Le parcours de procréation médicalement assistée (AMP), bien qu'empreint d'espoir, peut devenir un défi majeur dans la vie professionnelle des femmes. Les absences répétées et souvent imprévisibles, la fatigue physique et émotionnelle, le stress, et parfois un sentiment de culpabilité, conjugués à une hiérarchie peu compréhensive ou des trajets longs vers les centres de soins, peuvent rendre la conciliation difficile. Face à ces obstacles, certaines femmes se retrouvent contraintes de cesser temporairement ou définitivement leur activité professionnelle. Comment cette décision s'impose-t-elle ? Quelles sont les conséquences et les alternatives possibles ?

Les Défis du Parcours d'AMP sur la Vie Professionnelle

De nombreuses femmes témoignent de la difficulté à jongler entre les exigences de leur travail et les contraintes du parcours d'AMP. Claire, Amandine, Sabrina, Émilie, Emmanuelle, Marie, Kim et Laetitia, issues de divers secteurs professionnels (infirmière, chargée d'accueil petite enfance, directrice commerciale, responsable d'opérations immobilières, avocate, chargée de communication, assistante juridique, cadre de santé), partagent un constat commun : la gestion des absences et des retards liés aux traitements est une source de stress constante.

Le Pr Nathalie Massin, endocrinologue de la reproduction, souligne que les traitements d'AMP nécessitent des absences fréquentes, peu programmables et d'une durée imprévisible, souvent sur une longue période. Claire insiste sur la charge mentale que représentent ces rendez-vous : prise de rendez-vous, jonglage avec l'agenda personnel et professionnel, préparation des documents, anticipation des absences, déplacements, disponibilité pour recevoir les résultats et gestion des traitements.

La sociologue Irène-Lucile Hertzog met en évidence la nécessité d'exposer une réalité intime dans la sphère professionnelle. Au bout d'un certain temps, les femmes sont souvent obligées de révéler à leur employeur le motif de leurs absences, partageant ainsi leur projet de parentalité, encore stigmatisé dans le monde de l'entreprise, et leurs difficultés d'infertilité ou leurs échecs.

Laetitia explique qu'elle aurait préféré garder son parcours secret, mais les absences répétées ont éveillé les soupçons de ses collègues. Kim, en parcours d'AMP solo, a été confrontée au jugement de sa direction quant à son choix d'avoir un enfant seule. Sabrina a subi des remarques désobligeantes de son manager, insensible à sa souffrance.

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Face à ces difficultés, certaines femmes choisissent de taire leur parcours d'AMP, dans la mesure du possible. Même celles qui bénéficient d'un certain soutien de leur hiérarchie éprouvent des difficultés à gérer la fatigue et le stress, qui s'ajoutent à l'énergie déjà requise par leur travail. Une enquête de 2020 révèle que la vie professionnelle est fortement perturbée par les traitements d'AMP, avec une réduction des performances pour 79 % des personnes et une rupture dans les routines professionnelles pour 83 % des interrogés.

Emmanuelle, Claire, Marie et Émilie témoignent de leur incapacité à tout mener de front. Emmanuelle décrit un sentiment de culpabilité, l'impression de mal faire son travail et de ne plus être à 100 %. Irène-Lucile Hertzog parle d'une réalisation de soi doublement fragilisée, les femmes étant confrontées à la norme de la double activité : désir d'être mère et engagement professionnel. Les échecs de l'AMP viennent fragiliser ces deux aspects de leur vie.

L'Arrêt de Travail : Une Décision Difficile Mais Nécessaire

En 2016, des dispositions légales ont été adoptées pour faciliter les aménagements du travail dans le cadre d'un parcours d'AMP, grâce au lobbying de l'association de patients BAMP. Cependant, ces dispositifs restent sous-utilisés, probablement en raison des difficultés évoquées précédemment.

Plusieurs femmes ont pris la décision radicale de cesser de travailler, temporairement ou définitivement. Laetitia a quitté un poste qu'elle adorait, Kim a changé de métier pour un poste à mi-temps, Marie a mis en pause son activité libérale, Emmanuelle a négocié une rupture conventionnelle, Émilie a démissionné, Sabrina a été arrêtée pendant deux ans, et Amandine a fait un burn-out et a démissionné.

Amandine explique que quitter son emploi a été un choix difficile, mais elle se choisissait elle-même, après une fausse-couche et un parcours d'AMP éprouvant. Emmanuelle a ressenti un soulagement, l'impression d'avoir enfin du temps pour se remettre sur pieds et seRecentrer sur ses objectifs.

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Toutes les femmes interrogées évoquent un besoin viscéral de mettre tout sur pause, de prendre soin d'elles et de réduire le stress quotidien. Boutayna Soubai Burkel, formatrice en management, souligne qu'il s'agit moins de choisir entre désir de maternité et vie professionnelle que de choisir entre sa santé mentale et physique et sa carrière. La psychologue clinicienne Sylvie Moriette explique que l'arrêt du travail permet aux femmes de se retrouver face à elles-mêmes et d'accueillir leurs émotions sans les censurer.

Laetitia raconte qu'en quittant son poste, elle simplifiait la logistique et s'épargnait le stress des absences et des justifications. Elle s'est lancée dans une mission de secrétariat pour l'entreprise de son mari pour ne pas rester inactive. Sylvie Moriette souligne que l'arrêt du travail génère un double mouvement : plus de temps pour penser et se recentrer sur ses besoins, ce qui peut favoriser un mieux-être.

Les Conséquences de l'Arrêt de Travail et la Reprise d'Activité

L'arrêt de travail peut avoir des conséquences sur la confiance en soi et le sentiment d'utilité sociale, comme en témoigne Marie, qui a souffert du regard des autres après avoir quitté son travail d'avocate. Elle a finalement repris une activité professionnelle moins stressante. Émilie a également repris le travail après un an d'arrêt, en choisissant un poste avec des horaires plus stables et moins de pression. Kim a fait un compromis similaire. Amandine, quant à elle, a profité de son temps d'arrêt pour lancer son entreprise.

Marie et Emmanuelle estiment que le parcours d'AMP a freiné leur carrière. Irène-Lucile Hertzog souligne que l'organisation des parcours d'AMP désavantage les femmes, qui doivent constamment articuler leur suivi médical et leur travail, et qui subissent les traitements et les rendez-vous. L'AMP, comme la maternité, révèle les inégalités de sexe dans le monde du travail.

Pistes d'Amélioration et Soutien

Dans ce contexte, plusieurs pistes d'amélioration sont envisagées pour faciliter la vie professionnelle des femmes en parcours d'AMP. Boutayna Soubai Burkel accompagne les managers à mieux gérer la vulnérabilité au travail, un facteur essentiel d'attractivité et de bien-être. Elle souligne l'importance d'informer son manager, de repérer les signaux de souffrance et de s'assurer d'être bien informé sur son propre parcours.

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De plus en plus d'entreprises mettent en place des cadres de bienveillance, comme la société Safran, qui a récemment mis en place un accord pour offrir aux parents et futurs parents des dispositions harmonisées (congés, kit d'accompagnement, assouplissement des horaires). Vincent Mackie, Directeur des Affaires Sociales chez Safran, explique que cet accord se fonde sur l'augmentation du recours à la procréation médicalement assistée.

En 2016, les femmes et les hommes en parcours d'AMP ont obtenu le droit à des autorisations d'absence pour les rendez-vous médicaux. Il est également important de prendre en compte les facteurs liés à l'infertilité, tels que les troubles de l'ovulation et le surpoids, qui peuvent diminuer les chances de grossesse en AMP.

Informations Pratiques et Soutien Médical

Les centres d'AMP restent ouverts, dans le respect des mesures sanitaires. Il est important de signaler tout voyage à l'étranger lors des consultations, afin d'adapter la prise en charge en fonction des réglementations sanitaires en vigueur.

Les chances de grossesse en AMP varient selon les techniques employées, l'âge des femmes et les causes d'infertilité. L'AMP est prise en charge à 100% par la Sécurité Sociale sous certaines conditions d'âge. Il est possible de conserver ses ovocytes en vue d'une future grossesse, notamment en cas de traitement pouvant diminuer la fertilité.

L'hypnose peut être proposée pour aider à se relaxer et à diminuer le stress lors de la ponction. Des consignes spécifiques doivent être suivies avant et après l'insémination et la ponction d'ovocytes. Un accompagnement médical et psychologique est essentiel tout au long du parcours.

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