L'infertilité, définie par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme l'incapacité d'obtenir une grossesse clinique après douze mois ou plus de rapports sexuels réguliers et non protégés, est un problème de santé publique croissant au Cameroun, comme dans de nombreux pays africains. Cette condition médicale a des répercussions profondes sur les couples, les familles et la société en général. Face à cette réalité, la fécondation in vitro (FIV) est apparue comme une solution d'espoir pour de nombreux couples infertiles au Cameroun.
L'Infertilité au Cameroun: Un Problème de Santé Publique
Au Cameroun, l'infertilité est souvent stigmatisée et mal comprise. Les femmes sont généralement blâmées pour l'incapacité du couple à concevoir, ce qui peut entraîner des pressions sociales intenses, la répudiation et même la polygamie. Le professeur Jean-Marie Kasia, administrateur directeur général du Centre hospitalier de recherche et d'application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine (Chracerh) de Yaoundé, souligne que l'infertilité est une maladie qui doit être traitée comme toute autre.
Des médecins confient que 60% des consultations dans les services de gynécologie des formations hospitalières, sont liées à l'infertilité. Conséquences qui vont souvent jusqu'aux divisions entre les familles, voire des contrées tout entières. C'est dire que si le débat sur certaines formes de procréation médicalement assistée se pose en d'autres termes en Occident, la question mérite une attention au même titre que celle vouée aux pathologies comme le paludisme, le VIH/sida, etc., si l'on veut aider la femme à garder sa dignité. S'agissant des causes chez l'homme, il évoque « l'azoospermie et les troubles d'érection ». A côté des couples qui s'attardent à se rejeter la responsabilité de la stérilité, il existe ceux qui, désirant changer leur statut, sollicitent des scientifiques.
La FIV au Cameroun: Un Espoir pour les Couples Infertiles
La fécondation in vitro (FIV) est une technique de procréation médicalement assistée (PMA) qui consiste à faire se rencontrer les spermatozoïdes et les ovocytes en laboratoire. Les embryons sont ensuite déposés à l'intérieur de l'utérus. Au Cameroun, la FIV est pratiquée depuis 1997, et le premier bébé né par FIV en Afrique Centrale est né le 14 avril 1998 à la clinique Odyssée de Douala.
Le Centre hospitalier de recherche et d'application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine (Chracerh) de Yaoundé est le premier établissement public à pratiquer la fécondation in vitro en Afrique subsaharienne. L’Ouganda a depuis ouvert un centre public en 2018 à Kampala, mais la section «fertilité» de cet hôpital spécialisé en santé maternelle n’est pas encore opérationnelle. L’Éthiopie, la Guinée et la Tanzanie auraient également des projets. À Yaoundé, les besoins sont tels que le centre est déjà surchargé.
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Les Techniques de PMA Disponibles au Cameroun
Plusieurs techniques de procréation médicalement assistée sont disponibles au Cameroun, notamment :
- L'insémination artificielle (IAC): Elle concerne les patientes qui ont au moins une trompe perméable dont le partenaire présente des insuffisances de sperme; elle est aussi utilisée pour des stérilités de cause indéterminée.
- La fécondation in vitro (FIV): Elle concerne surtout les patientes présentant une pathologie tubaire (sténoses tubaires), des échecs d'IAC, des causes masculines et féminines.
- L'ICSI (Injection Intracytoplasmique de Spermatozoïdes): Elle est indiquée pour des spermogrammes très pathologiques et des échecs de FIV.
- La congélation: Elle est réalisée pour la conservation du sperme et des embryons surnuméraires.
- La culture prolongée des embryons: Elle permet de faire le transfert des embryons de J5 et J6.
- La congélation des embryons: Elle permet de conserver les embryons surnuméraires ou d’éviter les complications graves comme les Hyperstimulations ovariennes (HSO).
Déroulement d'une FIV
Voici les principales étapes d'une FIV :
- Stimulation ovarienne : La patiente reçoit des injections d'hormones pour stimuler la production d'ovocytes.
- Déclenchement de l'ovulation : Une injection d'H.C.G est réalisée pour déclencher l'ovulation.
- Recueil des ovocytes : Les ovocytes sont recueillis par ponction par voie vaginale sous contrôle échographique.
- Fécondation in vitro : Chaque ovocyte est mis en contact avec environ 50 000 spermatozoïdes dans un milieu de culture spécifique et maintenu dans un incubateur à 37°.
- Transfert des embryons : Les embryons sélectionnés sont transférés dans l'utérus par voie vaginale.
- Surveillance de la grossesse : Des dosages sanguins de progestérone sont effectués pour surveiller la grossesse.
Cliniques de FIV au Cameroun
Plusieurs cliniques offrent des services de FIV au Cameroun, notamment :
- Le Centre hospitalier de recherche et d'application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine (Chracerh) de Yaoundé
- La clinique Odyssée de Douala
Coût de la FIV au Cameroun
La FIV est une procédure coûteuse, mais elle est généralement plus abordable au Cameroun que dans les pays occidentaux. Le coût d'une FIV varie de 5000 à 6000 euros dans le privé et de 1500 à 2000 euros dans le public. Le Pr Jean Marie Kasia, directeur du Chracerh, estime que quand vous n'en avez, elle revient à 1,5 million de Fcfa. Malheureusement, ce coût n'est amorti par aucune ONG, gouvernement ou même assurance privée.
La déception est d’autant plus grande, sur le continent, que pour déjouer la nature certains couples vendent leurs bijoux de famille, leur commerce ou leurs terres pour financer une procédure onéreuse. Perçue comme un luxe, son coût n’est amorti par aucune ONG, gouvernement ou même assurance privée. Pour les couples concernés, loin d’être superflu, avoir des enfants relève souvent d’un commandement divin ainsi que d’une mission culturelle: transmettre la lignée. En mourant, un Africain, s’il a des enfants, continue à exister.
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Défis et Considérations Éthiques
Malgré les progrès réalisés dans le domaine de la FIV au Cameroun, il reste des défis importants à relever. La quarantaine de centres de procréation médicalement assistée du continent exerce en l’absence quasi totale de cadre légal, par exemple en ce qui concerne l’âge de la patiente. Le docteur Guy Sandjon, président du Conseil de l’ordre national des médecins du Cameroun, met en garde contre de possibles dérapages, car des patientes se disent prêtes à mourir en essayant d’enfanter, et souhaitent par exemple qu’on leur implante un maximum d’embryons, dans une région où les naissances multiples sont à risque. La détresse est telle que « dans les maternités africaines, tous les mois il y a des vols de bébés ».
Il est également important de noter que la FIV n'est pas toujours couronnée de succès. Léonce Mbeng, habitante de Yaoundé, témoigne : « Ce n'est pas forcément au premier coup que tout marche à merveille. Dommage qu'au bout de trois essais, son rêve ne se soit pas réalisé ». Le Pr Jean Marie Kasia explique : « Nous ne faisons pas de miracle, nous faisons en fonction de ce que la science prévoit. Qu'est ce que la science prévoit ? Elle prévoit un taux de grossesse qui est de 20 à 25%. Or à l'époque, nous avons commencé par 16% de grossesse quand nous étions à l'hôpital général. Faute de moyens, l'église est souvent le dernier recours pour certains.
De plus, certaines personnes ont des préoccupations éthiques concernant la FIV, notamment en ce qui concerne la sélection des embryons et la congélation des embryons surnuméraires. Il est crucial de mettre en place un cadre légal et éthique solide pour encadrer la pratique de la FIV au Cameroun.
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