Introduction
Au XVIe siècle, la vie des femmes était marquée par des réalités biologiques telles que les menstruations, entourées de défis spécifiques. Cet article explore les pratiques d'hygiène menstruelle des femmes de cette époque, en tenant compte des contraintes sociales, religieuses et médicales de l'époque.
Les Croyances et les Tabous Autour des Menstruations
Les superstitions populaires
Au Moyen Âge et au début de l'époque moderne, les menstruations étaient souvent entourées de croyances et de superstitions. On pensait que les femmes menstruées étaient porteuses de mauvais sorts et que leur simple contact pouvait provoquer des maladies. Ces croyances étaient basées sur une méconnaissance scientifique et une interprétation erronée des phénomènes naturels. De plus, l'Église catholique avait une influence considérable sur la vie quotidienne des femmes, y compris la gestion des menstruations. Les femmes étaient encouragées à se retirer dans une pièce spéciale pendant leurs menstruations, appelée la « chambre de retrait ».
L'influence de l'Église
L'Église catholique jouait un rôle important dans la vie des femmes et influençait fortement leur rapport aux menstruations. Les menstruations étaient souvent entourées de peurs irrationnelles et d'interdictions strictes, renforçant la stigmatisation et limitant la liberté des femmes.
Les règles : un tabou sociétal
Le tabou des règles, en lien avec l'interdit de l'inceste, a contribué à la division du travail et à l'oppression systémique des femmes à travers l'histoire. La crainte de la « confusion des sangs » a empêché les femmes d'exercer certains métiers.
Les Pratiques d'Hygiène Menstruelle au XVIe Siècle
Les matériaux absorbants
Au XVIe siècle, les femmes utilisaient principalement des matériaux naturels pour absorber le flux menstruel. Les plus couramment utilisés étaient les chiffons, les morceaux de tissu, les mousselines ou encore la laine. Cependant, ces matériaux étaient loin d'être aussi performants que les protections hygiéniques modernes.
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La propreté et l'hygiène personnelle
La propreté et l'hygiène personnelles étaient des préoccupations majeures pour les femmes pendant leurs menstruations. Elles pouvaient également utiliser certaines herbes médicinales réputées pour leurs propriétés antiseptiques et astringentes.
Autres pratiques
Au-delà de ces méthodes d'absorption et de nettoyage, les femmes avaient également recours à d'autres pratiques pour gérer leurs menstruations. Certaines utilisaient des ceintures spéciales pour maintenir en place les matériaux absorbants et éviter les mouvements inconfortables. En outre, il existait des croyances et des superstitions entourant les menstruations. Certaines femmes pensaient que leurs règles étaient liées à des forces surnaturelles et qu'elles devaient prendre des précautions supplémentaires pour éviter les malheurs, comme éviter de participer à certaines activités ou de toucher des objets sacrés pendant cette période.
Soulagement des Douleurs et des Symptômes
Les plantes médicinales
Les femmes recouraient souvent aux plantes médicinales pour atténuer les douleurs liées aux menstruations. Ces remèdes à base de plantes étaient généralement préparés sous forme d'infusions ou de décoctions, puis ingérés pour soulager les crampes et les maux de ventre.
Autres méthodes
Outre les plantes médicinales, d'autres méthodes étaient également utilisées pour soulager les douleurs menstruelles. En parallèle, la médecine de l'époque était encore très influencée par les croyances et les superstitions. Certains médecins pensaient que les menstruations étaient le résultat d'un déséquilibre des humeurs dans le corps de la femme. Il est important de noter que les femmes n'avaient pas accès aux médicaments modernes tels que les analgésiques ou les anti-inflammatoires. En plus des remèdes à base de plantes, certaines femmes utilisaient également des techniques de relaxation et de méditation pour atténuer les douleurs menstruelles.
Impact sur la Vie Quotidienne
Le travail et la productivité
Pendant leurs menstruations, les femmes pouvaient être contraintes d'interrompre leur travail. Les règles étaient souvent associées à une moindre productivité, voire à une certaine incapacité.
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La vie sociale
Les menstruations avaient également un impact sur la vie sociale des femmes. Les menstruations étaient enveloppées de nombreux tabous et de mythes qui ont perduré pendant des siècles.
L'Évolution des Mentalités et des Pratiques
Des remèdes pour des règles régulières
Dès l’Antiquité, la médecine s’est intéressée aux menstruations, mais sans parvenir à les comprendre pendant des siècles. On pensait alors que les femmes devaient évacuer régulièrement ce sang pour être en bonne santé. À l’époque moderne (XVe-XVIIIe siècles), pour favoriser l’évacuation régulière de ce sang, les femmes appliquaient des remèdes, des lavements par exemple, effectuaient des exercices physiques ou prenaient des plantes emménagogues comme la Rue des jardins. C’est aussi durant cette période qu’une vision dépréciative des règles a émergé, considérant ce sang comme impur.
Un sujet pas toujours tabou
Au Moyen-Âge, les femmes d’une même famille ou communauté s’informaient principalement entre elles. Il leur arrivait même parfois d’en discuter avec des hommes ! À l’époque médiévale et moderne, on parlait des règles car il s’agissait d’un sujet crucial de santé qui intéressait toute la famille. Mais c’est au XIXème siècle que les règles deviennent tabous. L’avènement de la bourgeoisie qui érige de nouveaux modèles sociaux, contribue au passage sous silence progressif de ce processus naturel selon l’historienne. La pudeur s’impose comme vertu féminine. Dans ce mouvement, on éloigne du regard des femmes tout ce qui est relatif au corps et à la sexualité, ce qui va les empêcher d’être informée sur ces sujets et de les évoquer.
Techniques rudimentaires
Au cours de l’Histoire, les femmes ont porté essentiellement des jupes ou des robes. Avec ces vêtements, les paysannes laissaient le sang s’écouler contre le corps. Les femmes de la bourgeoisie ou de la noblesse utilisaient des linges pour le recueillir, maintenus à l’aide de nœuds ou de crochets, en l’absence de culottes. À noter que les femmes avaient moins de cycles de règles qu’à présent, en raison notamment de grossesses plus nombreuses. L’âge moyen de l’apparition des premières règles était également plus tardif : proche de 16 ans vers 1750, contre 12,6 ans aujourd’hui selon l’Institut national d’études démographiques (INED).
Inventions et commercialisation des serviettes et des tampons
Vers la fin du XIXème siècle, les premiers produits menstruels apparaissent, notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Les serviettes se répandent à partir des années 1920, soutenues par des publicités, dans un contexte de développement de la consommation. Les tampons font de même à partir des années 1930. On considérait les femmes comme fragiles pendant leurs menstruations. Et ces produits leurs permettaient de faire comme si elles n’avaient pas leurs règles, de surmonter les préjugés associés et de poursuivre leurs activités professionnelles ou de loisirs. La coupe menstruelle est également apparue dans les années 1930 mais tardera à se diffuser, seulement à partir des années 2000.
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Changement des mentalités
Serviettes lavables, éponges et culottes menstruelles : les femmes disposent de nouvelles options pour leurs jours de règles depuis quelques années. On a mis très longtemps à proposer des produits périodiques à hauteur du besoin et du confort des femmes. En parallèle, le sujet des règles émerge dans le débat public. Sur les réseaux sociaux, des comptes comme Coup de sang informent les jeunes, et des associations, telles que Règles élémentaires, luttent contre la précarité menstruelle. Et les publicités représentent désormais le sang des règles par du liquide rouge au lieu de bleu.
Les Premières Serviettes Hygiéniques
Les premières serviettes hygiéniques que nous connaissons dans l’histoire ne sont pas des serviettes, mais des tampons. Les femmes entouraient des petits bâtonnets en bois avec du coton, du lin ou de la laine qu’elles avaient l’habitude d'insérer dans leur vagin. Les protections hygiéniques disparaissent durant le Moyen-Âge. Les femmes n’en portent pas durant cette période. En réalité, les femmes ne portent pas de culotte au Moyen-Âge. Le sang menstruel s'écoule donc sans protection particulière. Les premières serviettes hygiéniques apparaissent au 19e siècle. Rudimentaires, elles consistent en une serviette amovible reliée à des bretelles remontant jusqu’au rein. Elles ne sont toutefois pas commercialisées. La première commercialisation de serviettes hygiéniques par la société Johnson & Johnson en 1896 est un véritable échec. Les règles sont source de honte chez les femmes et elles n'osent pas aller les acheter. Durant la première guerre mondiale, les infirmières soignent les soldats blessés au combat avec du coton ouaté ou de la cellulose de coton qui est plus doux que le coton normal. Celui-ci est relié à de la gaze grâce à des épingles à nourrice. Après la guerre, la société Kimberly Clark en achète de gros stocks. En s’inspirant de ces pansements, elle confectionne un nouveau modèle de serviette hygiénique qu’elle nomme Kotex. La société Johnson & Johnson ne tarde pas à produire et vendre à son tour des serviettes de protection dans le même esprit. Sa marque Modess devient le premier concurrent de Kotex. La capacité d’absorption de ces serviettes est très efficace. Le souci est qu'elles ne tiennent pas bien dans la culotte. Il faudra encore du chemin pour inventer un système qui permette aux serviettes hygiéniques de tenir en place. L’achat de protections hygiéniques dans des boutiques reste encore difficile pour les femmes.
L'Apparition des Serviettes Hygiéniques Lavables
Il faut attendre les années 60 du 20e siècle pour voir apparaître les premières serviettes hygiéniques lavables ! Les premiers mouvements écologiques et hippies poussent les industriels à proposer des serviettes réutilisables et lavables. Mais c’est surtout le confort des serviettes hygiéniques qui va dans les années 60 changer la donne. La marque Confidents conçoit une serviette hygiénique plus large devant que derrière. Cette forme a l'avantage d'être beaucoup plus confortable que les anciennes protections. La nouveauté révolutionnaire de ces années pour les femmes est que les serviettes hygiéniques commencent alors à être vendues aux yeux de tous.
Pratiques d'Hygiène dans d'Autres Civilisations
En Égypte antique, les femmes disposaient également de divers moyens, dont le papyrus humidifié, roulé en forme de tampon et la laine de mouton. On notera également l’éponge qui aurait permis à des millions de femmes près des côtes de s’en servir comme protection hygiénique en raison de leur grand pouvoir absorbant, ou encore les boules de plantes séchées. Ces techniques n’étaient pas sans risque pour la santé au vu des bactéries et autres champignons qu’elles pouvaient contenir ou de l’inconfort qu’elles pouvaient provoquer.
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