belle, la plus belle »), l'indique. Bien qu'Ovide ne mentionne pas dans les Métamorphoses le nom du personnage, jouant ainsi avec la notoriété du mythe et l'érudition de ses lecteurs, on sait qu'il s'agit de la chasseresse qui porte ce nom. Elle possède donc la caractéristique de la beauté, en latin forma, au contraire de l'ours informis.

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