Les menstruations, un phénomène biologique naturel et universel, restent encore trop souvent entourées de tabous et de préjugés. De la France à l'Éthiopie, en passant par le Népal, les règles sont vécues différemment, mais les défis persistent : stigmatisation, manque d'accès aux protections hygiéniques, absentéisme scolaire, et discriminations diverses. Il est temps de briser le silence et d'agir pour garantir la dignité et la santé de toutes les femmes et jeunes filles.
Les Tabous Menstruels : Une Réalité Mondiale
Parler des menstruations reste tabou chez une large partie de la population. Le tabou est ancré dans notre langage, comme le prouve une étude réalisée par Clue et Coalition internationale pour la santé des femmes, en 2016, qui a révélé qu'au total 5 000 expressions existaient pour qualifier les menstruations. Des expressions, bien connues et qui font partie de notre quotidien, comme "j'ai mes ragnagna", "c'est la semaine rouge", ou encore "les Anglais ont débarqué".
Les règles sont encore trop souvent considérées comme un sujet tabou. De la préhistoire à aujourd'hui, les cycles menstruels n'ont cessé d'être cachés ou, pire, d'être considérés comme sales. Peu à peu, les tabous se lèvent. Le fait que les femmes saignent a été ou est encore parfois perçu comme un signe de faiblesse et, ou d'impureté.
Dans le monde, les tabous liés aux règles prennent des formes diverses et ont des conséquences graves. Au Népal, les femmes sont considérées comme impures lorsqu’elles ont leurs règles, ce qui entraîne des interdits et des discriminations. En Afghanistan, la croyance persiste que se doucher pendant ses règles peut rendre stérile. Au Japon, on ne devrait pas pouvoir accéder à la profession de cheffe sushi quand on a ses règles car ces dernières causeraient un dérèglement gustatif. En Inde, les personnes menstruées ne doivent pas cuisiner au risque de contaminer la nourriture.
Ces tabous ont un impact direct sur la vie des femmes et des filles, limitant leur accès à l'éducation, à l'emploi et à la pleine participation à la société.
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La Précarité Menstruelle : Un Obstacle à l'Égalité
La précarité menstruelle, définie comme le manque d'accès aux protections hygiéniques en raison de contraintes économiques, est une réalité alarmante dans le monde entier. Aujourd’hui, au moins 500 millions de filles et de femmes dans le monde sont privées d’un accès à des infrastructures sanitaires adaptées et à des protections périodiques de qualité pendant leurs règles.
En France, 2 millions de personnes n’ont pas de quoi s’acheter des protections menstruelles. Près de 4 millions de femmes n’ont pas les moyens d’acheter des protections périodiques à cause de leur coût trop élevé. Beaucoup doivent se tourner vers des alternatives précaires et inconfortables, au risque de compromettre leur santé physique et mentale. Selon une étude du cabinet de suivi de la consommation NielsenIQ, relayée par le Planning Familial, les protections périodiques sont le produit d’hygiène dont le coût a le plus augmenté.
Cette situation conduit de nombreuses femmes et jeunes filles à utiliser des solutions de fortune, telles que de vieux tissus ou de la boue, ce qui peut entraîner des infections et des problèmes de santé. Le manque d'accès aux toilettes et à l'eau ajoute une difficulté supplémentaire aux filles. Nous traversons nos règles dans un réel inconfort.
Les Conséquences sur la Scolarité et la Santé
Le tabou des règles et la précarité menstruelle ont des conséquences directes sur la scolarité des filles. N’ayant pas non plus toujours accès à des toilettes dans les écoles, les jeunes filles sont nombreuses à rater l’école pendant leurs règles. Cela devient un facteur de déscolarisation des filles. Dans les pays en développement, 41 % des filles manquent jusqu'à 5 jours d'école par mois en raison de leurs règles.
En France, selon un sondage OpinionWay réalisé en 2022 pour Plan International France, une jeune femme sur deux déclare avoir déjà manqué l’école pendant ses règles. Le manque d'informations sur les règles est une cause de déscolarisation des filles.
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Outre l'absentéisme scolaire, le manque d'accès à des protections hygiéniques adéquates et l'utilisation de solutions précaires peuvent entraîner des problèmes de santé, tels que des infections urinaires et vaginales.
Des Initiatives Prometteuses pour Briser le Silence
Malgré les défis persistants, des initiatives prometteuses émergent pour briser le tabou des règles et lutter contre la précarité menstruelle. La parole se libère de plus en plus sur le sujet des menstruations, et les enfants connaissent a minima leur existence. Nous voyons des publicités pour les protections menstruelles à la télévision, et les livres d’éducation traitent du sujet.
Sensibilisation et Éducation
Dans plusieurs pays, des ateliers de sensibilisation à l’hygiène menstruelle mis en place par l’association CARE ont permis aux adolescentes et aux femmes d’en apprendre plus sur ce phénomène naturel. « Ces séances favorisent la prise de conscience, l’autonomisation et un sentiment de fierté envers leur corps« , témoigne Halimo en Somalie.
En Éthiopie, Martha fait partie des jeunes qui ont bénéficié d’une formation sur l’hygiène menstruelle avec CARE. Elle forme désormais à son tour ses camarades de classe. « Nous conseillons aux élèves de se sentir libres et de poser toutes les questions relatives aux menstruations, mais aussi de se sentir en confiance pour demander des serviettes hygiéniques lorsqu’elles en ont besoin. » Dagim a 15 ans. Lui aussi a compris que les règles sont naturelles, et soutient les filles de son école en éduquant les autres garçons. « Par exemple, si je vois du sang sur la robe d’une de mes camarades, je lui donne ma chemise pour la couvrir. Dagim, 15 ans, a suivi la formation de CARE sur les menstruations.
Accès aux Protections Menstruelles
Des mesures, bien qu’encore insuffisantes, ont été prises au niveau national pour permettre aux femmes de moins de 25 ans d’avoir un accès gratuit aux protections menstruelles.
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L’ONG demande des mesures ambitieuses. Il est urgent de garantir un accès universel à des protections menstruelles, notamment dans les écoles, les centres d’hébergement, les prisons. Les toilettes doivent être propres, accessibles, sécurisées, équipées d’eau, de savon et de poubelles, partout où cela est nécessaire.
En France, tout comme la pilule, la protection menstruelle lavable (coupes menstruelles et sous-vêtements menstruels compris) est désormais remboursée par la Sécurité sociale. Pour les assurées de moins de 26 ans, l’Assurance Maladie prend en charge 60 % de la protection menstruelle (cup menstruelle, culotte ou serviette lavable).
Initiatives Locales et Festivals
À Poitiers, des mesures commencent à être prises. En septembre 2025, un congé menstruel pour les étudiantes de l'université de Poitiers a été créé.
Le festival Les Menstrueuses, du 11 au 16 novembre à Poitiers, participe aussi à cette dynamique.
Plateformes et Ressources en Ligne
Fanny Godebarge, a créé Cyclique, une nouvelle plate-forme collaborative entièrement consacrée au cycle menstruel. On y trouve des articles scientifiques, des témoignages, ou encore des portraits de gynécologues et de sages-femmes.
Le Musée des menstruations est aujourd’hui 100 % virtuel. Kitch, étrange et plein de recoins, le site Internet est, entre autres, une collection d’archives sur tout ce qui touche au cycle menstruel.
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