La question des disparitions de femmes et d'enfants en France est un sujet complexe et préoccupant, souvent entouré d'idées fausses et de chiffres mal interprétés. Cet article vise à fournir une analyse approfondie de la situation, en s'appuyant sur les données disponibles et en démêlant les différents types de disparitions.
L'ampleur du phénomène : chiffres et réalités
Chaque année en France, des milliers de personnes disparaissent. Si l'on inclut les mineurs et les adultes, environ 70 000 personnes "s'évaporent dans la nature", grossissant le fichier des personnes recherchées (FPR). Parmi ces disparitions, une grande majorité concerne des mineurs, et une part significative est expliquée par des fugues.
En 2023, 40 989 disparitions de mineurs ont été signalées aux services de police et de gendarmerie. Il est crucial de noter que ces signalements ne sont pas tous liés à des enlèvements criminels ou à des situations où l'enfant ne serait pas retrouvé. Dans leur grande majorité, ces disparitions se rapportent à des fugues longues, durant lesquelles les liens avec l'enfant se distendent ou deviennent inexistants.
En 2022, 43 202 signalements de disparitions de mineurs avaient été effectués auprès des services de police et de gendarmerie. Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence, car ils incluent une part importante de fugues.
Fugues : une réalité complexe
Les fugues représentent la majorité des signalements de disparitions de mineurs (plus de 95% du total). Toutefois, le nombre de fugues a connu une diminution en 2023 (-5,9%). Il est important de souligner que la fugue n'est pas un phénomène anodin. Elle expose l'enfant à de nombreux dangers : violences physiques, exploitation sexuelle, comportements à risques, addictions, délits… Ces risques deviennent plus prégnants encore lorsque le mineur fugue à de multiples reprises.
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La cellule de suivi du 116 000 Enfants Disparus s'inquiète de recevoir des appels concernant des fugues de plus en plus longues et des fugueurs toujours plus jeunes. De nombreux dossiers ouverts en 2023 concernent des jeunes de 13 ou 14 ans, voire 11 ans pour le plus jeune d'entre eux. La part des mineurs de moins de quinze ans parmi les fugueurs n'a cessé de progresser depuis 2018.
Disparitions inquiétantes : une minorité préoccupante
Parmi les disparitions de mineurs, certaines sont qualifiées d'inquiétantes. Une disparition peut être qualifiée d'inquiétante dès son signalement s'il s'agit, par exemple, d'un enfant particulièrement jeune, souffrant d'un handicap, ayant exprimé des idées noires ou se trouvant en présence d'un tiers pouvant représenter un danger. Dans ce cas, le signalement opéré au sein du Fichier des Personnes Recherchées (FPR) peut être requalifié en disparition inquiétante.
Le lien entre exploitation sexuelle et épisodes de fugues successifs se confirme en 2023. La prostitution est suspectée ou avérée dans 4% des dossiers ouverts par le 116 000 en 2023, un chiffre qui dépasse les 30% lorsqu'il s'agit de jeunes filles en fugue. A l'approche des Jeux Olympiques de Paris, le 116 000 Enfants Disparus s'inquiète d'un possible « effet JO » à ce sujet et appelle à la vigilance.
Enlèvements parentaux : une hausse significative
Les enlèvements parentaux ont connu une très forte progression en 2023, avec 661 signalements, soit une hausse de 21,5%. Ces enlèvements concernent des enfants souvent très jeunes : moins de 5 ans pour plus de la moitié. 49% de ces enlèvements ont été commis vers un pays étranger avec lesquels il est parfois difficile de faire appliquer le droit international.
Disparitions d'adultes : entre volontariat et inquiétude
Pour les adultes, la situation est différente. Contrairement aux mineurs et aux personnes vulnérables, il appartient aux policiers ou aux gendarmes de qualifier la disparition, au cas par cas. Pour entamer des recherches, il faut que les enquêteurs aient des raisons de penser qu'il peut s'agir d'un crime, d'un accident ou si des indices font suspecter une disparition non volontaire.
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En France, un majeur est libre d'aller et venir comme il l'entend, sans nécessairement en informer ses proches. Disparaître n'est pas une infraction pénale. Nombre de disparitions de majeurs passent donc sous les radars, car dans de nombreux dossiers, aucune certitude ne s'impose. Tout est laissé à l'appréciation du policier qui reçoit la plainte.
Selon la journaliste Patricia Fagué, le disparu volontaire est de sexe masculin dans la grande majorité des cas, il se trouve souvent en situation d'échec professionnel et personnel, et beaucoup n'ont pas connu de schémas familiaux structurés. Les rares femmes fuient la plupart du temps les violences conjugales.
Les conséquences juridiques de la disparition
Au sens juridique, les disparus sont considérés comme des absents. Si leur départ entraîne des difficultés financières pour la famille, elle peut faire constater la présomption d'absence par un juge des tutelles. Au bout de dix ans (vingt ans, sans son intervention), cette procédure a les mêmes conséquences qu'un décès : le patrimoine du disparu est légué à ses proches. Entre-temps, s'il réapparaît, il peut reprendre la totalité de ses biens.
Les acteurs de la recherche
Quand les pouvoirs publics ne peuvent rien faire, les proches se tournent souvent vers des associations ou des détectives. L'ARDP (Assistance et recherche de personnes disparues) estime que beaucoup de disparus volontaires restent en France où ils vivent sans que personne ne les connaisse sous leur vrai nom. Chaque année, les bénévoles de cette association sont saisis par près de 200 familles à la recherche d'un proche.
L'ARPD milite pour la création d'un organisme interministériel chargé des disparitions de personnes et d'un fichier unique des disparitions (inquiétantes ou pas) et des enterrés sous X.
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Les défis et les pistes d'amélioration
Plusieurs défis persistent dans la gestion des disparitions en France. Le manque de formation spécifique des policiers et gendarmes aux disparitions de mineurs est un problème. De plus, de trop nombreux français ignorent encore l'existence des dispositifs d'aide et les bons réflexes à adopter en cas de disparition d'enfant. 28% d'entre eux estiment notamment qu'un jeune doit avoir quitté le domicile depuis au moins 2 jours pour être considéré en fugue.
Pour inscrire la baisse des signalements dans une tendance durable, il est essentiel de renforcer la formation des professionnels, d'améliorer l'information du public et de soutenir les familles et les jeunes dans de telles situations.
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