L'image de la femme enceinte, omniprésente sur les réseaux sociaux, est un sujet complexe qui oscille entre revendications identitaires, pressions sociales et stratégies marketing. Des influenceuses dénoncent les questions intrusives sur leur éventuelle grossesse, perçues comme une injonction à la minceur et à la maternité. Ces interrogations peuvent être particulièrement douloureuses pour les femmes confrontées à l'infertilité ou ayant vécu un arrêt de grossesse.

La pression des questions intrusives

De nombreuses créatrices de contenu, comme Noholita et Chloé Bidault, témoignent de la récurrence des questions sur leur potentielle grossesse. Noholita confie en recevoir depuis des années, dès qu'elle prend un peu de poids. Chloé Bidault, quant à elle, souligne que la question de la grossesse ou du désir d'enfant revient systématiquement dans les foires aux questions (FAQ) et les commentaires sous ses publications, notamment si son ventre est visible ou si elle apparaît en couple.

Ces questions sont perçues comme un "contrôle social sur le corps des femmes", selon Chloé Bidault. Elles sont souvent utilisées comme une pique par les "haters" lorsque son ventre présente des bourrelets, associant ainsi la prise de poids à une grossesse supposée. Jessica Pothet, sociologue à l'Université Lyon 2, rappelle que ces remarques ne sont pas propres aux réseaux sociaux et se manifestent également dans la vie courante.

Injonctions à la maternité et objectification du corps féminin

Ces messages intrusifs révèlent le poids des injonctions à la maternité. Marie N. (Niemesia sur les réseaux sociaux) raconte avoir reçu de nombreux messages pressants à l'approche de la trentaine, lui rappelant son "horloge biologique". Elle dénonce cette réduction de la femme à sa capacité reproductive, soulignant que son corps est objectifié et que l'on ignore ses aspirations personnelles.

Jessica Pothet souligne que l'identité maternelle reste valorisée et que les femmes sont encouragées à l'embrasser. Les réseaux sociaux amplifient ces injonctions, créant un espace où les normes familiales sont exacerbées.

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Les conséquences douloureuses des suppositions

Les influenceuses sont nombreuses à demander l'arrêt de ces questions sur la grossesse. Camille Callen explique avoir reçu ces messages à plusieurs reprises alors qu'elle n'était pas enceinte, notamment durant l'année où elle a fait une fausse couche. Marie Tuffery, qui a également vécu une interruption de grossesse, témoigne de la douleur causée par ces commentaires alors qu'elle n'était plus enceinte.

Ces témoignages mettent en lumière la nécessité d'éviter toute supposition sur la grossesse, car on ne connaît pas les épreuves que peuvent traverser les personnes concernées. Environ 15% des grossesses sont interrompues par une fausse couche, et un couple sur quatre rencontre des difficultés à concevoir un enfant après 12 mois d'essai.

L'atteinte à l'intimité et la perte de contrôle

Noholita a mal vécu ces messages au début de sa grossesse, d'autant plus qu'elle avait subi une fausse couche auparavant et souhaitait attendre avant d'annoncer la nouvelle. Elle regrette que l'annonce de sa grossesse ait été anticipée par des internautes, la privant ainsi d'un moment intime qu'elle souhaitait partager avec ses proches.

L'impression d'être épiée sur chaque story qu'elle publiait l'a poussée à précipiter l'annonce, perdant ainsi le contrôle sur la manière dont elle souhaitait partager cette information. Marie, désormais enceinte, constate que les messages intrusifs ne cessent jamais, portant sur la taille de son ventre, ses symptômes ou son alimentation.

La marchandisation du "baby bump" et la performance de genre

L'analyse des clips musicaux révèle une mise en scène active du "baby bump", terme popularisé par les réseaux sociaux. Shy'm, dans son clip "Boy", performe sa grossesse dans une double perspective: spectacle et affirmation de genre. La grossesse devient ainsi un outil de communication médiatique, participant à la construction de l'image de la star.

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La grossesse est loin d'être incompatible avec le "to-be-looked-at-ness" (le fait d'être offerte au regard). Au contraire, elle est activement mise en scène, constituant un spectacle au service de stratégies de communication transversales. Les stars cachent ou mettent en scène leur grossesse, soulignant l'idée que la star est une marque et que son corps en est le support.

Grossesse et carrière: une tension persistante

La mise en scène de la grossesse est le plus souvent décorrélée des paroles des chansons dont les clips font la promotion. La grossesse est performée, mais elle n'est pas partagée comme un vécu. La tension entre maternité et carrière reste présente, tant pour les stars que pour la population générale.

Certaines stars, comme Alanis Morrissette et Rebekka Karijord, évoquent ouvertement leurs vécus reproductifs dans leur œuvre, brisant ainsi le tabou de la grossesse dans la musique. Cependant, le partage intime et incarné des difficultés liées à la grossesse s'effectue plutôt en dehors de la sphère musicale, à travers des podcasts ou des témoignages publics.

L'IVG, un droit fondamental pour les femmes

Depuis la loi Veil du 17 janvier 1975, l'avortement est dépénalisé en France. Ce droit constitue une avancée majeure en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps et à maîtriser leur fécondité. Le 4 mars 2024, la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse a été inscrite dans la Constitution française, faisant de la France le premier pays au monde à constitutionnaliser ce droit.

Des lois successives ont permis d'élargir et d'améliorer le cadre de prise en charge de l'avortement, garantissant notamment l'accompagnement de l'État dans cette démarche.

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Reconnaissance conjointe anticipée pour les couples de femmes

La reconnaissance conjointe anticipée permet aux couples de femmes engagés dans un projet d'assistance médicale à la procréation (AMP) avec don de gamètes d'établir la filiation de l'enfant à l'égard de la mère qui n'a pas accouché. Cette démarche, effectuée devant notaire avant la conception de l'enfant, garantit les mêmes droits et obligations aux deux mères.

L'inclusion des hommes trans et des personnes non-binaires

La création d'émojis représentant un homme enceint vise à prendre en compte toutes les réalités et à représenter toutes les personnes, y compris les hommes trans et les personnes non-binaires qui peuvent être enceints.

Tocophobie: la phobie de l'accouchement

La tocophobie, ou phobie de l'accouchement, est une pathologie reconnue par l'OMS qui touche 6 à 11% des femmes. Elle se distingue de la simple peur d'accoucher par son intensité extrême et invalidante. De plus en plus de femmes osent parler de cette peur, soulignant la nécessité d'un accompagnement psychologique adapté.

Grossesses cryptiques: quand la grossesse se fait discrète

Les grossesses cryptiques, ou grossesses furtives, sont des grossesses découvertes au-delà de la 20e semaine, voire au moment de l'accouchement. Ces grossesses se caractérisent par l'absence de symptômes et de signes habituels, rendant le diagnostic difficile.

Le "birth tourism": une pratique controversée

Le "birth tourism", ou tourisme de naissance, consiste à aller accoucher dans un autre pays pour que son bébé obtienne la double nationalité et que les parents aient un droit de résidence. Cette pratique, promue par certaines influenceuses, suscite de vives critiques, notamment en raison de son caractère élitiste et de son lien avec le "white privilege".

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