Les violences à l’encontre des femmes, y compris pendant la grossesse, constituent un problème majeur de santé publique. Ces violences peuvent entraîner la mort, le handicap, et différents troubles de santé mentale et physique, tant chez la mère que chez l’enfant à naître. Bien que la proportion soit difficile à estimer et qu’elle varie selon les régions, environ un tiers des femmes dans le monde entier sont victimes d’abus physiques ou sexuels de leur partenaire ou d’une autre personne.
Prévalence des violences physiques pendant la grossesse en France
Une étude de l’Inserm et de l’Université de Paris, menée au sein du Cress (Centre de recherche en épidémiologie et statistiques), a enquêté sur la fréquence des abus physiques pendant la grossesse, ses conséquences pour la mère et pour l’enfant, ainsi que les caractéristiques associées à ces violences. Cette enquête, réalisée dans le cadre de l’Enquête nationale périnatale de 2016, incluait plus de 12 000 femmes.
Les résultats de cette étude, publiés dans le Maternal and Child Health Journal, estiment qu’1,8 % des femmes interrogées ont subi des violences physiques pendant leur grossesse. Bien que ce chiffre puisse paraître faible, il représente une réalité préoccupante et souligne la nécessité de mieux comprendre et de lutter contre ce phénomène.
Facteurs associés aux violences physiques pendant la grossesse
L'étude a permis d'identifier plusieurs facteurs associés à un risque accru de violences physiques pendant la grossesse :
- Situation familiale : Les femmes qui ne sont pas en couple cohabitant, qu’elles soient en couple non cohabitant ou sans partenaire, sont plus nombreuses à être victimes.
- Revenus du ménage : La fréquence des violences est fortement liée aux revenus du ménage, étant plus élevée pour les femmes vivant dans les foyers ayant moins de ressources financières.
- Comportements à risque : Certains comportements comme la consommation de tabac ou de cannabis par la future mère sont plus fréquents en cas de violences physiques.
Conséquences des violences physiques pendant la grossesse
Les violences physiques pendant la grossesse entraînent des conséquences néfastes pour la mère et pour l’enfant.
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Conséquences pour la mère
- Détresse psychologique : 62 % des femmes ayant subi des abus physiques ont affirmé avoir été en situation de détresse psychologique pendant la grossesse, contre 24 % pour les autres femmes.
- Problèmes de santé: Les abus physiques (et/ou sexuels) s'associent souvent à un isolement social, au tabagisme, à un usage d'alcool ou de drogues et à une malnutrition qui retentissent sur l'évolution de la grossesse.
Conséquences pour l’enfant
Les violences physiques pendant la grossesse peuvent entraîner des complications obstétricales et des problèmes de santé pour l’enfant à naître. Emmanuelle Piet, médecin de protection maternelle et infantile, rapporte les résultats d'une étude réalisée en 2012 sur des femmes enceintes victimes de violences: "Ces femmes avaient trois fois plus de chances d'accoucher prématurément que la moyenne, une grande proportion d'entre elles (7%) ont accouché à la maison, pas par choix mais par contrainte, un tiers d'entre elles ont reçu des coups sur le ventre et 82% ont subi des violences sexuelles".
Sont fréquents un diabète gestationnel (en raison d'une malnutrition parfois due au rationnement d'argent par l'homme), un petit poids du bébé, une hypertension artérielle (due au stress), etc.
Détection et prise en charge des violences pendant la grossesse
La grossesse représente une période cruciale pour le repérage des violences conjugales. Comme le souligne Gilles Lazimi, médecin généraliste et membre du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, "C'est une formidable opportunité pour pouvoir repérer les violences et aider les femmes à en parler". En effet, les femmes enceintes sont amenées à rencontrer régulièrement des professionnels de santé, ce qui offre des occasions de détecter les signes de violence et de leur proposer une aide adaptée.
Le rôle des professionnels de santé
Les professionnels de santé, notamment les médecins, les sages-femmes et les infirmières, jouent un rôle essentiel dans le repérage et la prise en charge des femmes enceintes victimes de violences. Ils doivent être formés à identifier les signes de violence, à poser les questions appropriées et à orienter les femmes vers les ressources adéquates.
Mathilde Delespine, une sage-femme qui a mis en place à l'hôpital de Montreuil une permanence pour libérer la parole des femmes victimes de violences, souligne l'importance de poser directement la question aux femmes, car les victimes se confient peu spontanément. Elle se bat pour un repérage systématique des violences dans les maternités.
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La Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences (Miprof)
La Miprof est chargée de sensibiliser et de former les professionnels sur les violences faites aux femmes. Depuis un arrêté du 11 mars 2013, l'UE gynécologie a pour objectif général la prévention et le dépistage des violences faites aux femmes ainsi que leur épidémiologie.
L'importance de la parole
Il est crucial d'encourager les femmes victimes de violences à parler et à rechercher de l'aide. La grossesse peut être un moment propice pour cela, car elle peut susciter une prise de conscience et une volonté de changer la situation, notamment pour protéger l'enfant à naître. Comme le souligne Mathilde Delespine, "c'est bien lorsqu'on est enceinte et que la « transparence psychique » est à l'œuvre (l'inconscient à fleur de peau permet une mobilisation rapide des émotions) qu'on est parfois à même d'opérer un changement dans sa vie, le bébé étant le déclencheur. « Surtout quand on explique à ces femmes les conséquences pour un enfant de vivre avec un père violent »".
Les violences conjugales : un phénomène complexe
Les violences conjugales ne sont pas un phénomène isolé et trouvent souvent leurs racines dans des dynamiques complexes au sein du couple et dans l'histoire personnelle des individus.
La grossesse : un facteur de risque
Plusieurs enquêtes ont montré que dans 40% des cas, les violences du conjoint débutaient à la première grossesse, et que dans 40% des cas, elles redoublaient durant la grossesse. Richard Matis, gynécologue et coordinateur dans le Pas-de-Calais d'un centre de lutte contre ces violences, confirme que "La grossesse est un facteur de risque d'apparition des violences conjugales". Ces statistiques peuvent s'expliquer par une vulnérabilité accrue des femmes durant cette période, par la perspective déstabilisatrice de l'arrivée d'une troisième personne, ou encore par le fait que la femme devient le centre des attentions, ce que l'auteur des violences ne supporte pas.
L'impact de l'histoire personnelle de l'agresseur
La grossesse de la compagne peut réactiver chez l'homme des éléments de son propre vécu infantile. Comme l'explique Mathilde Delespine, « La grossesse de sa compagne réactive chez l'homme ce qu'il a vécu dans son enfance ». Il peut avoir été lui-même témoin de ce genre de violences, avoir été battu ou bien ne pas avoir eu de père, ce qui le fragilise quand, à son tour, il entre en paternité. Si cet homme n'est pas amené à verbaliser ses souffrances, le passage à l'acte est facilité.
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La rupture de l'équilibre du couple
Séverine Dagand-Berteau, psychologue clinicienne, ajoute que l'arrivée d'un bébé certes fragilise les deux futurs parents mais également le couple. La grossesse vient rompre le lien exclusif de l'homme avec la femme.
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