La question de savoir si l'on peut vivre d'une race locale revient fréquemment, et l'histoire du GAEC de la Faubonnière à Chémery, dans le Loir-et-Cher, offre un éclairage intéressant sur cette problématique. Cette exploitation, reprise en 2014 par Isabelle et Vincent Cailleau après avoir été créée par les frères Crèche en 1980, illustre comment la valorisation d'une race locale, le mouton solognot, peut être viable lorsqu'elle est associée à une production complémentaire à forte valeur ajoutée : le foie gras.
Un virage vers les races locales et la gastronomie
Au début des années 1980, les frères Crèche possédaient un élevage intensif de moutons vendéens. Malgré un cheptel de plus de 500 brebis, ils peinaient à dégager un revenu équivalent au SMIC, avec une charge de travail considérable. Une réflexion s'imposait : comment concilier leur passion pour la gastronomie et leur intérêt pour les races locales ?
La Sologne n'est certes pas le Sud-Ouest, mais grâce à des installations adaptées et un savoir-faire maîtrisé, la production de foie gras s'est avérée prometteuse. Le succès du GAEC repose sur un modèle de vente directe, de l'élevage à la commercialisation, permettant de dégager des marges bénéficiaires plus importantes.
Didier Crèche, passionné par les moutons, ne pouvait se résoudre à les abandonner. La race solognote, parfaitement adaptée au climat humide et aux sols argileux de la région, s'est imposée comme une évidence. Ce mouton au pelage roux, unique en France, a failli disparaître dans les années 1960, victime de la modernisation agricole. Ses effectifs, qui atteignaient 300 000 têtes en 1850, avaient chuté à moins de 200.
La famille Crèche a retrouvé sept moutons solognots chez des personnes âgées, marquant le début d'une passion pour cette race.
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Le mouton solognot : un complément de production valorisé
Aujourd'hui, les moutons solognots représentent un complément de production important pour le GAEC. Les 200 brebis génèrent un chiffre d'affaires d'environ 46 000 euros, soit près de 15 % du chiffre d'affaires total. Cette activité est rentable, car la race solognote est rustique et demande peu de soins et de temps.
Les brebis agnellent en plein air intégral, de février à avril, avec un taux de réussite de 95 % sans intervention de l'éleveur. De mi-avril à début novembre, les troupeaux transhument sur différents sites des bords de Loire, contribuant à l'entretien des paysages. De novembre à février, les brebis sont parquées au bord du Cher.
Les femelles sont vendues comme reproductrices à des agriculteurs, à l'exportation ou à des particuliers souhaitant entretenir leurs terrains de manière écologique.
La sauvegarde de la race solognote : un enjeu collectif
Grâce au dynamisme du Flock Book, qui regroupe 34 éleveurs, la race solognote se porte mieux, bien que ses effectifs restent faibles (2000 brebis inscrites au Flock Book). Le Flock Book a développé la sélection pour améliorer la résistance des animaux à la tremblante.
Les éleveurs s'efforcent de promouvoir la race et de faire reconnaître les qualités organoleptiques de la viande solognote à travers une marque "Agneau de race Solognote". Ils participent à de nombreux comices et sont présents au Salon de l'Agriculture.
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Visite à la ferme de la Faubonnière
Si vous passez en Sologne, n'hésitez pas à visiter le GAEC de la Faubonnière à Chémery (tél : 02 54 71 81 77). Vous y serez accueillis par la famille CRECHE, qui dispose également d'un point de vente destinés à valoriser les produits de la Ferme. Vous pourrez ainsi vous en faire une idée plus précise en discutant avec des passionnés de la race ovine Solognote. La ferme de la Faubonnière se situe à Chémery, dans le Loir et Cher depuis 1980. Les animaux sont élevés, abattus et transformés sur l’exploitation dans le respect de la tradition. Les bovins sont issus de la race limousine (la meilleure race à viande). Ils pâturent deux saisons durant, nourris de céréales et de foins de l’exploitation.
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