Les crèches hospitalières, discrètes depuis leur création dans les années 70, ont été mises en lumière par la pandémie de COVID-19, jouant un rôle essentiel dans l'accueil des enfants du personnel soignant et prioritaire pendant le confinement. Ces crèches réquisitionnées ont enfin gagné en visibilité. Mais comment fonctionnent-elles ?

Une Crèche au Sein de l’Hôpital : Définition et Spécificités

La crèche hospitalière est, par définition, située dans les locaux de l’hôpital ou à proximité immédiate, accueillant les enfants des personnels hospitaliers. Cette implantation, bien que pratique, implique des contraintes et des avantages spécifiques.

Un des aspects cruciaux est le respect des procédures d’hygiène de l’établissement, établies par les Équipes Opérationnelles d’Hygiène (EOH). Bien que cela puisse parfois mener à un hygiénisme excessif, de nombreux services d’hygiène reconnaissent qu’une crèche n’est pas un service de soins et collaborent avec les équipes pour utiliser des produits moins agressifs. Sylvie Kracher, coordinatrice des crèches hospitalières de Strasbourg, souligne que « être dans un hôpital, c’est une chance : on a un médecin du travail, un pôle de pédiatres, une diététicienne pour les menus, un service d’hygiène formidable qui ne la transforme pas en crèche hygiéniste. C’est agréable et confortable ».

Structure et Gestion : Public vs. Privé

Environ 130 structures relèvent de la fonction publique hospitalière. Les crèches hospitalières sont majoritairement publiques, rattachées soit aux services RH des hôpitaux en tant que service social, soit à un service de soins (généralement la pédiatrie ou le pôle famille). Pascale Tournadre-Regairaz, présidente de l’association des EAJE hospitaliers publics, explique que la dépendance à un service de soins peut être complexe : « Les enfants des crèches ne sont pas des patients, ce sont des enfants en pleine santé. Et parfois la crèche est confondue avec un service de soins… En revanche quand, comme au Vinatier, elles dépendent des RH, c’est plus clair : elles sont un service social de l’hôpital à destination de ses employés et fonctionnent tout naturellement comme une crèche ».

Le personnel de ces crèches est rémunéré selon la grille salariale de la fonction publique hospitalière, ce qui leur permet de percevoir un salaire supérieur (environ 20 à 30% de plus à qualification égale) à celui de leurs collègues du privé, un avantage accentué depuis le Ségur de la Santé. Ils bénéficient également de primes pour les horaires atypiques (nuit, week-end, jours fériés), ce qui contribue à un turn-over paradoxalement moins important qu’ailleurs.

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Cependant, gérer une crèche hospitalière est complexe, et certains hôpitaux préfèrent confier cette tâche à des réseaux d’entreprises de crèches en Délégation de Service Publique (DSP). Ces DSP sont généralement de longue durée (20 à 30 ans) car l’hôpital met à disposition un local que le délégataire doit rénover ou aménager. Ce choix se justifie souvent par le fait que la crèche n’est pas le cœur de métier de l’hôpital, que cela coûte trop cher, ou que la gestion du personnel est trop prenante. Claire Velot-Lerou, directrice adjointe en charge de la politique sociale des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), explique que « Les établissements qui choisissent une DSP, l’abandon d’une gestion directe, s’explique dans un premier temps pour des motifs financiers, même si le coût d’une DSP peut avoir tendance à augmenter avec les années (offre préférentielle d’appel qui évolue ensuite), et également pour des raisons de personnel, avec des difficultés de recruter des auxiliaires de puériculture qui souvent sont plus attirées par les offres au sein du pôle pédiatrie. » Des établissements qui géraient auparavant une crèche en direct peuvent opter pour ce changement lorsque les locaux deviennent vétustes.

Les crèches Filao, émanation de la Mutuelle nationale des hospitaliers (MNH/ groupe nehs), se spécialisent dans les DSP hospitalières, avec l’ambition de se développer partout en France. Selon leur directrice des opérations, Claire Bessou, elles possèdent de solides atouts : « C’est dans notre ADN, puisque nous sommes liées à la MNH, nous connaissons bien les contraintes de l’hôpital nous avons de l’expérience et une activité de conseil et d’audit sur les crèches hospitalières. Et nous avons su identifier les leviers qui font qu’une crèche hospitalière peut à la fois proposer un accueil adapté aux familles exerçant en milieu hospitalier et néanmoins atteindre un équilibre financier acceptable. Nous avons beaucoup réfléchi à la rationalisation des plannings et du personnel. »

Horaires et Organisation : Un Défi Constant

La principale spécificité des crèches hospitalières réside dans leur public : les agents hospitaliers. Cela implique des amplitudes d’ouverture sur l’année et des horaires atypiques, rendant les plannings particulièrement complexes. Les agents hospitaliers ont des horaires variables, des alternances jour/nuit, des week-ends travaillés avec des récupérations en semaine, et ces horaires changent d’un mois ou d’une semaine à l’autre.

La plupart des crèches hospitalières s’adaptent à ces contraintes, avec des amplitudes horaires allant souvent de 6h à 22h (environ 16 heures par jour), et une ouverture quasiment toute l’année, week-end et jours fériés compris. En moyenne, les crèches hospitalières sont ouvertes plus de 300 jours par an, certaines allant jusqu’à 334 jours. Pascale Tournadre-Reigaratz souligne que « Les crèches hospitalières proposent en moyenne une offre de +33% par rapport aux autres ». Toutefois, pour les crèches en DSP, cela dépend : certaines, comme celles de Caluire et Chambovet à Lyon (LPCR), n’ouvrent ni les week-ends, ni les jours fériés, et ferment pendant les vacances, bien que leur amplitude horaire journalière reste élevée (6h-22h).

L’organisation est donc primordiale. Les directrices de crèches hospitalières s’accordent sur la nécessité d’une organisation complexe, délicate, fastidieuse, et chronophage. Il faut jongler avec les plannings des enfants et des professionnels, ce qui nécessite parfois deux personnes pour élaborer le planning d’un seul mois. Les parents fournissent généralement leurs plannings le 20 du mois précédent, mais les structures ont déjà donné leur planning à leurs professionnels, ce qui nécessite des ajustements constants. Sylvie Kracher explique que « Du coup, nous refaisons des ajustements en comparant les deux plannings. Ce qui peut bouleverser à la marge celui de nos pros qui eux-mêmes ont des horaires atypiques avec l’organisation familiale qui va avec ! Eux ne reçoivent leur planning définitif qu’aux alentours du 25 ou 26 du mois pour le mois suivant ».

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Lise Bracoud, coordinatrice des crèches des Hospices Civils de Lyon, confirme ce casse-tête : « Après avoir reçu le planning des enfants réguliers, nous faisons le point sur l’accueil des enfants en occasionnel. Et alors commence le casse-tête d’adapter le planning des pros à celui des enfants et du nombre d’enfants accueillis à l’instant T. Heureusement, nous avons trois pros « volantes » qui tournent sur nos deux crèches. » Il est à noter que les crèches hospitalières doivent avoir sur place deux professionnels pour les ouvertures et les fermetures.

Impact sur l'Organisation Pédagogique et l'Investissement du Personnel

Ces plannings atypiques et variables ont des conséquences sur l’organisation, y compris pédagogique, de la crèche. Les directrices insistent sur la nécessité de prêter une attention particulière au rythme de chaque enfant et de mettre en place un système de référence souple et rassurant. Lise Bracoud souligne : « On travaille beaucoup en observation. Il n’y a pas de journée-type. Par exemple, les enfants sont couchés ou vont se coucher quand ils en ressentent le besoin car tous ne se seront pas levés à la même heure. » Elle ajoute : « On essaie vraiment d’accueillir les enfants avec bienveillance en respectant leur rythme et en leur donnant des repères ».

Sylvie Kracher insiste sur l’investissement des professionnels : « Ce sont des personnes très engagées qui font preuve d’énormément de souplesse. Il faut accueillir les enfants toute la journée faire des transmissions tout au long de la journée et s’occuper en même temps d’un groupe d’enfants. Plus faire toutes les tâches annexes inhérentes au travail en crèche. » Ces crèches ont mis en place un système de référence pour sécuriser les enfants : à Strasbourg, les crèches d’inspiration piklérienne fonctionnent avec une référente par enfant et un groupe d’enfants avec plusieurs pros référentes du groupe ; à Lyon, c’est un binôme de référentes qui travaillent en horaires complémentaires pour chaque enfant. Les transmissions sont parfois perturbées par ce que vivent les parents à l’hôpital, nécessitant un « sas de décompression » avec l’équipe d’encadrement.

Taux d’Occupation et Équilibre Financier : Des Défis Majeurs

Les crèches hospitalières affichent souvent un taux d’occupation plus bas que la moyenne. Pascale Tournadre-Regairaz constate que « Nos taux d’occupation ne sont pas bons et ce n’est pas confortable ». Sylvie Kracher confirme un taux d’occupation réel de 55% et un taux facturé de 61%, alors que la moyenne nationale est supérieure à 70%. À Lyon, les crèches hospitalières en DSP de LPCR affichent un taux d’occupation de 64,47% contre 70,82% pour les autres crèches de la zone.

Pour améliorer ces taux, certaines crèches réservent des berceaux pour des entreprises proches ou la commune, mais cela n’est pas toujours suffisant. L’accueil occasionnel est une solution, mais il ne compense pas les effets des horaires atypiques et variables des familles « régulières ». Claire Bressou suggère d’utiliser des agréments modulés : moins d’enfants et donc moins de professionnels le matin, en fin de journée, ou le week-end.

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En termes d’équilibre financier, les crèches hospitalières (sauf quelques micro-crèches-paje) sont des crèches PSU, et leur fonctionnement est coûteux. Selon Pascale Tournadre-Reigairaz, le coût annuel d’une place en crèche est en moyenne de 15 700€, contre 21 500€ pour une crèche hospitalière, soit 5 000€ de plus en moyenne. Malgré une amplitude d’ouverture supérieure de 33%, la plupart des crèches hospitalières à gestion directe sont déficitaires.

Micro-Crèches : Une Alternative ?

La micro-crèche, une structure à taille humaine accueillant un maximum de 12 enfants de 2 mois et demi à 3 ans, peut être une alternative intéressante. Contrairement aux crèches collectives, il n’y a pas de séparation entre les âges, et ces structures proposent souvent un projet pédagogique. Les micro-crèches sont ouvertes du lundi au vendredi et proposent un accueil régulier ou occasionnel.

Elles présentent plusieurs avantages : une plus grande proximité avec les enfants, une personnalisation du projet pédagogique, un apprentissage en douceur de la vie en collectivité, et une meilleure sociabilisation. Pour les parents, la micro-crèche favorise une proximité avec le personnel et une collaboration dans le projet pédagogique.

Toutefois, le tarif d’une micro-crèche est généralement plus élevé que dans une structure collective, bien que des aides financières comme le Complément de libre choix du mode de garde (CMG) et le crédit d’impôt pour garde d’enfant de moins de 7 ans puissent réduire ce coût.

Crèches Inter-Entreprises : Une Solution pour les Salariés ?

La crèche inter-entreprises est une autre alternative intéressante. Il s’agit d’une crèche privée qui accueille les enfants d’employés de différentes sociétés. Elle fonctionne comme une crèche collective ou municipale, mais présente des avantages supplémentaires. Les entreprises réservent des places pour les enfants de leurs salariés, et le coût restant à la charge de l’employeur est réduit grâce aux soutiens financiers et aux avantages fiscaux. Le Crédit d’Impôt Famille (CIF) permet un remboursement de 50% du coût de la réservation, pouvant même atteindre 75% dans certaines situations.

Secteur Public vs. Secteur Privé : Quelles Différences ?

Il est important de distinguer les crèches du secteur public de celles du secteur privé. Le secteur public offre généralement une plus grande proposition de services, une sécurité de l’emploi, une stabilité salariale, et une mission d’intérêt général. Cependant, il peut être caractérisé par une lenteur du changement. Le secteur privé, quant à lui, est souvent plus dynamique et à échelle plus humaine, mais la sécurité de l’emploi n’y est pas garantie.

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