L'emprisonnement des femmes pour des raisons liées à l'avortement est une réalité sombre et complexe qui persiste dans plusieurs pays à travers le monde. Ces femmes, souvent victimes de lois restrictives et de systèmes de justice inéquitables, se retrouvent derrière les barreaux pour avoir exercé leur droit fondamental à disposer de leur propre corps. Cet article explore les différentes facettes de ce problème, en mettant en lumière les pays où cette pratique est la plus courante, les raisons qui la motivent et les efforts déployés pour y mettre fin.

Des lois répressives et leurs conséquences

Dans certains pays, les lois sur l'avortement sont parmi les plus strictes au monde. Au Salvador, par exemple, le code pénal interdit l'avortement en toutes circonstances, même en cas de danger pour la santé de la mère ou de l'enfant, et prévoit des peines pouvant aller jusqu'à huit ans de prison. De même, au Nicaragua, une loi similaire pénalise tous les avortements depuis 2006.

Ces lois ont des conséquences désastreuses pour les femmes. Elles sont souvent accusées d'« homicide involontaire aggravé » après avoir subi des urgences obstétricales et perdu leur enfant. C'est le cas de Karen, Kathy et Evelyn, trois Salvadoriennes qui ont passé des années en prison avant d'être libérées grâce à la mobilisation d'associations luttant pour le droit à l'avortement. Ces femmes ont vu leur peine commuée après un long combat juridique.

L'histoire de Kenia est particulièrement poignante. Violée à l'âge de 17 ans, elle a été emprisonnée pour avoir avorté clandestinement. Elle a ainsi perdu neuf années de sa jeunesse à cause d'une loi qui lui déniait le droit de disposer de son corps et de sa vie.

Le Salvador : un exemple frappant de criminalisation de l'avortement

Le Salvador est l'un des pays où la criminalisation de l'avortement est la plus sévère. Depuis 1997, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est interdite en toutes circonstances, même en cas de viol, de danger pour la vie de la femme ou du futur nouveau-né. Cette législation rétrograde a des conséquences dramatiques pour les femmes, en particulier celles des zones rurales ou des quartiers populaires, qui souffrent davantage de cette loi.

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Teodora del Carmen Velazquez est un autre exemple de cette injustice. Condamnée à trente ans de détention pour homicide avec circonstances aggravantes, elle avait accouché, sans aide, d'un bébé sans doute mort-né dans les toilettes de son lieu de travail où elle s'était évanouie. Son procès, entaché d'irrégularités, a mis en lumière les lacunes du système judiciaire salvadorien.

Au Salvador, les femmes des zones rurales ou des quartiers populaires souffrent davantage de la loi qui interdit, depuis 1997, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en toutes circonstances. Même en cas de viol, de danger pour la vie de la femme ou du futur nouveau-né, soit l’une des législations les plus rétrogrades du monde. Lorsque leur quartier est contrôlé par les gangs, les femmes de retour chez elles craignent souvent de faire l’objet de représailles. Les plus riches se rendent, elles, à l’étranger pour avorter légalement et en toute sécurité. L’influence de l’Église sur le politique se charge de faire le reste.

La criminalisation de l'avortement au Salvador a des racines profondes. Lors de la révision du Code pénal à la fin des années 1990, l'Église a mené une campagne virulente, Abortar es matar (« avorter c’est tuer »). Dès sa conception, l’embryon est considéré comme une personne humaine. En octobre 2021, le Congrès a perdu une occasion historique de revenir sur cette loi et de s’inscrire dans les mouvements régionaux de dépénalisation. La proposition de réforme, pourtant limitée aux cas précités, a été rejetée par 73 députés sur 84. Un terme repris par le chef de l’État Nayib Bukele, qui, lors de sa campagne, s’était pourtant prononcé en faveur de la dépénalisation. L’exécutif, comme les parlementaires, serait à contre-courant de la société puisque, selon un sondage réalisé en 2013, 74 % de la population se dit au moins favorable à l’IVG thérapeutique.

L'impact sur la santé et la vie des femmes

Les lois restrictives sur l'avortement ont un impact direct sur la santé et la vie des femmes. Elles poussent les femmes à recourir à des avortements clandestins, souvent pratiqués dans des conditions dangereuses, ce qui entraîne des complications graves, voire la mort.

De plus, ces lois peuvent conduire les femmes au suicide. Comme le souligne un observateur, « de nombreuses femmes ou filles, sachant ce qui les attend, préfèrent se suicider ». En Amérique latine, où de nombreux pays maintiennent des lois restrictives en matière d'avortement, les femmes paient le prix fort. Elles sont emprisonnées pour avoir avorté, forcées à garder un enfant issu d'un viol ou acculées au suicide.

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Des efforts pour la dépénalisation et la réhabilitation

Face à cette situation, de nombreuses organisations de défense des droits humains et des collectifs féministes se mobilisent pour faire évoluer les lois et obtenir la libération des femmes emprisonnées. Au Salvador, l'Association citoyenne contre la dépénalisation de l'avortement et la Colectiva feminista sont en première ligne de ce combat.

Ces organisations mènent des campagnes de sensibilisation, offrent un soutien juridique aux femmes poursuivies et plaident pour une réforme de la loi. Elles dénoncent l'injustice de ces emprisonnements et mettent en lumière les conséquences désastreuses des lois restrictives sur l'avortement.

Au-delà de la dépénalisation, ces organisations demandent également la réhabilitation des femmes injustement condamnées. Elles estiment qu'il est essentiel de restaurer la dignité de ces femmes et de reconnaître les injustices qu'elles ont subies.

En France, la Fondation des Femmes et un collectif d’historiennes des droits des femmes ont lancé une pétition pour réhabiliter les femmes injustement condamnées avant la loi Veil. Cette initiative vise à rendre justice à ces femmes et à affirmer que l'avortement est une liberté, un droit humain fondamental.

Des avancées encourageantes dans certains pays

Malgré les obstacles, des avancées encourageantes sont observées dans certains pays. Au Mexique, la Cour suprême a jugé inconstitutionnelle la criminalisation de l'avortement, ouvrant la voie à l'accès à l'avortement pour toutes les femmes du pays. Cette décision historique constitue une victoire importante pour les droits des femmes et un exemple à suivre pour d'autres pays.

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De même, au Zimbabwe, la Haute Cour a déclaré inconstitutionnelles certaines dispositions de la loi sur l'avortement, notamment l'interdiction d'accès à l'IVG pour les mineures et les femmes violées par leur mari. Bien que cette décision doive encore être confirmée par la Cour constitutionnelle, elle représente un pas important vers la dépénalisation de l'avortement dans ce pays.

L'importance de la solidarité internationale

La lutte contre la criminalisation de l'avortement est un enjeu mondial qui nécessite une solidarité internationale. Les organisations de défense des droits humains, les collectifs féministes et les gouvernements progressistes doivent unir leurs forces pour faire pression sur les pays qui maintiennent des lois répressives et pour soutenir les femmes qui se battent pour leurs droits.

Il est essentiel de sensibiliser l'opinion publique à cette question, de dénoncer les injustices et de promouvoir des lois qui garantissent l'accès à l'avortement sûr et légal pour toutes les femmes.

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