L'affaire du "Grêlé", l'un des plus grands cold cases de France, a connu un dénouement tragique dans l'Hérault en 2021. François Vérove, ancien gendarme et policier, notamment au commissariat de Montpellier, a été convoqué pour un prélèvement ADN. Préférant la mort à la révélation de son identité, il s'est suicidé au Grau-du-Roi, laissant une lettre d'adieu où il avouait être le violeur et tueur en série qui a sévi en région parisienne entre la fin des années 80 et les années 90.

Un homme intégré dans la société

Ce qui fascine dans cette affaire, c'est le contraste saisissant entre le criminel et l'homme qu'il était devenu. Après avoir quitté la région parisienne, François Vérove s'était installé dans l'Hérault. Policier à Montpellier, conseiller municipal à Prades-le-Lez, puis habitant de La Grande-Motte, il était perçu comme un voisin, un père et un mari modèle.

Patricia Tourancheau, journaliste et co-réalisatrice de la série "Insoupçonnable", souligne cette dualité : "C'est le seul violeur et tueur en série français qu'on connaît et qui est aussi bien inséré dans la société." Elle le différencie d'autres criminels comme Patrice Allègre, Michel Fourniret ou Guy Georges, souvent dépeints comme des individus marginaux et déséquilibrés. Vérove, lui, était un garde républicain, paradant sur les Champs-Élysées, attentionné envers sa femme, n'ayant jamais levé la main sur ses enfants, et un bon voisin. Pourtant, il était aussi un "redoutable prédateur, violeur et tueur en série, très éclectique dans le choix de ses victimes et de ses modes opératoires."

Les victimes de François Vérove

On attribue à François Vérove plusieurs victimes, des enfants, des adultes. Il est notamment soupçonné d’avoir tué et violé Cécile Bloch en 1986, alors âgée de 11 ans. En 2021, avant d’être démasqué par la justice, le Grêlé s’était suicidé, laissant une lettre dans laquelle il s’accuse des meurtres, sans donner le nom des victimes. Ce jeudi 30 septembre, François Vérove a été identifié comme étant le tueur et violeur en série surnommé "le Grêlé". Ce jeudi 30 septembre, François Vérove a été identifié post-mortem comme étant le tueur et violeur en série surnommé "Le Grêlé". Le criminel, recherché depuis 35 ans, était responsable du meurtre et viol de Cécile Bloch en 1986, ou encore de ceux Gilles Politi et d'Irmgard Muller en 1987.

L'enquête rouverte et les zones d'ombre

Le pôle crimes sériels ou non élucidés de Nanterre a rouvert le dossier de François Vérove, notamment concernant un meurtre commis en 1990 dans le bois de Saint-Aubin, en Essonne. La victime, un dessinateur industriel nommé Gilbert G., avait été retrouvée attachée à un arbre, tuée d'une balle derrière la tête. Des éléments troublants, comme le type de munition utilisée (PA MAC 50, utilisée par les gendarmes) et le nœud de corde utilisé pour "neutraliser" la victime, rappellent le mode opératoire du "Grêlé". De plus, l'utilisation du chéquier de la victime pour l'achat d'un magnétoscope, où le vendeur se souvient d'un client présentant une carte de gendarme ou de policier, renforce les soupçons.

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La question des victimes dans l'Hérault

Une question demeure : François Vérove a-t-il fait d'autres victimes dans l'Hérault, ou a-t-il cessé son parcours criminel à la fin des années 90, comme il l'affirme dans sa lettre d'adieu ? Patricia Tourancheau penche pour la seconde hypothèse. Elle s'appuie sur un dossier médical datant d'une thérapie suivie par Vérove en 1997, où il évoque son désir de tuer et de faire souffrir son père, comme celui-ci l'avait fait souffrir.

Les confidences et la proposition de suicide

Dans le sillage de sa mort, des personnes de son entourage se souviennent de cet homme, successivement gendarme puis policier. Il était retraité au moment de sa mort. Thomas (le prénom a été changé), est le fils d'une amie d'enfance de Verove. Sur BFMTV, il fait état de la "relation de confident" entre sa mère et Verove lorsqu'ils étaient plus jeunes et vivaient dans le Nord à Marcq-en-Baroeul.

"Ils avaient de longues discussions""Souvent, il venait sonner le soir, parfois même tard, pour demander s'il pouvait rentrer pour discuter avec ma mère", rapporte-t-il."Ils avaient de longues discussions parfois, ils se racontaient leurs vies, ce qui se passait bien, ce qui ne se passait pas bien. Ils parlaient beaucoup de leurs états d'âmes, de leurs problèmes", poursuit-il.

Au cours de l'une de ces discussions, "le Grêlé" aurait un jour proposé à sa mère de se suicider ensemble, rapporte Thomas."Il y a un soir où ils discutaient de ce qui se passait pas forcément bien dans leur vie, comme tout adolescent parfois on a des problèmes, des états d'âmes, elle lui confiait cela et lui pareil. Il avait parfois des problèmes au niveau de sa famille, avec son père, et un soir il lui propose de se suicider tous les deux. La réaction de ma mère, évidemment, a été un petit peu un choc", témoigne-t-il."Monsieur Tout-le-Monde"Selon lui, sa mère aurait trouvé "étrange qu'il en vienne à faire une telle proposition", sans que toutefois ça ne "brise l'amitié"."A posteriori, elle se dit quand même qu'il y avait peut-être quelques petits indices qu'on n'a pas trop voulu voir.

La stupeur de la famille

Selon nos informations, l’épouse de François Vérove, alias le « Grêlé » - qui s’est suicidé par overdose de médicaments le 27 septembre comme l’avait révélé Le Point après avoir été convoqué pour un prélèvement ADN -, sa fille et son fils ont été entendus par la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne dès vendredi et samedi derniers. Le corps de celui que les enquêteurs ont surnommé « le Grêlé » avait été retrouvé le 29 septembre, date de sa convocation devant les enquêteurs.

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Les auditions, pourtant fleuves et très détaillées, n’ont pas apporté d’éléments déterminants pour la suite de l’enquête.

Les trois membres de la famille, très éprouvés par ce contexte tragique - ils ont perdu un mari et un père tout en apprenant sa face sombre de tueur et violeur en série notamment spécialisé dans le rapt d’enfants - ont confié leur énorme stupéfaction ainsi que leur désarroi.

Les limiers de la Crim n’ont pas hésité à fouiller les moindres recoins de la vie intime de la famille Vérove. La femme et ses deux enfants majeurs, qui ont eux-mêmes fondé une famille - François Vérove était aussi grand-père -, ne se sont aperçus de rien durant toutes ces années. Les auditions se poursuivent ces jours-ci avec d’autres membres de la famille de l’ancien gendarme et ex-policier.

Convocation et suicide

Le 24 septembre, Valérie (le prénom a été changé), l’épouse de François Vérove, reçoit un appel téléphonique de la police judiciaire de Montpellier l'informant de la convocation de son mari dans le cadre d’une instruction menée sur des crimes commis entre 1986 et 1992, et pour un prélèvement ADN. "Il a appelé immédiatement", se souvient-elle, et noté sa convocation cinq jours plus tard. "Il raccroche, il me dit "OK, c’est pour une vieille affaire".

Le lundi 27 septembre, François Vérove ne paraît pas plus inquiet et garde ses habitudes. "François participait à la conversation, aucun changement", note son épouse. Aux alentours de 18 heures, il quitte son domicile de La Grande-Motte (Hérault), officiellement pour aller accueillir des locataires dans un studio qu’il possède avec Valérie. "Il m’a dit Bisous, au revoir, chérie", se remémore sa femme, avec qui il est marié depuis 1985 et a eu deux enfants.

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Plus tard dans la soirée, ne le voyant pas revenir, elle prévient les gendarmes de sa disparition. Le lendemain, sa famille comprend qu’il n’avait jamais été question qu’il accueille des locataires Airbnb. Le mercredi, ils se rendent compte qu'il avait réservé un appartement au Grau-du-Roi (Gard). La famille alerte immédiatement les gendarmes qui se rendent sur place où ils découvrent un corps allongé sur un matelas, mort après avoir consommé une forte dose de médicaments.

"Je viens de me suicider, en cas de coma, ne pas tenter de me réanimer"Les gendarmes trouvent deux lettres dans le logement, l’une, pratique, demandant à la personne qui trouvera son corps de prévenir les gendarmes et, en cas de coma, de ne pas tenter de réanimation. L’autre est destinée à sa famille. "Je ne pouvais effacer le passé. Après plus de trente ans, le système judiciaire m’a rattrapé. Afin d’éviter un procès qui aura des conséquences sur vous, j’ai pris la décision de partir (…) Je ne pourrai jamais effacer le mal que j’ai fait à ma famille ainsi qu’aux familles des victimes. C’est mon plus grand regret. Je ne sollicite aucun pardon parce que tout ceci est impardonnable." La lettre se termine sur ces mots : "Je vous aime plus que tout au monde et déteste ce criminel que j’ai été", rapporte encore Le Parisien.

"J’ai le ciel qui me tombe sur la tête", confie Valérie à la juge. "J’ai vécu 36 ans avec un gars, même les enfants ont dit : "Papa il a deux facettes, c’est deux individus"".

Liens possibles avec d'autres affaires non résolues

Et si François Vérove, alias « le Grêlé », qui s’est suicidé en 2021 alors qu’il était sur le point d’être démasqué, était impliqué dans la plus mystérieuse affaire de meurtres d’enfants de l’histoire contemporaine ? Consultés par Les Jours, des éléments de l’enquête initiale sur l’enlèvement de Virginie Delmas, 10 ans, le 9 mai 1987 à Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis, le laissent penser. La victime avait été retrouvée morte le 9 octobre 1987 dans un verger isolé de Mareuil-lès-Meaux, en Seine-et-Marne. Dès les années 2000, cette affaire a été rapprochée de l’enlèvement le 3 juin 1987 de Perrine Vigneron, 7 ans, à Bouleurs, également en Seine-et-Marne. Le corps de celle-ci a été retrouvé trois semaines plus tard dans un champ à Chelles, dans le même département. Ces deux affaires ont été reprises au pôle de Nanterre (lire l’épisode 12, « Meurtres de petites filles en 1987 : le pôle “cold cases” cherche la lumière ») par Nathalie Turquey, la juge d’instruction qui a justement démasqué le « Grêlé » en 2021, à Paris, avant la création du pôle. Elle a depuis, selon les informations des Jours, réauditionné ou fait réentendre par les policiers la famille de Virginie Delmas et plusieurs témoins de l’époque, notamment autour d’éléments qui accréditent l’hypothèse conduisant à François Vérove.

Ces deux crimes constituent la moitié d’un affreux puzzle criminel puisque deux autres homicides de petites filles assez semblables ont été commis à la fin du printemps et au début de l’été 1987 en région parisienne.

Chronologie des événements

  • 22 janvier 1962 : Naissance de François Vérove.
  • 1er février 1983 : Engagement dans l'armée.
  • 5 août 1983 :
  • 7 avril 1986 :
  • 5 mai 1986 :
  • 29 avril 1987 :
  • 11 mai 1987 :
  • 2 septembre 1987 : Viol de Sylvia P., 34 ans, enseignante, 2, rue Plichon, puis agression et vol à main armée d’Armelle P.
  • 16 septembre 1987 : Vérove muté au 2e régiment d’infanterie de la Garde républicaine, à la compagnie de sécurité motocycliste.
  • 27 octobre 1987 :
  • 26 novembre 1987 : Quatre jeunes filles sont abordées dans les VIe et VIIe arrondissement de Paris par un prétendu policier qui « contrôle » leur identité. À 12 h 15, Aulde L., 19 ans, au 145, boulevard Saint-Germain. À 12 h 30, Sophie, 14 ans, puis Marie A., 14 ans, dans l’entrée de leur immeuble rue Jacob. Enfin, Ségolène, 14 ans, rue des Saints-Pères.
  • 1er décembre 1987 :
  • Janvier 1988 : Naissance du 1er enfant des Vérove.
  • 18 juillet 1988 : Démission de la gendarmerie.
  • Septembre 1988 :
  • 1989 :
  • Septembre 1989 :
  • Août 1991 :
  • 1993 :
  • 1996 :
  • Janvier 2001 :
  • 1er avril 2001 :
  • Mars 2010 :
  • Juin 2011 : Accident de moto de François Vérove.
  • Décembre 2014 :
  • 2016 :
  • 24 septembre 2021 :
  • 29 septembre 2021 :
  • 30 septembre 2021 : Identification post-mortem de François Vérove comme étant "le Grêlé".

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