La maternité des Lilas, située en Seine-Saint-Denis, est bien plus qu'un simple établissement médical. C'est un symbole de la lutte pour les droits des femmes, pionnière de l'accouchement naturel et un lieu essentiel pour l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Cependant, depuis plusieurs années, elle est confrontée à des difficultés financières qui menacent son existence. Cet article explore l'histoire de cette institution emblématique, ses combats, ses défis et les mobilisations pour sa sauvegarde.
Un établissement pionnier de l'accouchement naturel
Installée aux Lilas depuis 1964, la maternité s'est distinguée comme l'une des premières en France à promouvoir l'accouchement naturel, ou du moins le moins médicalisé possible. Elle doit sa création à la comtesse de Charnière, une femme riche et avant-gardiste qui souhaitait offrir aux femmes un lieu où elles pourraient accoucher sans douleur. La comtesse avait fait la connaissance de Fernand Lamaze, le “pape” de l’accouchement sans douleur en France, qui avait découvert une technique de relaxation et de respiration lors d’un voyage en Russie.
À une époque où la péridurale n'était pas encore généralisée, la maternité des Lilas a défendu une approche plus physiologique de l'accouchement, basée sur le conditionnement mental et la relaxation. Même après la démocratisation de la péridurale, elle a continué à privilégier un accompagnement humain et personnalisé, avec des taux de recours à la péridurale et à la césarienne inférieurs aux moyennes nationales. En 2020, 72 % des femmes y ont reçu une péridurale et seules 0,5 % ont subi une épisiotomie. De plus, elle offrait une salle d'accouchement avec baignoire, considérée comme « le temple de l'accouchement naturel ».
Jeanne, une usagère ayant accouché en 2020, témoigne : "J'ai accouché en 2020 de ma fille, et cela, 5 jours après le terme prévu. Mon travail a duré 34 h. Jamais, dans un hôpital, on m'aurait laissé décider. On aurait certainement provoqué l'accouchement en me faisant peur et en disant qu'il y avait un risque pour moi ou mon bébé et on aurait provoqué l'accouchement et tenter de réduire le temps de mon travail."
Un engagement pour les droits des femmes et l'accès à l'IVG
La maternité des Lilas ne s'est pas contentée de promouvoir l'accouchement naturel. Elle s'est également engagée dans la lutte pour les droits des femmes, notamment en matière d'accès à l'IVG. Avant la loi Veil de 1975, la clinique pratiquait des avortements clandestins pour garantir la sécurité et le respect du choix des femmes. Cet engagement militant lui a valu d'être la cible de commandos anti-IVG au début des années 1990.
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Aujourd'hui encore, la maternité des Lilas joue un rôle crucial dans l'accès à l'IVG en Seine-Saint-Denis, un département qui compte le plus grand nombre de naissances en France. Elle réalise environ 900 IVG par an, soit 10% du total du département.
Des difficultés financières persistantes
Malgré son rôle essentiel et son engagement pour les droits des femmes, la maternité des Lilas est confrontée à des difficultés financières depuis plus de dix ans. Son déficit s'élève à plusieurs millions d'euros, en raison notamment de ses méthodes particulières, qui nécessitent davantage de personnel et des séjours plus longs pour les patientes. Chaque année, l’association Naissance, qui gère l’établissement, enregistre ainsi des pertes d’environ 6 millions d’euros. De plus, les locaux de la maternité sont vétustes et ne correspondent plus aux normes actuelles.
Selon Bernard Bensaïd, le groupe ne reprendrait pas forcément toutes les sages-femmes au nombre de 25 actuellement en poste. « Mais, signale-t-il, je comprends les inquiétudes. Nous nous engageons à maintenir le même niveau d’accompagnement à l’accouchement physiologique que propose la maternité des Lilas, mais aussi sur la prise en charge des transgenres. »
Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés financières. D'une part, la maternité des Lilas est un établissement de niveau 1, ce qui signifie qu'elle ne peut prendre en charge que les accouchements sans risque. D'autre part, la tarification à l'acte ne favorise pas les maternités qui privilégient l'accompagnement personnalisé et l'accouchement physiologique.
Menaces de fermeture et mobilisations pour la sauvegarde
Face à ces difficultés financières, la maternité des Lilas a été menacée de fermeture à plusieurs reprises. En 2011, un collectif citoyen avait déjà été créé pour défendre l'établissement. En 2022, une pétition de défense de la maternité a recueilli 34 000 signatures.
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Suite à différentes mobilisations du collectif de la maternité des Lilas, l'établissement ne fermera pas ses portes le 2 juin prochain comme annoncé. Elle a obtenu 1 an de sursis.
Plusieurs personnalités politiques se sont également mobilisées pour la sauvegarde de la maternité. Lionel Benharous, maire des Lilas, a rappelé son engagement à défendre l'établissement et a souligné qu'il avait été élu sur cette promesse.
Projets de reprise et perspectives d'avenir
Pour assurer sa pérennité, la maternité des Lilas a envisagé plusieurs projets de reprise ou de fusion avec d'autres établissements. En 2015, un projet d'adossement à une extension de la clinique Floréal à Bagnolet avait été validé par l'ARS, mais il a finalement été retoqué deux ans plus tard. Plus récemment, une fusion avec la clinique Vauban de Livry-Gargan a été évoquée, mais elle a été rejetée par le personnel, qui craint une remise en cause de ses valeurs et de ses pratiques.
Myriam Budan, directrice de la maternité, a souligné l'importance de trouver un repreneur qui respecte la culture et l'identité de l'établissement. Elle a également insisté sur la nécessité de reconstruire les locaux, qui sont vétustes et ne correspondent plus aux normes actuelles.
L'ARS a accordé un sursis d'un an à la maternité, jusqu'en juin. Ce délai doit permettre de trouver une solution viable pour assurer la pérennité de l'établissement.
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La fermeture et la transformation en centre de santé pour femmes
Malgré les efforts et les mobilisations, la maternité des Lilas a finalement fermé ses portes le 31 octobre. La Haute Autorité de Santé (HAS) lui avait retiré sa certification en janvier, et l'ARS avait annoncé la fermeture prochaine de l'établissement en juillet, invoquant des conditions de sécurité non optimales, une activité déclinante et des difficultés financières insurmontables.
Une partie du personnel devrait intégrer les équipes de la maternité de l’hôpital Tenon, les locaux des Lilas vont être rénovés pour accueillir un centre de santé pour femmes. Le centre pratiquera des IVG, offrira une prise en charge en endométriose et assurera un accompagnement spécifique des couples de femmes et des personnes transgenres.
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