L'enfance possède une manière unique de percevoir, de penser et de ressentir. Ce regard particulier a inspiré de nombreux artistes, dont Jean-Baptiste Greuze, qui fut l'un des premiers à considérer les jeunes comme des êtres à part entière. Explorons la définition du berceau de l'enfance à travers le prisme de l'art, de la littérature et des pratiques familiales.
L'Enfance Vue par Jean-Baptiste Greuze
L'exposition au Petit Palais met en lumière Jean-Baptiste Greuze, une figure audacieuse du XVIIIe siècle, célébrant le tricentenaire de sa naissance. Greuze, acclamé en son temps, fut un esprit frondeur, réaffirmant sa liberté de création et repensant la peinture hors des conventions. Son audace se manifeste lorsqu'il refuse une commande royale, jugeant Marie-Antoinette "trop poudrée".
Greuze est novateur dans sa représentation de l'enfance. Il fut l’un des premiers artistes à considérer les plus jeunes comme des êtres à part entière et pas comme des adultes inachevés. Ses œuvres, une centaine de peintures, dessins et gravures, dépeignent des portraits d'enfants rêveurs, endormis ou mélancoliques, ainsi que des scènes complexes où la figure paternelle domine.
La scénographie de l'exposition évoque un intérieur du XVIIIe siècle, avec des couleurs subtiles, des moulures et du papier peint ornant des petits salons. Sept sections retracent l'évolution des enfants du berceau à l'âge adulte, caractérisées par la candeur, la pureté, la fragilité et le mystère.
Biographie de Jean-Baptiste Greuze : Une Vie Ardente et Libre
Né en 1725 à Tournus, Greuze est attiré par le dessin malgré l'opposition de son père. Soutenu par le peintre lyonnais Charles Grandon, il arrive à Paris vers 1750 et devient l'élève de Charles-Joseph Natoire à l'Académie royale de peinture et de sculpture. Agréé en 1755 comme "peintre de genre particulier", il expose au Salon. Un séjour italien (Rome et Naples, 1755 à 1757) accompagne l'abbé Gougenot en mission diplomatique. Marié en 1759 à la fille d'un riche libraire parisien, il reçoit un accueil élogieux pour son tableau L’Accordée du village (1761). Reçu à l'Académie en 1769, son tableau de réception, Septime Sévère et Caracalla, fait scandale. Ruiné par de mauvais placements financiers, il connaît un immense succès en son temps avant de tomber dans la méconnaissance.
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Greuze Intime : La Famille au Cœur de l'Œuvre
Greuze entrelace son œuvre et sa propre vie. Son Autoportrait (vers 1760) révèle un homme altier, au regard mélancolique, mais confiant. Denis Diderot apprécie la moralité de ses œuvres, à contre-courant de la préciosité à la mode. Le portrait d'Anne-Gabrielle Babuty (1732-1811), son épouse, témoigne de sa beauté. Greuze la portraiture à plusieurs reprises, notamment dans la scène intime Madame Greuze sur une chaise longue avec son chien (vers 1759/60). Des portraits de leurs filles, Anne-Geneviève (dite Caroline Greuze) et Louise-Gabrielle Greuze, peints dans les années 1766/67, montrent la délicatesse de son art. Le Portrait du libraire François Babuty (1761), beau-père du peintre, rend à la perfection les caractéristiques de la vieillesse.
L'Enfance : Un Âge à Part Entière
Les figures d'enfants deviennent une spécialité de Greuze, salué pour son aptitude à représenter l'âme humaine. Il restitue la diversité des émotions (rêverie, mélancolie, tristesse, espièglerie ou sérieux) de ses petits modèles, qui acquièrent une personnalité autonome. Avec Greuze, l'enfance devient un âge à part entière, et non plus une étape de la vie sans intérêt.
Les portraits exposés présentent des similitudes : position de trois-quarts ou de face, en buste ou à mi-corps, sur un fond sombre. Seule leur expression varie. Greuze élargit le lexique artistique des émotions, laissant au spectateur l'interprétation subjective des "têtes d'expression".
Portraits d'Enfants : Simplicité et Naturalisme
Parmi les portraits exposés, deux fillettes, peintes dans les années 1780/90, et Le Petit Paysan, où un jeune garçon porte des vêtements d'adulte ajustés pour les enfants, témoignent du goût pour le naturel. Le Portrait de Charles-Etienne de Bourgevin de Vialart, comte de Saint-Morys (vers 1782/84) montre un enfant studieux prenant la pose.
Deux autres toiles présentent un enfant à l'étude : Le Petit Ecolier (vers 1755/57), concentré sur sa leçon, et Le Petit Paresseux, endormi sur son livre. Ces deux tableaux témoignent d'une parfaite alliance du fond et de la forme.
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L'Éclosion d'une Nouvelle Vision de l'Enfance
La seconde moitié du XVIIIe siècle voit l'éclosion d'une nouvelle vision de l'enfance, portée par Denis Diderot et Jean-Jacques Rousseau, qui promeuvent de nouvelles méthodes éducatives. Greuze s'en fait l'écho, représentant les enfants avec leur mère, leur nourrice, souvent dans leur milieu familial.
L'Album pour Enfants : Un Berceau d'Images et d'Histoires
Dès la fin des années 1950, l'album pour enfants constitue l'un des pans les plus dynamiques et innovants de la création graphique et littéraire française. Sa définition demeure problématique, recouvrant des réalités diverses. L'album, dérivé du latin albus (blanc), désignait un support pour les avis officiels. Au fil du temps, il évolue vers un carnet de voyage, un livre d'or, puis un recueil de gravures ou de lithographies.
L'album, espèce mutante du livre, inverse la primauté du texte sur l'image et se démarque du principe de successivité de la lecture. C'est un livre cadeau, doté d'une couverture attrayante, destiné à être exposé et regardé en famille. L'essor des albums pour la jeunesse à partir de 1820 s'inscrit dans ce mouvement, reprenant les grands thèmes de la littérature de jeunesse : La Fontaine, contes de fées, civilité, histoire, géographie, etc.
Évolution de l'Album pour Enfants au XIXe Siècle
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la production d'albums pour adultes connaît une récession, tandis que les albums pour enfants se renouvellent. La série des "albums Trim" est lancée par Hachette avec Pierre l’ébouriffé, adaptation du Struwwelpeter. Les livres animés privilégient la distraction. À partir des années 1880, l'album devient le lieu du renouvellement de l'édition pour la jeunesse, diversifiant ses formes et ses publics. Apparaissent notamment les "albums artistiques", dus au concours d'un peintre ou d'un illustrateur connu.
Les albums du peintre Maurice Boutet de Monvel (1851-1913) sont les premiers de ce type. Benjamin Rabier illustrant en 1906 les Fables de La Fontaine, Félix Lorioux s'attachant aux Contes de Perrault et aux œuvres de la comtesse de Ségur dans les années 1920, continuent cette tradition. Les albums historiques, en vogue à partir de 1895, relaient l'œuvre des manuels scolaires, transmettant une vision glorifiée de la France.
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Modernité et Innovation dans l'Album du XXe Siècle
Dans le contexte économique difficile de l'après-guerre, l'album demeure le lieu d'excellence et de renouvellement de l'édition pour la jeunesse. Mon chat (NRF, 1930), de Nathalie Parain et André Beucler, offre une formule originale : une partie du tirage est vendue sous forme reliée, l'autre en planches séparées destinées au décor de la chambre d'enfant. L’Histoire de Babar, de Jean de Brunhoff (1931), tend à résoudre les contradictions entre œuvre d'art et produit commercial. Je découpe, qui inaugure la série des albums du Père Castor chez Flammarion en novembre 1931, rompt avec la tradition en favorisant les premiers apprentissages de l'enfant.
L'Importance du Berceau dans l'Éducation et la Sécurité de l'Enfant
Au-delà de l'art et de la littérature, le berceau joue un rôle crucial dans l'éducation et la sécurité de l'enfant. Les traités de soins pour les nouveau-nés et les traités d’éducation rédigés par des médecins dans la première moitié du XIXe siècle mettent en avant la nécessité de bannir la cohabitation au sein du même lit entre enfants et parents, afin de proscrire les risques d’étouffement et d’infanticide.
Le berceau permet de dissiper toute inquiétude quant aux risques d’infanticides, qui étaient souvent dénoncés par certains ecclésiastiques et médecins à la fin de l’époque moderne. Il était très déconseillé, voire interdit aux mères et aux nourrices, de coucher un bébé dans leur lit, de peur de le retrouver étouffé le lendemain matin.
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