La pandémie mondiale a engendré des bouleversements considérables dans de nombreux secteurs, et la procréation médicalement assistée (PMA) n'a pas été épargnée. Dès le début de la crise sanitaire, les centres de PMA ont été contraints de suspendre leurs activités, laissant de nombreux couples confrontés à l'incertitude et à l'attente. Cet article se propose d'analyser l'impact de ces fermetures et des mesures de priorisation mises en place sur les parcours de PMA, ainsi que les vécus des femmes engagées dans ce processus.

Fermeture des centres de PMA et mesures de priorisation

En France, à l'instar de nombreux autres pays, les activités des centres d'assistance médicale à la procréation (AMP) ont été interrompues dès mars 2020, suite à l'émergence de la crise sanitaire liée au Covid-19. L'Agence de la biomédecine (ABM) a recommandé aux centres d'AMP d'interrompre toute prise en charge, conduisant à la fermeture de la plupart de ces services. Seuls quelques centres ont maintenu une activité minimale, répondant aux demandes de préservation des gamètes dans le cadre de la cancérologie.

La réouverture des centres d'AMP en mai 2020 s'est faite dans un contexte de vigilance accrue. Les professionnels ont dû réorganiser les protocoles de prise en charge en tenant compte des directives de l'ABM, de l'Agence régionale de santé (ARS) et des directions d'hôpitaux. Ces recommandations ont conduit à la mise en place d'une priorisation des reprises de traitements, distinguant les situations urgentes nécessitant une prise en charge rapide de celles considérées comme à risque ou non prioritaires, dont la suspension a été maintenue.

Il convient de préciser l'usage du terme de priorisation dans cet article, qui se réfère au phénomène de "tri" des personnes en médecine, basé sur un ensemble de critères permettant de distinguer les patient·es devant prioritairement être pris·es en charge de celles et ceux ne pouvant l’être.

Impact des directives sanitaires sur les pratiques médicales et les prises en charge

Les directives sanitaires émises pendant la crise ont bouleversé les pratiques médicales des centres d'AMP et ont eu des répercussions sur les prises en charge des femmes. Suite à l'interruption totale de l'activité des centres, puis à leur reprise progressive, les délais de prise en charge en AMP ont été allongés, rendant difficile pour les professionnel·les l'accès rapide à l'ensemble des demandes formulées par les couples infertiles.

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Si certaines personnes ont pu reprendre sans encombre leur parcours à la fin du premier confinement, d'autres ont vu leurs rendez-vous médicaux programmés puis déprogrammés à plusieurs reprises, sans jamais pouvoir (re)commencer leur tentative d'AMP. Ainsi, suite à la pandémie, les projets parentaux de nombreuses personnes recourant à l'AMP se trouvent suspendus.

La crise sanitaire et les différentes directives qui en ont découlé ont bouleversé et interrompu un processus de prise en charge en AMP déjà complexe, long et fortement incertain. Le "parcours d'AMP" comprend une multitude de parcours variés et une pluralité d'examens médicaux et de techniques médicales. Qu'il s'agisse de recourir à une insémination ou une fécondation in vitro, réalisées avec les gamètes du couple ou bien en partie issues du don, le choix de ces différentes techniques est dépendant du diagnostic d'infertilité, des résultats des tentatives précédentes, de l'âge de la femme, ou encore d'autres pathologies existantes. Compte tenu du caractère limité des connaissances médicales, le taux de réussite est relativement faible.

Ces "parcours" sont nommés ainsi en référence au fait qu'ils constituent pour les personnes qui s'y confrontent de véritables "parcours du combattant". Ils s'accompagnent de nombreuses difficultés liées à la lourdeur des examens, des traitements et des techniques médicales en termes logistique, physique ou psychologique. La confrontation aux nombreux échecs des tentatives et la répétition du processus rendent l'expérience de l'AMP particulièrement difficile.

Vécus des femmes face à l'incertitude et à l'allongement des délais

Après la fermeture des centres en mars 2020, les femmes engagées dans un parcours de PMA n'avaient aucune visibilité sur la suite de leur prise en charge. En interrompant cette dernière, la crise sanitaire a amplifié l'incertitude inhérente aux parcours d'AMP et les a étirés dans le temps.

L'arrêt soudain des prises en charge, bien que surprenant et source de déception, a été compris par l'ensemble des femmes interrogées dans le cadre d'une recherche menée de septembre 2020 à décembre 2021. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, c'est la reprise des parcours au fil du mois de mai 2020 qui a davantage été source de crispations et de malentendus. Tandis que lors du premier confinement les nombreuses inconnues justifient, aux yeux des interlocutrices, la fermeture des centres, les tâtonnements qui caractérisent la réouverture de ces derniers sont plus difficilement acceptés. La patience et la compréhension laissent alors place à l'agacement, voire au désarroi.

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Deux difficultés principales se dessinent lors de la réouverture : les professionnel·les doivent sélectionner, parmi les personnes dont le parcours a été arrêté lors du premier confinement, celles qui peuvent revenir au centre tout en gardant un lien avec les personnes écartées provisoirement du fait de leur état de santé. Malgré cette attention, certaines femmes expriment la sensation d'avoir été oubliées.

Cette impression semble renforcée par le manque d'information concernant les conditions qui permettent de recommencer les parcours. Les femmes s'interrogent sur la définition des critères qui permettent d'être désignée comme prioritaire et craignent que leurs situations (âge, pathologies spécifiques, IMC, etc.) entravent la reprise de leur tentative d'AMP. L'incertitude qui caractérise habituellement ces parcours est ainsi exacerbée du fait de la pandémie.

La parentalité : GPA/PMA

La parentalité est un sujet complexe, notamment lorsqu'il est question de gestation pour autrui (GPA) et de procréation médicalement assistée (PMA). Ces pratiques soulèvent des questions éthiques, juridiques et sociales importantes. Martine Gross, sociologue au CNRS, a notamment travaillé sur ce sujet, en co-écrivant l'ouvrage "Parents-enfants, vers une nouvelle filiation? Question de droit et de société" avec Claire Neirinck.

Le projet de loi bioéthique, examiné par le Sénat, a permis aux femmes seules et aux couples de lesbiennes de recourir à la PMA. Cependant, il ne règle pas la situation des enfants nés de deux femmes par le passé, qui sont privés de tout lien de filiation avec leur mère d'intention en cas de séparation du couple.

Fermetures de maternités et accès aux soins

La fermeture des maternités de proximité et la restriction de l'accès à l'IVG et aux consultations gynécologiques sont des problématiques qui touchent de plein fouet les femmes, en particulier dans un contexte de contraction de l'hôpital public. Ces fermetures sont souvent justifiées par des raisons de sécurité ou de rentabilité, mais elles ont des conséquences importantes sur l'accès aux soins et sur la qualité de la prise en charge.

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En 2025, les accouchements ne reprendront pas à la maternité de Guingamp (Côtes-d’Armor). Alors que l’Agence régionale de santé n’a pas encore tranché sur l’avenir de cette activité suspendue depuis deux ans, d’autres petites maternités sont elles aussi en péril. Depuis les années 1970, environ 75 % des petites maternités ont fermé en France, pour des questions de sécurité avant tout. En 1998, des décrets concernant la périnatalité paraissent et ont deux effets : conseiller de fermer des maternités qui font moins de 300 accouchements par an, toujours pour des raisons de sécurité, et hiérarchiser, comme partout ailleurs en Europe, les maternités en trois niveaux.

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